Éditorial : qui va payer la transition climatique ?

Nicolas Braemer
Éditorial : qui va payer la transition climatique ?

© africa-studio.com (Olga Yastremska and Leonid Yastremskiy)

On sait ce qu’il faut faire pour engager la transition climatique. On sait moins comment payer l’effort colossal qui est devant nous. Un des enjeux majeurs, sera notre capacité à réformer en profondeur notre appareil fiscal. Ça demandera du courage et de la lucidité.

Nous en sommes là, après des années de pandémie, les finances publiques sont dans le rouge. Le « quoi qu’il en coûte » a eu la vertu de nous faire passer l’étape, ce qui n’est déjà pas si mal. Mais il s’est fait à impositions constantes, c’est-à-dire que ce sont toujours les mêmes qui payent. La crise Covid nous a posé donc une question existentielle, qui va se poser à nouveau à très court terme. Cette pandémie et le dérèglement climatique sont en effet les deux faces d’une même réalité : l’influence des activités humaines sur l’état de notre planète. Rien n’attendra 2030, ça frappe maintenant, tout de suite et tout le monde. Y compris en France.

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Il nous faut attaquer, tout de suite, sur deux fronts : la décarbonation de notre société, qui nous permette d’atteindre au moins les objectifs de l’accord de Paris, et l’atténuation des conséquences du réchauffement qui frappe déjà nos villes et nos campagnes. Nous savons comment faire : plus lucides que les politiques, des économistes, des climatologues, des ONG, des citoyens ont déjà mis sur la table les actions à entreprendre. Il reste aux élus, locaux et nationaux, à renoncer à leur frilosité, à affronter les lobbys, à convaincre… pour avancer vite.

Ce big bang fiscal ne pourra pas se contenter des réponses traditionnelles de la gauche (on augmente les impôts), ou de la droite (on baisse les impôts des plus riches en rêvant de ruissellement).

Reste un problème, énorme : où trouver les dizaines, les centaines de milliards nécessaires au sauvetage ? Les mêmes causes produisant les mêmes effets, si rien de change, nous ne financerons pas la transition, et celles et ceux qui paierons le peu que nous parviendrons à faire seront celles et ceux qui ont payé les conséquences de la pandémie : les contribuables moyens, à travers l’impôt sur le revenu, et les plus modestes, pour qui la TVA est déjà une injustice flagrante. Il va donc falloir changer : créer une nouvelle fiscalité économique et sociale, qui permette à la fois d’investir massivement dans les transformations nécessaires à la décarbonation, et de protéger les plus faibles du changement climatique et de ses conséquences sociales.

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Ce big bang fiscal ne pourra pas se contenter des réponses traditionnelles de la gauche (on augmente les impôts), ou de la droite (on baisse les impôts des plus riches en rêvant de ruissellement). Il ne pourra pas non plus survivre à cette approche paresseuse qui a présidé à la mise en place de la taxe carbone (avec les brillantes conséquences qu’on connaît). Il faudra trouver les moyens de faire payer les plus riches, responsables d’une grande partie des émissions carbone et qui ont l’argent nécessaire à cette transition, il faudra refondre la fiscalité locale pour faire des collectivités les acteurs privilégiés de la transition, il faudra rétablir la progressivité de l’impôt, il faudra bouleverser la fiscalité des entreprises, pour que le gros qui pollue et s’enrichit ne s’en sorte pas aussi bien que le petit qui galère. Et surtout pour détourner l’argent de la rémunération déraisonnable des actionnaires pour le diriger vers l’investissement décarbonant.

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