Dominique Tian : « La vraie plus-value sera la fusion du département avec la métropole »

Stéphane Menu

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Dominique Tian : « La vraie plus-value sera la fusion  du département avec la métropole »

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Dominique Tian est l’un des députés les plus actifs à l’Assemblée nationale. Le premier adjoint de Jean-Claude Gaudin regrette le départ raté de la métropole mais entend rassurer le monde économique, très demandeur d’une telle évolution institutionnelle pour rendre l’agglomération marseillaise plus attractive. « La métropole est une chance historique », assure-t-il.

La naissance de la métropole marseillaise passe par la case juridique. Vous attendiez-vous à un tel scénario ?

Même si ce scénario nous laisse supposer que le gouvernement est peut-être allé trop vite, trop loin et trop fort pour la création de notre métropole, rien ne pourra l’empêcher. Ces aléas juridiques ((Le Conseil constitutionnel examinera la constitutionnalité de « l’amendement Gaudin » avant la fin février. Ce dernier a permis d’assurer une représentativité de toutes les communes, y compris des plus petites. Une disposition que ne prévoit pas la loi sur les métropoles. Ce supplément de conseillers a engendré une sous-représentation des communes de taille moyenne. C’est cet aspect de la loi que les opposants à la métropole, réunis autour du maire d’Aix-en-Provence, Maryse Joissains, veulent dénoncer, avec la claire intention de faire échouer la mise en place de la métropole.)) ne remettent pas en cause l’essentiel, cette métropole a vu bel et bien le jour en janvier 2016 !

Les élus qui veulent remettre en cause la création de la métropole se tirent une balle dans le pied !

Et cela, conformément à la loi de notre République. Vouloir y revenir est un jeu malsain et très dangereux au moment où l’on constate de plus en plus un rejet de nos institutions chez un grand nombre d’électeurs. J’ajoute que les élus qui veulent remettre en cause la création de la métropole se tirent une balle dans le pied ! Car la représentativité des petites communes, actée par « l’amendement Gaudin », pourrait être plus fragile au sortir des ajustements que pourrait réclamer le Conseil constitutionnel.

Jean-Claude Gaudin sort-il fragilisé par cette épreuve ?

Tous ceux qui se sont aventurés sur le thème de la fragilisation de Jean-Claude Gaudin ces dernières années ont dû battre en retraite. Le combat politique, c’est son adrénaline. Son autorité, sa légitimité et sa crédibilité pour faire avancer notre territoire sont reconnues par l’ensemble des maires de la métropole. Ce qui est très dommageable dans ce retard à l’allumage de la métropole, c’est la déception et l’exaspération du monde économique.

Les chefs d’entreprise veulent cette métropole pour que de meilleures conditions d’attractivité soient offertes à notre territoire.

Les chefs d’entreprise veulent cette métropole pour que de meilleures conditions d’attractivité soient offertes à notre territoire. C’est un combat qu’ils mènent auprès de Jean-Claude Gaudin pour plus de simplification et de cohérence administrative, pour davantage de jeu collectif en faveur du développement des transports et de l’emploi. En ma qualité de premier adjoint au maire de Marseille, en charge justement de l’emploi et des transports, je sais que l’un ne va pas sans l’autre ! Nos concitoyens qui n’ont pas de voiture ou qui perdent des heures dans les embouteillages le savent aussi. Il est temps qu’ils disposent de transports accessibles et efficaces.

Mais les élus marseillais, de gauche comme de droite, n’ont-ils pas raté le train de la métropolisation il y a quelques années ?

D’autres territoires, notamment à Lyon ou Lille, sont plus en avance… Il faut dire que nous sommes partis de très loin… En 1966, Gaston Defferre a refusé la proposition de création d’une communauté urbaine parce qu’il craignait que son leadership politique soit remis en cause par les communes communistes ou de droite environnantes. Cette décision nous a fait perdre beaucoup de temps. Jean-Claude Gaudin a réparé une partie de cette erreur historique en favorisant la création de Marseille-Provence Métropole dans le cadre de la loi Chevènement du 12 juillet 1999, soit quatre ans à peine après le début de son premier mandat de maire en 1995. La métropole Aix-Marseille-Provence est la concrétisation logique de cette démarche pragmatique, à l’opposé de toute tentation idéologique et hégémonique. Certains élus devraient lui en rendre acte au lieu de chercher à lui mettre des bâtons dans les roues pour des motifs d’arrière-garde et contraires à l’évolution de nos territoires.

La métropole est alors une nouvelle chance historique à saisir ?

C’est une chance historique, en effet ! Même si son accouchement se fait dans la douleur ! Mais cessons de regarder plutôt la bouteille à moitié vide que pleine à Marseille. Qui peut nier que cette ville s’est transformée en dépit des difficultés ? Par ailleurs, les élus locaux ne sont pas responsables de tout ! L’aménagement du territoire dépend bien des décisions de l’État. Par ailleurs, les transports à Paris ou à Lyon ne me paraissent pas si exemplaires !

Je pense notamment à la gare Saint-Charles à Marseille qui est toujours un cul-de-sac.

Il faudrait, pour ce pays, dépenser des milliards d’euros pour mettre en place des politiques de transports plus efficaces. Je pense notamment à la gare Saint-Charles à Marseille qui est toujours un cul-de-sac. Le coût de sa rénovation pour en faire une véritable gare de transit est de 3 milliards d’euros ! C’est justement ce que nous avait promis l’État lors des multiples visites interministérielles à Marseille. Ces trois milliards d’euros, on les attend toujours…

La réforme institutionnelle telle qu’elle finira par se mettre en place va-t-elle dans le sens d’une meilleure lisibilité du rôle de chaque instance ?

L’enjeu est d’en finir avec les strates administratives supplémentaires qui nuisent à la lisibilité de nos institutions ! La vraie plus-value sera la fusion du département avec la métropole. Je considère tout de même que la France, dont les gouvernants vantent tant l’unité républicaine, présente plutôt le visage de l’hétérogénéité territoriale : il n’y a plus de point commun entre la métropole lyonnaise et la Corse, entre le traitement des territoires ruraux et urbains. L’approche me paraît particulièrement morcelée.

J’entends que certains départements risquent de ne plus pouvoir verser le RSA à ceux qui en sont bénéficiaires. C’est très singulier !

De plus, des problèmes de droit se posent : j’entends que certains départements risquent de ne plus pouvoir verser le RSA à ceux qui en sont bénéficiaires. C’est très singulier : voilà un droit acquis que certains de nos concitoyens pourraient ne pas percevoir parce qu’ils habitent un département pauvre… On marche sur la tête… Par ailleurs, les élus se plaignent de ne plus faire face aux hausses budgétaires liées aux dépenses sociales. Ils devraient aussi mener des actions plus intenses sur la fraude sociale qui coûte 50 milliards d’euros chaque année aux collectivités territoriales.

Dominique Tian est député LR de Marseille, premier adjoint à la maire de Marseille.

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