Double peine pour les pauvres

Julien Damon

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Double peine pour les pauvres

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Dans un livre très ingénieux, Martin Hirsch constate que les pauvres paient plus, en proportion de leurs revenus, pour une grande partie des biens et services. Pour lutter contre cette « double peine », il veut transformer les prestations sociales plutôt que les augmenter. Sans complaisance à l’égard de mécanismes à la création desquels il a pu lui-même contribuer.
Être pauvre, c’est avoir moins d’argent que les autres. C’est d’une affligeante banalité que de le rappeler. Mais ce que l’on sait moins, c’est qu’être pauvre, c’est aussi payer, proportionnellement, plus cher que les autres pour se loger, s’assurer, se soigner, téléphoner. Le mètre carré de loyer coûte plus cher. Le contrat d’assurance aussi.S’appuyant sur des études originales menées avec le cabinet de stratégie BCG et HEC, Hirsch met en lumière cette double peine. Et il en évalue l’ampleur. Si, toutes choses égales par ailleurs, les plus modestes payaient le même tarif pour leurs besoins essentiels que le reste de la population, ils économiseraient 6 à 8 % de leurs revenus, sans autre changement.On le voit, le sujet est particulièrement important, notamment au regard de la pression croissante exercée sur les budgets modestes.

Mais que faire ?

Selon l’ancien Haut-commissaire aux Solidarités actives, il faut agir autrement. Trois leviers traditionnels de la lutte contre la pauvreté – l’augmentation du SMIC, l’augmentation des salaires, l’augmentation des dépenses sociales – n’ont plus d’effets significatifs sur la pauvreté. Il en veut pour preuve le caractère inflationniste des aides au logement, qui sont absorbées par les bailleurs plus qu’elles ne solvabilisent les locataires.Concrètement, Hirsch veut d’abord sauver son soldat RSA. Il note que « le RSA bashing est un sport à la mode ». Après avoir été largement célébré dans son principe, le dispositif est maintenant extrêmement critiqué. Défendre le revenu de solidarité active s’apparente, du coup, à une gageure.Pourtant, selon lui, les experts auraient montré trois réalités positives. Le risque de perdre de l’argent en reprenant un travail a été nettement réduit. Le RSA, conjugué avec la prime pour l’emploi a contribué pour les trois quarts à l’augmentation du niveau de vie des pauvres et aucun effet pervers n’a été mis en évidence sur la précarité de l’emploi et un écrasement du niveau des salaires.Pratiquement, Hirsch veut revenir à l’épure du projet, notamment en fusionnant RSA, prime pour l’emploi et prestations logement.

Tarification globale

Plus original, il envisage une tarification globale sous condition de ressources, remplaçant les multiples tarifs sociaux. Éreintant, notamment, crédits revolving et jeux de hasard (dont le chiffre d’affaires représente 2 % du PIB), il soutient son idée de bouclier sanitaire et envisage également une sorte de 1 % philanthropique (un pourcentage obligé des impôts affecté à des dons).L’orientation, sans être totalement pro-marché, est résolument en faveur de la coopération avec les entreprises, celles-ci ayant fait montre de grandes capacités d’innovation. L’ensemble est un concentré d’idées neuves et concrètes contre la pauvreté, qui ne manquera pas de faire réagir (c’est l’objectif). À lire, évaluer et discuter.

Martin Hirsch, CELA DEVIENT CHER D’ÊTRE PAUVRE, Stock, 2013, 209 pages, 12,50 euros. Extraits « Dans ce voyage au cœur de la pauvreté, nous ferons moins appel à vos sentiments qu’à votre raison. Car le royaume de la double peine est aussi le royaume de l’absurde. » « Nous nous drapons dans nos grands principes et dans notre conviction que nous avons le meilleur système au monde et que nous sommes les champions de la solidarité, mais préférons la solidarité théorique, formelle et coûteuse à la solidarité pragmatique et réelle. » « Le frein est ailleurs. Il est du côté des institutions publiques, qu’il s’agisse de l’État, des organismes de la Sécurité sociale comme des caisses d’allocations familiales, ou des collectivités territoriales. »

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