Éditorial : il n'y a pas d’écologie punitive

Nicolas Braemer
Éditorial : il n'y a pas d’écologie punitive

© hramovnick_Adobestock

Quand on parle d'écologie punitive, ce n'est pas les populations qu'on défend, c'est 'écologie elle-même qu'on refuse. Car en réalité, celles et ceux qui en ont réellement besoin, ne seront jamais punis par la protection de leur environnement.

On entend depuis des années, voire davantage, les héraults du conservatisme se déchaîner contre une écologie «punitive», et, pourquoi pas, liberticide, au motif qu’elle prétend remettre certains modes de vie et poser un coût en face des pratiques qui contribuent au réchauffement climatique. Posons donc quelques principes, qui nous permettront d’avoir une réflexion plus féconde sur les notions de punition, de liberté, et de capacité à vivre ensemble sur cette planète, puisque c’est au fond de ça dont il s’agit.

| Voir aussi notre infographie :  Pollution des airs : une baisse sous surveillance |

Commençons par la liberté. C’est devenu un lieu commun mais ça n’en reste pas moins un principe fondamental en démocratie, cette dernière finit là où celle des autres commence. Il ne saurait donc y avoir de liberté de polluer, d’intoxiquer, de faire du bruit, de détruire la nature et la biodiversité, de déforester… Parce que ces activités prédatrices se font forcément aux dépens des autres. Que tu sois une entreprise ou un individu, ta liberté de polluer la planète et de bouleverser le climat n’existe pas devant notre liberté de continuer à vivre sur cette terre. Disons même que l’on t’a tellement laissé abuser de cette prétendue liberté qu’il est permis à celles et ceux qui en ont souffert de faire preuve d’une certaine impatience à ce qu’elle trouve ses limites, dusses-tu trouver ça brusque.

Ta liberté de polluer la planète et de bouleverser le climat n’existe pas devant notre liberté de continuer à vivre sur cette terre

Car au-delà de la liberté, il y a donc la punition. Punitive, dit-on ? C’est la grande qualité de ces mots si souvent répétés, qu’ils finissent par ne plus rien vouloir dire. En voulant imposer des changements de manières de faire, on punirait donc injustement ? Disons d’abord qu’il paraît normal qu’on punisse les atteintes illégales à l’environnement et même qu’on estime juste de renforcer le domaine de cette illégalité au fur et à mesure de nos prises de conscience quant à la nocivité de ces pratiques.

| Lire aussi notre dossier :  De nouveaux modes de mobilisation au service des transitions |

Et surtout enfin, posons la question de qui est puni. Vous voulez une liste ? Celles et ceux qui, tous les jours, subissent la pollution atmosphérique, celles et ceux qui habitent dans les logements déjà insalubres et pour qui la chaleur va devenir encore plus insupportable, celles et ceux qui vivent dans des passoires thermiques et qui, au contraire, vont avoir de plus en plus froid tant l’énergie fossile va devenir chère, celles et ceux qui pendant des décennies ont été arrosés de Chlordécone et qui vont en mourir au moins par milliers, celles et ceux dont la montée des eaux va annihiler les lieux de vie… Ce sont elles, ce sont eux les victimes. Pas ceux qu’on empêche de circuler en SUV. Et si vous ne faîtes rien pour ces victimes, ne nous parlez jamais de punition.

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