Economie : Hayek vs Keynes, le match du siècle

Julien Damon

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Pour comprendre l’économie, dans ses fondements comme dans ses réalités très actuelles, rien ne vaut le retour aux théories et aux grands théoriciens. Deux géants opposés, Keynes et Hayek, sont ainsi décortiqués, rapprochés et évalués dans une biographie comparée.

Journaliste britannique de renom, vivant à New York, Nicholas Wapshott s’est spécialisé dans les biographies. Il s’intéresse ici à ce qu’il baptise le plus fameux duel intellectuel qu’ait connu l’histoire économique.

Deux parcours et théories dans le siècle

John Maynard Keynes (1883-1946) et Friedrich A. Hayek (1899-1992) ont fréquenté les mêmes institutions et questions. Ils ont tous les deux analysé la grande guerre, la grande dépression, leurs causes et conséquences. Et ils en ont tiré des conclusions et recommandations opposées. Wapshott relate quelques échanges épistolaires et quelques rencontres entre ces deux personnalités contrastées, à moustaches, mais aux origines et accents si différents. Surtout, il se fonde sur une expertise de deux œuvres (conférences, articles, ouvrages) qui se toisent, s’évaluent, se critiquent et se répondent parfois brutalement.

Keynes a refusé l’orthodoxie classique selon laquelle les mécanismes du marché, par l’intermédiaire des ajustements de prix et de salaires, permettent de maintenir le plein-emploi. Il justifie la nécessité d’une forte intervention économique de l’État, avec adoption d’une politique budgétaire d’appui à la consommation ou à l’investissement.

Hayek est l’« anti-Keynes » par excellence. Rejetant l’idée même de justice « sociale » et estimant les droits sociaux « absurdes », il s’est consacré à la défense des mécanismes autorégulateurs du marché. Appelant au recours minimal à la coercition, il affirme la supériorité de l’ordre spontané sur l’ordre décrété et confère à l’État le seul rôle de permettre l’ajustement mutuel des préférences et des anticipations individuelles. Il voyait dans toute planification un chemin ouvert vers le totalitarisme.

Compétition

À La théorie générale (1936) du premier répond vertement La route de la servitude (1944) du second. Un temps en compétition universitaire, à Cambridge ou à la London School of Economics (LES), les deux éminences ont surtout été en compétition pour influencer les plus hautes autorités et, plus largement encore, pour la postérité. Après le combat de leur vivant commun, leurs idées et disciples (Galbraith pour l’un, Friedman pour l’autre) ont vécu et entretenu, d’abord, trois décennies, après-guerre, de keynésianisme, suivies d’une contre-révolution libérale.

La période contemporaine est plus compliquée, aucun camp ne semblant vraiment pouvoir se prévaloir d’une victoire éclatante, en compréhension et en proposition, pour saisir la crise récente. En tout état de cause, les deux auteurs, producteurs d’une économie politique sans équation ni jargon excessifs, demeurent assurément des points cardinaux pour penser, conseiller, agir. Keynésiens et Hayekiens (peu nombreux en France) sont d’ailleurs bien au courant…

Pour comprendre l’actualité

Si l’on s’intéresse à l’ensemble des défis économiques actuels – rôle et périmètre de l’État, plan de relance ou austérité, dettes publiques, monopole, offre monétaire, etc. – on s’aperçoit combien nos positions et options sont affectées, voire modelées, par ces deux géants de la pensée, à partir de théories qu’ils ont élaborées dans les années 1920 et 1930.

Ce livre, tout à fait captivant, permet de relire le XXe siècle, et le début du XXIe. À compléter, pour sourire (mais pas seulement), par les formidables raps et rounds de boxe parodiques, produits par des économistes facétieux, mettant en scène les deux protagonistes, (http://econstories.tv/). À voir absolument.

Extrait
« De leur premier face-à-face aux rivalités de leurs héritiers, cette histoire d’une confrontation intellectuelle est un balisage de l’ensemble des orientations et décisions économiques. »

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