Face à la pollution, un peu de courage !

Nicolas Braemer
Face à la pollution, un peu de courage !

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© Sergiy Serdyuk

La gravité de la situation en matière de pollution atmosphérique aux microparticules semble inversement proportionnelle à la volonté des politiques à s’emparer de la question. Dans un effort de cécité quasi-généralisé (il y a heureusement des exceptions), il semble que la classe politique soit d’accord pour que rien ne change. Qui alors, pour relever ce défi crucial de santé publique ?

20 septembre 2016 : cinq citoyens belges ont déposé une plainte contre la région bruxelloise pour contraindre le gouvernement régional à s’occuper de la pollution de l’air, et notamment des concentrations de dioxyde d’azote, polluant toxique connu émis par les moteurs diesel.

Au même moment, la volonté d’Anne Hidalgo, la maire de Paris, de prolonger la piétonisation des voies sur berges et de bannir les véhicules les plus polluants pour lutter contre la pollution par microparticules, se heurte à une rare levée de boucliers, regroupant tous ceux qui partagent les intérêts des lobbies automobiles et polluants. D’un côté donc, ceux qui veulent agir, d’un autre, ceux qui veulent que rien de change.

225 milliards de dollars, 10 % de morts dans le monde

L’enjeu n’est pas mince : une récente étude révélait que le coût de la pollution atmosphérique atteignait 225 milliards de dollars chaque année dans le monde et qu’en 2013, un décès sur dix était dû à la pollution, essentiellement dans les pays en développement. Il est désormais avéré que les émissions de microparticules sont une question majeure de santé publique, responsables directes de la multiplication des maladies et cancers de l’appareil respiratoire.

L’action des pouvoirs publics est donc déterminante, et il ne semble pas qu’il y ait d’autre voie en la matière qu’une certaine coercition.

Or, la particularité de ces maladies est qu’elles sont subies, au sens qu’on ne peut pas changer l’air qu’on respire comme on modifierait son alimentation pour adopter un régime plus sain et diminuer les risques de cancer. L’action des pouvoirs publics est donc déterminante, et il ne semble pas qu’il y ait d’autre voie en la matière qu’une certaine coercition.

Le lobby des pollueurs

Or que voit-on ? Que les pouvoirs publics, et une grande partie du personnel politique, restent marqués par une grande inféodation au lobby du diesel. Pour des raisons qui mêlent la protection de l’industrie française et la défense du sacro-saint « pouvoir d’achat », cela fait des années que le diesel se voit garantir une espèce de statut particulier, quasi unique dans le monde. Le refus du gouvernement de sanctionner durement les constructeurs automobiles pour leur fraude massive et organisée aux émissions de particules en est la preuve flagrante. Ajoutez à cela la réaction pavlovienne des automobilistes eux-mêmes, qui voient toute restriction de circulation comme une atteinte aux libertés fondamentales, vous aurez une idée du tableau.

Il faut accepter la réduction massive de la circulation automobile en ville, comme en Italie ou en Angleterre.

Il faut pourtant bien faire quelque chose

Soit, donc, nous acceptons la flambée des maladies respiratoires comme un fait acceptable, soit nous agissons. Et agir, c’est, d’une part, arriver rapidement à la fin de la production et de l’utilisation des moteurs diesel en France, au moins pour les véhicules particuliers. D’autre part, accepter la réduction massive de la circulation automobile en ville, comme on a commencé à le faire sérieusement dans des pays comme l’Italie ou l’Angleterre. Il faudra pour cela du courage, de celui que montre Anne Hidalgo en la matière, et un refus, guère en vogue en ce moment, de la démagogie. Mais on n’a guère le choix.

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