Et si on se passait de chef ?

Nathalie Piers

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Et si on se passait de chef ?

© Adobestock

Travailler sans chef, le rêve pour certains, mais l’assurance du chaos pour la plupart d’entre nous. Et si on passait de l’inimaginable à la mise en place des conditions pour que, par malheur ou par bonheur, ça ne fasse plus de différence que le ou la big boss soit là.

Imaginons une collectivité sans chef. Des agents administratifs ou techniques, des chargés de missions… mais plus aucun chef (ou cheffe),  du responsable d’équipe au DGS.  Que se passerait-il ? Plus personne pour donner la direction, décider, cadrer, informer… Une bérézina, débouchant à coup sûr sur le  burn out des agents les plus consciencieux, un laisser-aller pour d’autres, un mécontentement des élus et des usagers.

Peut-être que le rôle d’un chef serait alors celui-là, de créer les conditions pour qu’on se passe le plus possible de lui

Sauf si…
Sauf si les équipes sont assez mûres pour s’auto-réguler, s’auto-organiser, laisser agir ceux qui sont les plus aptes à résoudre la question, partager l’information… Cela existe dans certaines organisations dites « libérées » ou encore dans certaines sociétés ancestrales, comme les indiens kogis. Quand le sens général de l’action est partagé par tous, un groupe a naturellement envie de coopérer. Par ailleurs, on connait depuis longtemps l’impact de l’autonomie sur la motivation des agents.


Mais cela demande une culture très ancrée de cogestion, beaucoup d’énergie pour modifier la relation au rapport hiérarchique et énormément de temps pour faire émerger l’action collective. Cela paraît a priori bien irréaliste avec nos charges et rythmes actuels de travail dans la territoriale.

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Mais peut être…
Peut-être que le rôle d’un chef serait en fait de créer les conditions pour que l’on se passe le plus possible de lui. Faire confiance au fait que les agents, au plus près du terrain, prendront en compte  les paramètres qui leur seront donnés. Ce chef deviendrait huile dans les rouages. Et plus moteur. Le moteur sera le sens et l’adhésion de tous au projet. Ce sera aussi  la force du collectif.

C’est aux recruteurs d’abord de changer, pour faire émerger ce genre de chefs

Oui mais…
Quel chef a envie ainsi de lâcher son pouvoir ? Se mettre en retrait dès que possible ? Accepter que la décision finale ne soit pas la sienne ?  Peut-être un chef qui a suffisamment travaillé sur lui-même pour avoir identifié là où c’est son besoin de reconnaissance qui guide son action, là où il est vraiment à l’écoute et au service du collectif.

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Peut-être un chef qui sera reconnu pour ses qualités d’intuition, de mise en relation, mais aussi de capacité à valoriser les talents, les coopérations.

Et sûrement dans une collectivité qui n’attendra pas de lui qu’il sache développer avec affirmation sa vision stratégique, trancher, cadrer, organiser …mais co-élaborer une stratégie, écouter les freins, les besoins et talents de chacun, partager l’information, faire profondément confiance à l’intelligence collective.  C’est aux recruteurs d’abord de changer, pour faire émerger ce genre de profil. Le changement commence par là.


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