Éditorial - Une décentralisation au service du climat

Éditorial - Une décentralisation au service du climat

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Au lieu de se plaindre encore et toujours de l'État et de chamailler sur leurs compétences, les associations d'élus devraient se tourner vers l'avenir : la construction collective d'une action au service du climat. S'il doit y avoir une nouvelle étape de la décentralisation, elle ne peut être que celle qui organisera le combat des collectivités pour la transition climatique de nos territoires.

Il y a une tendance lourde des associations d’élus, et chacun y a pris sa part, à dénoncer l’État, sa bureaucratie, sa volonté recentralisatrice... principal empêcheur de décentraliser en rond, cause de tous les maux de nos si vertueuses collectivités.

Il y a du vrai et du faux dans cette posture. Le vrai, c’est le recul de l’autonomie fiscale. Ce sont les conséquences d’un État affaibli, dont les échelons déconcentrés sont désormais incapables de répondre aux besoins des collectivités. C’est un changement constant de règles bien éloigné d’une stabilité dont l’action publique a grand besoin.

On ne peut pas à la fois vouloir une liberté totale d’agir et pouvoir en permanence compter sur l’État : la ceinture de sécurité vous protège, mais elle entrave un peu vos mouvements.

Le faux, ce sont les moyens énormes que l’État met dans certains dossiers essentiels (la rénovation urbaine notamment). C’est aussi sa capacité à édicter des règles indispensables au vivre ensemble ou à notre avenir commun (on pense ici à la loi Solidarité et renouvellement urbains ou au zéro artificialisation nette), fussent-elles contraignantes. Bref, on ne peut pas à la fois vouloir une liberté totale d’agir et pouvoir en permanence compter sur l’État : la ceinture de sécurité vous protège, mais elle entrave un peu vos mouvements.

Alors : à quoi peut servir demain la décentralisation ? Quel doit être le rôle des collectivités locales ? Au service de quelle action publique peut-on revendiquer une meilleure articulation des capacités de l’État et des collectivités ? L’appel permanent aux libertés locales ne peut tenir lieu de réponse, et l’on peut déjà poser là les défis majeurs qu’il nous faut relever dès maintenant. À l’évidence, il y a le défi climatique.

Il nous faudra d’abord trouver les moyens financiers colossaux que réclame la baisse de 60 ou 70 % de nos gaz à effet de serre d’ici à 2030, mais aussi organiser cette transition dans nos territoires

De ce point de vue, il nous faudra d’abord trouver les moyens financiers colossaux que réclame la baisse de 60 ou 70 % de nos gaz à effet de serre d’ici à 2030, mais aussi organiser cette transition dans nos territoires, là où l’action se fait, et pour cela, clairement, confier une très grande partie du pouvoir d’agir aux collectivités. Il faut aussi travailler à un nouveau vivre ensemble, notamment au profit des habitants de ces « territoires perdus de l’égalité républicaine » que sont les quartiers et la ruralité. L’emploi, les services publics, les transports, la santé, la culture, la solidarité, la présence humaine... doivent être au cœur de cette réflexion.

Ces deux urgences, climatique et sociale, n’en font qu’une, qui doit être au cœur de la décentralisation de demain. Où l’État serait garant de la réussite d’objectifs climatiques et sociaux respectés partout et par tous, et mettrait les moyens financiers et réglementaires qui feraient des collectivités, qui ont déjà commencé à agir et qui sont les seules à pouvoir porter la massification indispensable de nos efforts climatiques, le « bras armé » de cette transition.

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