Et si « le parcours d'éducation artistique et culturelle », parce qu'enserré dans le contexte de la réforme des rythmes scolaires, se révélait être une fausse bonne idée ?

La Rédaction

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Le moins que l'on puisse dire, c'est que cette réforme des rythmes scolaires bouleverse beaucoup de choses. Elle a donc le mérite d'obliger les différents acteurs concernés à réfléchir, et même à changer  ses habitudes ... à commencer par les enfants (tout le monde s'accorde à dire que cela leur sera bénéfique), les enseignants et les parents (de ce côté-là, ça râle davantage, pourtant rappelons-nous qu'il s'agit finalement de revenir à ce qui existait il y a seulement cinq ans), mais aussi les services éducatifs et culturels des collectivités et  les conservatoires, etc. qui vont devoir repenser les dispositifs et les emplois du temps existants.

Soyons clairs, cette réforme était nécessaire car bénéfique pour le temps de l'enfant. Mais l'étalement de la mesure sur deux ans crée une belle zizanie, notamment là où l'enseignement public fait autrement que l'enseignement privé, et dans les intercommunalités dans lesquelles certaines collectivités ont décidé une mise en oeuvre à la rentrée de 2013 quand d'autres optent pour la rentrée 2014.

La circulaire en préparation sur le « parcours artistique et culturel » qui va être cosignée par les deux ministres de la Culture et de l'Education aborde tant le cadre scolaire que le temps hors-temps scolaire. Après avoir fait le constat des inégalités territoriales en la matière, elle affirme l'égal accès de tous les jeunes à l'art et à la culture, ce qui sous-entend une généralisation de la politique d'éducation artistique et culturelle.

Pourtant, ne serait-ce qu'en raison des contraintes budgétaires, cette généralisation  est une nouvelle fois encore bien utopique. Pour le Ministère de la culture, il s'agit donc, à partir du foisonnement des expériences existantes (et en en tirant parti), de définir  le plus objectivement possible des territoires prioritaires, en déficit (agglomérations urbaines ou intercommunalités rurales) et d'y construire des dynamiques de partenariat.

Une  cohérence est recherchée entre enseignements (dont l'histoire des arts), actions éducatives (telles que la fréquentation des oeuvres) et expériences personnelles (la pratique). Une cohérence est aussi recherchée dans l'offre éducative grâce à la concertation entre les différents acteurs d'un territoire, pour aller au-delà de la simple juxtaposition d'actions. Ces parcours peuvent s'articuler avec le projet éducatif territorial, à l'initiative de la collectivité.

J'espère concourir avec d'autres, dans le territoire où je travaille, à la réussite d'une telle ambition.  Mais je m'interroge malgré tout. Et si ces « parcours », enserrés  dans la logique des rythmes scolaires dans un contexte de récession, se révélaient être en fin de compte  une « fausse bonne idée », et si toute cette organisation qui se met en branle n'emportait le bébé avec l'eau du bain ?

La CAPI, Communauté d'agglomération Porte de l'Isère, qui a monté un Plan local d'éducation artistique (PLEA ) pour ses 22 communes en associant intelligemment l'Etat, le CG38 et la Région (c'est rare !) pour un dispositif  unifié d'interventions à l'école, au collège et au lycée  (même dossier  pour les enseignants etc.), réfléchit aux pistes qui lui permettrait de développer cette politique sur le temps périscolaire avec le même niveau de qualité.

Mais ailleurs ? comment fait-on pour créer de la cohérence là où les intercommunalités  n'ont pas envie ?  Quand on voit les questions auxquelles est d'ores et déjà  confrontée une agglomération importante comme la CAPI qui dispose de moyens corrects, on imagine un peu  comment pourrait être traité le périscolaire dans de nombreuses communes  de moindre importance : le risque est bien de déshabiller Pierre pour  habiller Paul, c'est-à-dire que la commune fasse basculer des heures  d'intervenants en milieu scolaire (qui bénéficient à tous les enfants) pour en mettre sur du temps périscolaire, quitte à "demander" aux bibliothécaires de la commune de compléter en accueillant des classes de 15h45 à 16h30 ...

Au risque d'être caricatural, on peut imaginer aboutir à la situation suivante : l'histoire des arts et quelques visites éducatives dans le temps scolaire,  et la pratique (culturelle ou sportive, voire occupationnelle) reléguée avec des intervenants... ou les moyens du bord, durant trois quart d'heure sur le temps périscolaire.

Si l'on ajoute à cela la question non réglée des  heures prises en compte pour l'accès aux droits sociaux des intermittents du spectacle, les réactions très défensives de certains syndicats enseignants, la non prise en compte dans ces textes des compétences en ingénierie des services éducatifs et culturels des collectivités (qui apparaissent encore et toujours comme de simples financeurs), la situation inégale des décharges de service des enseignants-relais et des référents culture, ou encore  le déficit de formations pour les acteurs de l'EAC (notamment les enseignants), on pourrait vite baisser les bras...

Pour autant il nous faut jouer le jeu de ces réformes, nous battre pour continuer de faire avancer nos convictions et ne pas décourager ou empêcher ce qui fonctionne déjà bien, faire en sorte de mieux repérer les bonnes pratiques et en analyser les ressorts, travailler à la territorialisation de nos politiques d'EAC, et approfondir - malgré les difficultés qui peuvent exister localement - les partenariats entre collectivités et services de l'Etat (l'éducation nationale plus encore que la DRAC).

Parlons du parcours, encore et toujours, et vaille que vaille !

François DESCHAMPS

Lire par ailleurs le texte de Vincent Rouillon pour la FNCC : Rythmes scolaires et éducation artistique et culturelle

Photo Croq'Alp © Paysalp

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