Éditorial : à quand un nouveau modèle pour le logement ?

Éditorial : à quand un nouveau modèle pour le logement ?

© Adobestock

La présidentielle arrive et personne ne semble se soucier sérieusement des moyens d'une résolution durable de la question du logement en France. Nous sommes pourtant là dans une folie qui a d'énormes conséquences sociales, sociétales, climatiques, économiques… Quand agiront-nous vraiment ?

À 10 jours du premier tour de l’élection présidentielle. Sauf retournement de situation, le logement aura été un grand absent de cette campagne. Pourtant, la situation est grave. Selon l’Insee, le logement représentait en moyenne en 2017 (gageons que les choses se sont détériorées depuis), 22 % des dépenses des 20 % des ménages les plus modestes, pour qui il était, devant la nourriture, le premier poste de dépense. Et parmi ces plus modestes, les locataires dépensent plus de 29 % de leurs revenus pour se loger. Depuis vingt ans, les prix de l’immobilier ont progressé de 153 %. Cinq fois plus que l’inflation.

| Lire aussi : Logement : des prix toujours au plafond |

La propriété immobilière reste une affaire de riches

Cette folie a des conséquences: sociales, sociétales, climatiques, économiques. Nos villes ont changé de visage, se sont vidées de leurs classes moyennes. Les Gilets jaunes ne protestaient pas que contre la hausse de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques. Ce mouvement a été aussi le fait de celles et ceux qui avaient été repoussés de plus en plus loin des agglomérations par la hausse des prix du logement et qui n’en pouvaient plus de payer toujours plus cher leurs déplacements. Ne pas voir cette double peine, c’est faire une erreur historique.

La propriété immobilière reste une affaire de riches, qui rapporte très gros. La moitié des logements loués aux particuliers appartiennent à 3,5 % des ménages. Dans presque toutes les grandes villes, une partie croissante des logements des plus beaux quartiers est concentrée dans les mains de « maxipropriétaires ».

| Lire aussi : L’habitat de demain se cherche un référentiel viable de qualité |

Le mythe de la France de propriétaire

Face à ces chiffres implacables, la réaction des politiques est pour le moins faible. À gauche, on propose de construire massivement des logements sociaux (entre 150000 et 200000 par an) sans s’interroger sur les raisons pour lesquelles on n’arrive pas, en réalité et depuis des années, à faire coller la production aux besoins.

À droite, on s’accroche à cette « France de propriétaire », vieille antienne française qui existe surtout pour les plus riches. Certes, de nouveaux concepts, comme l’encadrement des loyers ou des garanties plus ou moins universelles, font de plus en plus d’adeptes, mais on est loin du compte.

Personne n’a intérêt à la poursuite de cette folie

Il y a pourtant urgence à inventer un modèle nouveau pour le logement. Un modèle où la liberté des prix n’est plus un totem, la spéculation une norme. Un modèle où l’on peut à la fois répondre à l’envie de la propriété, au besoin de transmettre à ses héritiers, mais aussi un modèle où ces « besoins » patrimoniaux ne prennent pas le pas sur le droit à un logement digne pour tous. Un modèle, enfin et surtout, où l’on trouve le moyen d’une lutte efficace et durable contre l’envolée des prix, une lutte qui devienne donc une priorité politique. Car à part ces multipropriétaires hyperprivilégiés, personne n’a intérêt à la poursuite de cette folle logique d’inflation qui sape silencieusement les fondements de notre société, du vivre ensemble et de la démocratie.
Le marché doit trouver ses limites.

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