Editorial : dans la crise et après, vive l'État providence !

Nicolas Braemer

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Editorial : dans la crise et après, vive l'État providence !

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Si ces deux dernières années nous ont appris une chose, c’est que sans nos mécanismes de solidarité, les plus pauvres auraient payé une facture autrement plus importante avec la crise sanitaire. Il est temps de revoir les dogmes économiques et sociaux trop longtemps dominants.

Les crises frappent toujours d’abord celles et ceux qui ont le plus à perdre. C’est vrai des guerres comme des catastrophes naturelles et des crises économiques ou sanitaires. Les populations les plus précaires, les plus pauvres, celles qui sont frappées par le chômage, la faim, qui habitent dans des taudis, qui n’ont pas les moyens de se déplacer vite et loin, celles qui ont besoin de travailler pour vivre… paient toujours un prix plus élevé quand surviennent le malheur et la désolation.

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La facture

Si la crise sanitaire que nous traversons doit nous apprendre une chose, c’est qu’elle a creusé encore (pour ne parler que de la France) le fossé qui sépare celles et ceux qui déjà luttent au quotidien pour vivre péniblement et ceux pour qui le virus a été un formidable moyen d’accroître leur richesse personnelle et leurs conditions de vie déjà confortables.

La deuxième leçon à tirer, c’est que notre « État providence » (ou ce qu’il en reste), et contrairement à ce que disent celles et ceux qui veulent nous faire croire qu’il est au-dessus de nos moyens, est le seul outil qui permette de traverser ces crises en limitant la casse pour les plus précaires. Il a permis de continuer à nourrir, habiller, loger et soigner des individus et des familles tout en les gardant dans le droit commun, et sans (même si ça n’a pas été sans faille) que leur survie ne dépende trop de la charité individuelle, associative ou religieuse. Et disons que notre organisation territoriale est une partie prenante essentielle de cet État providence. La République décentralisée, disons-le, a été un élément essentiel de cet État providence, sans laquelle la facture aurait été bien plus salée pour certains.

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Ce n’est qu’un début

Soyons-en convaincus, la crise sanitaire n’est qu’un début. Les manifestations des déséquilibres que nous avons construits décennies après décennies vont se multiplier, quelle que soit leur nature. La très longue crise climatique qui survient nous promet qu’ils seront de plus en plus violents.

Seuls la préservation et le renforcement de cet État providence, de sa protection sociale, de ses services publics, de son organisation territoriale, de sa fiscalité (et dieu sait si sa capacité redistributrice a souffert), de ses allocations-chômage (là encore…), de ses minimums sociaux (là encore…), de ces biens communs et si précieux nous permettront de les affronter, en tant que société capable de prendre soin de chacune de ses composantes. Espérons donc que le « quoi qu’il en coûte » ne soit que la prémisse d’un changement d’optique qui mette la réduction de la dépense publique au rancart et propose, pour financer des services publics à une hauteur conforme aux menaces nouvelles que nous découvrons tous les jours.

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