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Et si la mixité sociale passait d'abord par l'école ?

Séverine Charon
Et si la mixité sociale passait d'abord par l'école ?

La politique en matière de logement a montré ses limites, et dans le même temps la nécessité de renforcer la mixité sociale à l’école devient une idée de plus en plus souvent partagée.

Longtemps passée sous silence, la mixité sociale à l'école est désormais au cœur des réflexions des collectivités territoriales. Le fait que le système d’éducation français ait des résultats décevants année après année dans l’enquête internationale Pisa a aussi joué un rôle d’accélérateur, alors que de nombreux travaux de recherche montrent les conséquences néfastes de l’absence de mixité à l’école.
Une expérimentation au niveau des collèges a été lancée à la rentrée 2016 sous l’impulsion du ministère de l’Éducation nationale. C’est en effet au collège que les stratégies d’évitement de certains établissements sont les plus fortes. « Les collèges ont une taille plus modeste que celle des lycées, et leur zone géographique n’est pas très grande. Lorsque les HLM ne sont pas implantés de manière diffuse, cela pose problème », explique Vincent Gibert, vice-président du conseil départemental de la Haute-Garonne, qui pilote une des expérimentations jugées les plus marquantes.

Lire l’article précédent de ce dossier : La mixité sociale entre injonction et inconnue

Dans la métropole de Toulouse, les problèmes de mixité sociale étaient criants : le département a décidé d’engager des actions radicales, en fermant deux collèges

Carte scolaire

Dans la métropole de Toulouse, les problèmes de mixité sociale étaient criants : le département a décidé d’engager des actions radicales, en fermant deux collèges. Les établissements Raymond Badiou et Bellefontaine, situés dans des quartiers très populaires, scolarisaient plus de 80 % d’élèves issus de familles défavorisées. Il a été jugé qu’une sectorisation serait vouée à l’échec, car des familles plus favorisées se seraient refusées à ce que leurs enfants se rendent dans ces établissements installés dans des quartiers de HLM, alors que dans le secteur de Toulouse, l’enseignement privé, non soumis à la sectorisation, a un poids important. Les deux collèges ont été progressivement fermés : les enfants qui y étaient déjà scolarisés y ont achevé leur cycle, mais à partir de septembre 2016, les enfants qui auraient dû y entrer ont été répartis dans onze collèges de quartiers plus favorisés, à l’aide d’un système de navettes – un accompagnement est assuré par l’association Loisirs éducation citoyenneté. La première génération d’élèves concernés a passé son brevet en juin dernier, et les résultats des collèges accueillants n’ont pas baissé.

Parallèlement, des travaux de rénovation et de modification de la carte scolaire ont été menés dans d’autres collèges où la mixité sociale laissait à désirer et une concertation est mise en œuvre pour la sectorisation des établissements, notamment ceux que doit construire le département – quatorze collèges doivent sortir de terre dans la métropole.

Enfin, le conseil départemental a mis en place une modulation d’une partie de la dotation de fonctionnement aux collèges, en fonction du taux de mixité sociale des établissements. En 2020, les collèges publics ont été majoritaires à bénéficier d’un bonus, tandis que les établissements privés se vont vu très majoritairement appliquer un malus.

Toutes ces mesures visent à scolariser des enfants venant de zones défavorisées dans des collèges plus diversifiés et plus généralement à encourager, mais elles ne changeront pas la sociologie des quartiers pauvres. Pour cela, il faut éviter que les écoles deviennent des repoussoirs mais il faut aussi donner aux autres habitants des raisons d’y aller, voire de venir y habiter. « Il existe des actions très simples à mettre en œuvre : installer des jeux pour les enfants, faire agir des associations, des start-up ou des professionnels en pied d’immeuble pour animer des tiers lieux ou développer des projets d’agriculture urbaine… », explique Emmanuel Cattiau, directeur général des services de Savigny-le-Temple.

« L’heure civique », lancée en mai dernier, est une plateforme qui permet aux Mulhousiens qui le souhaitent de s’investir bénévolement

Parcours d’excellence dès le primaire

À Mulhouse, qui compte 136 nationalités, une population plutôt jeune et sous-diplômée, mais aussi des frontaliers qualifiés qui vont travailler en Suisse dans la région de Bâle, les actions en faveur de la cohésion sociale sont jugées primordiales et l’indispensable préalable à une plus grande mixité. L’accent est mis sur tout ce qui peut jouer sur la vie quotidienne de la personne : la santé, la culture, l’éducation, le développement économique, le soutien à l’entrepreneuriat… Pour que les populations les plus favorisées n’adoptent pas des stratégies d’évitement de certaines écoles, des parcours d’excellence et thématiques sont mis en place dès les classes primaires, comme des classes orchestres, qui attirent au-delà du quartier. Pour inciter les uns à croiser les autres, la ville affiche la volonté d’organiser les événements sportifs et culturels partout, y compris dans les QPV. Le théâtre de la Filature, qui fait partie de la scène nationale, se produit dans tous les quartiers et la troupe se rend en amont dans les écoles pour préparer le spectacle.

Enfin, Mulhouse travaille avec Atanase Périfan, le créateur de la Fête des voisins et de Voisins solidaires, sur « l’heure civique ». Cette initiative, lancée en mai dernier, est une plateforme qui permet aux Mulhousiens qui le souhaitent de s’investir bénévolement, sans engagement ni contrainte, en apportant chaque mois une heure de son temps et de participer à une action de solidarité dans le quartier ou d’aider, de manière informelle, un voisin qui en a besoin.

Aux Mureaux, travailler à ce que les habitants se croisent

Dans cette ville aux 40 % de HLM, les initiatives visant à ce que les habitants se croisent, quels que soient leur milieu et leur quartier d’origine, sont variées. Pour les jeunes de 18 ans, un Passeport citoyen incite à participer à une session de découverte des institutions de la République, avec une contrepartie de 500 euros pour financer un projet scolaire, le permis de conduire… Lors de cette session organisée sur une semaine pendant les vacances scolaires, un groupe d’une quinzaine de jeunes participe à des visites d’institutions comme l’Assemblée ou un tribunal et des équipements publics (hôpital, station d’épuration…), avant de réaliser un stage de deux semaines dans l’une de ces organisations.
La ville œuvre aussi pour un partage des lieux entre différents publics. À la place d’une tour HLM de dix-huit étages, elle a fait construire un ensemble pour les plus jeunes (écoles maternelle et élémentaire, crèche et centre de loisirs), mais ce Pôle Molière comporte aussi d’autres équipements partagés avec tous les habitants : une ludothèque et un restaurant, à la fois réfectoire pour les écoles et salle d’exposition, une salle de sport et des salles polyvalentes.

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