Diriger, un sport de haut niveau

Bruno Cohen-Bacrie

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Dans une période de turbulences permanentes, la dictature de l’urgence touche tout le monde. Les dirigeants sont à la tête d’organisations pathogènes faisant souffrir, d’où la nécessité absolue de modifier nos pratiques. Tel est le message de Monique Chézalviel, ancienne DRH et consultante.
Monique Chézalviel - Dessine moi un dirigeant

À lire

« Dessine-moi un dirigeant »

Monique Chézalviel

EMS Management & Société, 2014

Pouvez-vous sommairement résumer le message de « Dessine-moi un dirigeant » ?

Nous travaillons aujourd’hui dans des organisations souvent pathogènes. Elles nous ont amenés à créer des circuits d’alerte, des outils et des structures pour tenter de protéger les salariés. Cela ne règle pas les dysfonctionnements, puisque les rythmes, les objectifs et l’ambiance sont impulsés par les dirigeants. Eux-mêmes se sentent souvent complices ou bras armés d’un système qu’ils ne maîtrisent plus. Pourtant, le changement ne peut intervenir que par et avec eux. Il devient donc urgent de soigner par le haut des entreprises malades de sens.
Les dirigeants se sentent les bras armés d’un système qu’ils ne maîtrisent plus. Pourtant, le changement ne peut intervenir que par et avec eux.
Or, on ne se préoccupe pas des dirigeants, considérés comme privilégiés parce que détenant le pouvoir et l’argent. Il ne s’agit pas ici de les plaindre, mais de constater que, s’ils sont en difficulté, cela irriguera toute l’entreprise. En expliquant les contraintes et atouts des dirigeants et des managers, en essayant d’apporter de modestes pistes de solution, je souhaite que ce livre les accompagne dans l’objectif d’une entreprise plus humaine, qui retrouve le sens de son action.

« Diriger par les temps qui courent devient un sport de haut niveau », explique en introduction Hervé Sérieyx. Partagez-vous cette appréciation ?

Oui. Hervé Sérieyx évoque les organisations « liquides », c’est-à-dire précaires, mouvantes, en évolution de plus en plus rapide, et ce sont bien ces organisations que pilotent les dirigeants. Il n’est plus question de périodes de turbulences, dans lesquelles chacun donne son maximum dans l’urgence et l’importance de chaque décision, qui est alors prise en mode réflexe. Il s’agit de turbulences permanentes.
Ni les organisations des entreprises ni les dirigeants ne sont prêts à piloter dans un orage permanent.
Ni les organisations des entreprises ni les dirigeants ne sont prêts à piloter dans un orage permanent. La seule résistance au stress, naturellement forte chez le dirigeant, ne suffit plus. Il faut un mental exceptionnel mais, à la différence du sportif de haut niveau, ce mental doit être au top sans répit.

Pouvez-vous rappeler les enjeux liés au facteur temps que vous évoquez ?

Le temps est stratégique pour trois raisons. La première est que le dirigeant a pour vocation de décider et, pour décider valablement, il faut savoir prendre son temps. Une décision engage et nécessite d’observer, d’analyser avec recul, voire distanciation. Je parle ici des décisions importantes pour l’entreprise, qui sont de plus en plus prises dans l’urgence, en mode action/réaction, plutôt qu’en mode réflexion/action.La seconde raison est que toute action doit être prise au bon moment et certainement pas dès que l’on peut ou dans l’immédiateté. Le moment de l’action est aussi stratégique pour porter ses fruits.
L’accélération du temps est l’un des facteurs de stress les plus importants. La sérénité n’existe pas dans un monde fait d’urgences.
La dernière raison est que l’accélération du temps est l’un des facteurs de stress les plus importants. La sérénité n’existe pas dans un monde fait d’urgences.C’est pourquoi, le dirigeant doit retrouver la maîtrise de son temps et celui de ses actions.

Les nouvelles technologies jouent un rôle important. En quoi modifient-elles les pratiques des uns et des autres ?

Les nouvelles technologies ont d’abord accéléré considérablement le temps, car chacun se sent dans l’ardente obligation de répondre dans des délais qui alimentent également cette accélération. Je n’y reviens pas plus, nous venons d’évoquer les enjeux du temps.Ce n’est pas tout, il faut parler des mails, des réseaux sociaux et de tous les outils internes de gestion, qui mettent les dirigeants sous pression et consomment un temps autrefois consacré à leurs équipes. Pire, les échanges sont de plus en plus nombreux via le clavier et l’écran, non sans dérives nées d’une écriture lapidaire génératrice de malentendus et de conflits. Or, mobiliser son équipe et l’animer ne se fait pas par écrans interposés. Moins encore par des « reportings » de plus en plus nombreux, fruits également des nouvelles technologies, où les tableaux sont réputés plus simples à produire. Cela se fait par l’échange direct régulier et, plus encore, à travers la confiance.
Les tentatives courageuses de réguler l’usage des nouvelles technologies montrent une volonté de remettre les outils à leur place. Elles peuvent faire sourire mais sont une urgence.
Il y a actuellement des tentatives louables et courageuses, même si certaines peuvent faire sourire, de réguler l’usage des nouvelles technologies. Je pense que cela montre une volonté de remettre les outils à leur place, c’est-à-dire au service des hommes et non le contraire. C’est aujourd’hui une urgence.Tous les salariés en sont victimes, mais les dirigeants doivent apprendre à en faire un usage raisonné et l’exemplarité fera le reste. Ils doivent également redevenir des leaders, ceux qui mobilisent en étant au plus près des équipes.

Managements public et privé, même combat ! « Je suis issue du secteur privé, mais je travaille également au sein du monde public et, sous des formes parfois différentes, je pense que l’évolution du management public est très proche du celle du privé. Cependant, il est difficile de parler du public au sens large, tant il me semble que la santé, la défense, l’éducation ou les collectivités territoriales par exemple se vivent différemment. En revanche, tous me paraissent également en souffrance. Certes, il y a des différences considérables dans le rapport à l’argent, dans le risque de perte d’emploi ou encore dans le sens de la mission, au détriment ou à l’avantage des uns ou des autres. Néanmoins, l’accélération du temps et la diminution des moyens matériels et humains sont des paramètres auxquels tous font face, avec des efforts parfois considérables, et ce, au détriment également de la satisfaction d’un travail bien fait et de qualité. Ceci peut devenir critique pour les personnels et pour notre pays, lorsque l’on évoque la santé ou la défense par exemple. Alors oui, dans notre environnement actuel, managements public et privé, même combat. »

Monique ChézalvielMonique Chézalviel a été DRH de grands groupes internationaux durant près de trente ans, au cœur du système de décision de l’entreprise et des motivations des dirigeants. Elle a fondé et dirige Egidia, cabinet de conseil en stratégie professionnelle, pour accompagner les équipes de direction et les dirigeants.Monique Chézalviel intervient également régulièrement en tant que conférencière sur les thématiques du management et des ressources humaines.

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