Face à Lille, comment Amiens tente d’être aussi capitale régionale

Stéphane Menu
Face à Lille, comment Amiens tente d’être aussi capitale régionale

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La décision serait prise (fin juin) et paraît logique : Lille sera la capitale régionale de la nouvelle région Nord-Pas-de-Calais-Picardie. Les élus picards, eux, souhaitent, unanimement, qu’Amiens soit désignée capitale administrative régionale pour ne pas « mourir » au nom d’un aménagement du territoire « sans logique de bon sens ». Aujourd’hui, 11 juin, les collectivités concernées organisent un conseil extraordinaire pour faire pression sur le gouvernement.

Ils ne veulent pas abdiquer. Le 3 juin dernier, la maire UDI d’Amiens, Brigitte Fouré, le président UMP d’Amiens-Métropole, Alain Gest, et la députée EELV, Barbara Pompili, avaient rendez-vous avec Vincent Feltesse, conseiller du président Hollande en charge des relations avec les élus, et Annabelle Vandendriessche, chargée de mission pour la réforme territoriale. Objet de la rencontre : conférer à Amiens le statut de capitale administrative de la nouvelle région Nord-Pas-de-Calais-Picardie.

« Le ralliement de Martine Aubry, maire de Lille, à la politique du gouvernement, n’est pas innocent. Il y a eu des contreparties… »

 « Je ne suis pas optimiste, surtout depuis que la presse a publié le projet de décret sur les treize capitales régionales des futures entités administratives. Mais je me dis que si le bon sens l’emporte, dans ce pays, sait-on jamais, les choses pourront évoluer », assène, sans colère, Brigitte Fouré. Les dés seraient-ils donc jetés ? Lille est-elle sûre d’être la capitale régionale intronisée officiellement par le gouvernement ? Une répartition intelligente des rôles – à Lille, les centralités économiques, à Amiens, les charges administratives – n’est-elle pas envisageable ? « Le ralliement de Martine Aubry, maire de Lille, à la politique du gouvernement, n’est pas innocent. Il y a eu des contreparties, cela me paraît évident… », accuse même Brigitte Fouré.

Pour une logique à deux capitales régionales

Ne nous méprenons pas : les élus amiénois ne sont pas tombés sur la tête quand ils demandent leur part de capitale régionale. Ils savent pertinemment qu’Amiens ne boxe pas dans la même catégorie que Lille, notamment en termes de rayonnement économique. Et c’est pour cette raison d’ailleurs qu’ils sont si actifs. « Pourquoi renforcer Lille, qui s’appuie désormais sur une métropole et dont l’attractivité économique ne cesse de croître, au détriment d’Amiens, qui pourrait ainsi conserver ses centres administratifs en tentant ainsi d’être complémentaire de la capitale régionale ? », s’interroge Alain Gest.

« Nous n’avons rien contre Lille, dont les élus s’expriment peu sur le sujet d’ailleurs. La dynamique économique de Lille profite à tout le territoire. Nous essayons juste d’exister »

Brigitte Fouré et Alain Gest ont écrit aux maires de la région ; 150 d’entre eux soutiennent cette bipartition, à Lille le statut de capitale économique régionale, à Amiens, celui de capitale administrative. « Même Beauvais et Lens nous soutiennent », précise Brigitte Fouré. « Nous n’avons rien contre Lille, dont les élus s’expriment peu sur le sujet d’ailleurs. La dynamique économique de Lille profite à tout le territoire. Nous essayons juste d’exister », poursuit Alain Gest.

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Le déménagement des services déconcentrés a-t-il déjà commencé ?

Les élus sont d’autant plus amers qu’ils avaient eu le sentiment d’avoir été entendus par Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur, lors d’un déplacement déjà œcuménique le 14 avril, au ministère. Ce dernier sera de nouveau interpellé à la fin du mois pour causer avec les élus sur l’organisation territoriale découlant de cette nouvelle donne législative. En attendant, la belle unité politique se traduira aujourd’hui par l’organisation d’une séance extraordinaire avec un seul ordre du jour : Amiens, capitale administrative de la nouvelle région Nord-Pas-de-Calais-Picardie. Une belle démonstration de force puisque le conseil municipal d’Amiens, le conseil communautaire d’Amiens-Métropole, le conseil départemental de la Somme (UMP, présidé par Laurent Somon, nouveau patron de l’UMP départemental) mais aussi la communauté de communes du Bernavillois, présidée par le même Somon, tenteront, par ce biais symbolique, de faire une nouvelle fois pression sur le gouvernement.

« Le directeur régional de la SNCF vient d’être remplacé. C’est un Lillois ! »

« Il ne faudrait pas que la réforme se traduise par un déménagement pur et simple des services d’Amiens à Lille : rectorat, agence régionale de la santé, finances publiques, préfecture, etc. », assure Laurent Somon. « On sent déjà que les choses commencent à s’organiser vers Lille. Mais on ne nous dit rien sérieusement, il y a peu de concertation », rage-t-il. « Le directeur régional de la SNCF vient d’être remplacé. C’est un Lillois ! », constate Brigitte Fouré. « Ce n’est pas anodin, tout ce qui se passe. Prenons l’exemple du sport. Si l’administration déconcentrée du sport se déplace à Lille, les clubs auront tendance à s’y rallier progressivement. Et les belles réussites associatives iront vers Lille, c’est une question de logique. La cohésion sociale de notre territoire repose sur ce solide maillage administratif. Nous risquons de perdre des habitants, des centres d’attractivité, tout simplement… », prolonge la maire d’Amiens.

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La meilleure centralité est amiénoise

« Tout le monde sait que nous disposons d’une situation géographique stratégiquement plus avantageuse que Lille avec des temps de déplacement moindres d’un coin à l’autre de la région », tonne Alain Gest, qui se refuse à ce que la reconnaissance administrative d’Amiens s’apparente à un lot de consolation. « Tant sur le plan universitaire, qu'éducatif ou culturel, nous avons de nombreux atouts à faire valoir », plaide-t-il. « Une des responsabilités du gouvernement est l’aménagement harmonieux du territoire. Qu’il le démontre ! », conclut-il.

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