Face à la violence, quel rôle pour la police municipale ?

Stéphane Menu

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Face à la violence, quel rôle pour la police municipale ?

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© Olivier Tuffé

Les attentats contre Charlie Hebdo et le meurtre d’un policier municipal à Montrouge ont ramené à la surface de l’actualité une question que les mairies se posent régulièrement : les policiers municipaux sont-ils suffisamment protégés dans le cadre de leurs missions ?

Le 17 mars, Nathalie Kosciusko-Morizet, chef de file UMP au conseil de Paris, a interpellé la maire PS, Anne Hidalgo sur le thème sensible de l’instauration d’une police municipale à Paris. NKM souhaite que la capitale soit dotée d’une police municipale puisqu’elle figure parmi les grandes villes à ne pas en disposer. « Nous demandons à la maire de Paris de soumettre l’idée aux Parisiens, assure-t-elle. La police municipale est un maillon important dans la politique de sécurité d’une ville. Il est temps de combler ce manque à Paris ».

 « La police municipale est un maillon important dans la politique de sécurité d’une ville. Il est temps de combler ce manque à Paris »

Les effectifs sont déjà là

Certes, le constat de NKM est juste. Mais le centralisme parisien est tel que la police nationale est massivement présente dans la capitale. Et même si, jusqu’en 1968, la préfecture de police d’Ile-de-France disposait de ses propres policiers – qui faisaient implicitement office de policiers municipaux — avant qu’ils ne soient réintégrés dans les effectifs de la police nationale. Nathalie Kosciusko-Morizet estime que le coût d’une telle création serait très limité, les effectifs étant déjà en place, à savoir les ISVP, les inspecteurs de sécurité de la ville de Paris, et les ASP, les agents de surveillance de la ville de Paris. Les premiers veillent sur les parcs et les jardins de la capitale. Les ASP sont affectés au stationnement. En réunissant ces deux corps sous l’autorité du maire, Paris pourrait disposer d’une police municipale et, donc, mener un travail de « police de proximité », suggère NKM. Finalement, sa proposition a été rejetée.

Hidalgo préfère une « brigade verte » anti-civilités

Le groupe UDI-MoDem a apporté son soutien à cette proposition, qu’il défend depuis longtemps. Les groupes de la majorité (PS, EELV, PRG, PCF) y ont opposé une fin de non-recevoir. Colombe Brossel, adjointe d’Anne Hidalgo en charge de la Sécurité, accuse l’ancienne ministre de vouloir en fait « pallier les absences, les vides que (la droite a) créés » en diminuant les effectifs de police nationale. Elle a rappelé le souhait de la ville de créer une « brigade verte », qui aura à charge de « prévenir, traiter, verbaliser l’ensemble des incivilités sur l’espace public parisien ». Bernard Boucault, préfet de police, redoute que la création d’une telle police municipale « porte atteinte à la cohérence et à l’efficacité » du modèle actuel.

 Le ministre de l’Intérieur encourage l’armement des policiers municipaux si « les maires le souhaitent » car « c’est inscrit dans les principes de la République »

Il a insisté sur le fait que d’autres villes que Paris — comme Washington — ne possédaient pas de police municipale en raison des enjeux particuliers de sécurité dans ces métropoles.

Repenser l’organisation de la sécurité ?

Pour Philippe Capon, secrétaire général du syndicat Unsa-Police, le sujet du renforcement des moyens de la police municipale passe après celui de « l’organisation de la sécurité en France. Quelles missions exactes donne-t-on aux différentes forces de sécurité ? Il est aussi urgent de ne plus baisser les effectifs de la police nationale. Nous avons perdu 13 000 policiers et gendarmes en France entre 2007 et 2012 sous la présidence de Nicolas Sarkozy ».

66 M€ prévus pour les polices municipales

En déplacement à Metz le 16 mars, le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, a rappelé que les « décisions d’armer les polices dépendent des compétences des maires », ce qu’avait d’ailleurs décidé de faire le maire socialiste de Metz. Bernard Cazeneuve a confirmé le financement de l’équipement de 8 000 gilets pare-balles pour les polices municipales. Il a confirmé le déploiement de moyens plus sûrs de radiocommunication dont les policiers ne disposent pas encore.

Le ministre de l’Intérieur encourage l’armement des policiers municipaux si « les maires le souhaitent » car « c’est inscrit dans les principes de la république ». Les polices municipale et nationale bénéficieront sur trois ans de 233 millions d’euros pour faire face à la nouvelle menace radicale. « Cela comprend de nouveaux véhicules, des gilets pare-balles, des équipements numériques, de nouvelles armes et de la vidéo protection renforcée des commissariats et des sites sensibles comme les lieux de cultes », a poursuivi le ministre. Sur les 233 millions d’euros d’effort budgétaire, 66 M€ iront en direction des polices municipales sur les trois prochaines années.

 Les polices municipales bénéficieront sur trois ans de 66 millions d’euros pour faire face à la nouvelle menace radicale.

Oui aux polices municipales, non à leur armement

Par ailleurs, face au désengagement de l’État en la matière durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, les petites villes de France ont été dans l’obligation de créer des polices municipales. Une enquête publiée le 23 février par l’Association des petites villes de France (APVF), sur « Les politiques en matière de sécurité dans les petites villes », le démontre clairement. Sur les 152 communes interrogées lors de cette enquête, 85 % assurent être dotées d’une police municipale et 33 % disposent d’agents de surveillance de la voie publique (ASVP). Dans la même enquête, les maires des petites villes rechignent à armer leur police municipale. 40 % le sont aujourd’hui contre les deux tiers à l’échelle nationale. 7 % des « petits » maires souhaitent armer leur police dans un avenir plus ou moins proche, 53 % s’y opposent. La volonté de l’État de participer au financement des polices risque donc de se heurter à un refus poli.

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