Enfants de l'immigration, la fin des clichés

La Rédaction

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Avec une Marine Le Pen dont les performances électorales sont élevées, un ex-ministre de l'Intérieur qui se plante et s'entête dans le maniement délicat des chiffres sur le lien entre échec scolaire et immigration, il est plus qu'urgent de recourir à l'arme absolue, à savoir la connaissance, seule capable de faire pièce à l'ignorance.

Le livre d'entretiens avec Marie Rose Moro est, dans ce registre, une excellente mise en bouche. Cette pédopsychiatre, fille d'immigrés espagnols devenue professeure à l'Université Paris Descartes et directrice de la Maison des adolescents de l'hôpital Cochin à Paris, invite notre société à découvrir ce qu'est réellement le fait migratoire. Dès qu'une contrevérité est assénée, il faut la combattre sans relâche. Claude Guéant laissait entendre que les deux tiers des échecs scolaires étaient ceux d'enfants de migrants. Or, parmi les élèves sortis du système éducatif sans qualification, ils sont en réalité 16%, d'après l'Insee. Bien sûr, les enfants de l'immigration sont plus exposés au risque de l'échec scolaire : « Cela tient notamment au fait que leurs parents sont proportionnellement plus représentés que ceux des autres élèves parmi les ouvriers et les artisans. Or le système éducatif français peine à atténuer les effets de l'origine sociale », souligne Marie Rose Moro. L'OCDE a établi que la France est, après la Nouvelle Zélande, le pays dans lequel la performance en compréhension de l'écrit varie le plus en fonction du milieu socio-économique des élèves. « Mais s'il est déterminant, le facteur social n'explique pas tout, assure Marie Rose Moro. Beaucoup d'enfants de migrants sont placés dans une situation de vulnérabilité en raison de leur appartenance à une minorité culturelle qui n'est pas reconnue comme telle, pas valorisée ». Pourquoi ne pas oser le bilinguisme, dispositif qui tombe sous le sens et qui permettrait à la fois d'éviter un déracinement trop violent et une découverte progressive de la culture de la terre d'accueil ? Certains diront que le contexte politique n'y est pas favorable. On peut penser l'exacte opposée : à l'heure où la stigmatisation des immigrés est maximale, il faut oser un discours fort sur la richesse de la diversité, et pas seulement incantatoire.

Enfant de l'immigration, une chance pour l'école, Marie Rose Moro, entretiens avec Joanna et Denis Peiron, Ed. Bayard, 18 euros.

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