Environnement : pas touche à ceux qui avancent

Nicolas Braemer

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Environnement : pas touche à ceux qui avancent

The answer "yes" made up of a set of words "no", with small pasta letters on a dark background of a wooden board, showing the hidden meaning and ambiguity of the agreement.

© koldunova - adobestock

Au lieu de faire interdire l’interdiction du glyphosate, on ferait mieux de laisser les collectivités protéger l’environnement. Par exemple, en décidant de ne jamais les empêcher d’avancer vers la transition écologique. Une sorte de pouvoir normatif environnemental.

À l’heure où nous bouclons ce numéro, la justice a annulé l’arrêté antipesticide du maire de Langouët. Voilà donc la situation : le gouvernement explique qu’il veut interdire le glyphosate d’ici trois ans (on verra si le calendrier est tenu. Spoil : non) mais laisse les préfets (ou leur donne l’ordre de le faire, c’est égal) déférer devant la justice les arrêtés interdisant son usage. Jusqu’à ce qu’il soit interdit, il est donc interdit d’interdire le glyphosate. Voilà qui appelle plusieurs remarques.

Construire un rapport de forces

Un : le dialogue engagé avec les syndicats d’agriculteurs sur l’usage des pesticides chimiques est, au mieux, d’une grande faiblesse. Contre le sens de l’histoire, ces derniers continuent pourtant à défendre bec et ongles des pratiques toxiques, pour l’environnement et la population bien sûr, mais aussi pour eux-mêmes et les ouvriers agricoles qu’ils emploient. Comme il paraît acquis que la FNSEA ne changera pas toute seule d’avis sur la question, un minimum de rapport de force sur la question ne serait pas de trop. On en est loin.

Les collectivités ont pris en main la transition écologique, elles le font plus vite, plus franchement et mieux que l’État et les entreprises

Deux : le message passé aux élus locaux est désastreux. On sait pourtant qu’ils sont les premiers à pouvoir faire bouger les choses. Pesticides (le chemin parcouru par les collectivités vers le zéro phyto est impressionnant), pollution atmosphérique et transports propres, rénovation énergétique, cantines bio, agriculture urbaine… les collectivités ont pris en main la transition écologique, elles le font plus vite, plus franchement et mieux que l’État et les entreprises. Au lieu de leur mettre des bâtons dans les roues, le moindre des messages à passer devrait être « pas touche à ceux qui avancent ».

Réconcilier les paroles et les actes

Trois : à l’heure où l’on s’apprête à renforcer la « différenciation » et à donner du pouvoir normatif aux collectivités, on voit bien le « deux poids deux mesures ». Dès que les lobbies (industriels, agricoles ou les deux) passent par là, le décalage entre la parole et les actes devient béant.

Partout où l’initiative des collectivités va dans le sens de la transition écologique, la protection de l’environnement, le changement de pratiques, laissons-les (au moins) faire

On parle un peu de cohérence ? D’un côté, continuent à se développer des folies commerciales et productivistes, destructrices de l’environnement : entrepôts d’Amazon sur des terres agricoles, projets démentiels comme Europacity, contournement autoroutier de Strasbourg… D’un autre, on défère devant la justice des maires qui veulent protéger la population de l’empoisonnement. Proposons donc un parti pris et une méthode : partout où l’initiative des collectivités va dans le sens de la transition écologique, la protection de l’environnement, le changement de pratiques, laissons-les (au moins) faire. Évidemment, un plan d’investissement massif pour la transition écologique, un engagement chiffré en faveur d’une France décarbonée, un calendrier précis pour y parvenir avant qu’il ne soit trop tard… tout ça serait mieux.

Mais à défaut, n’empêchons jamais d’agir ceux qui le veulent et le peuvent.

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