Face au coronavirus, les collectivités renforcent les services de solidarité

Séverine Cattiaux

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Face au coronavirus, les collectivités renforcent les services de solidarité

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La pandémie du Covid-19 a soudainement rendu plus difficile le quotidien des personnes isolées et aggravé la situation des plus fragiles sans ressources ni toit. Faisant face à cette situation inédite, les collectivités et leurs agents se sont mises en ordre de marche, en un rien de temps.

Douches municipales, repas aux plus démunis, plateformes de mise en lien entre voisins, appel téléphonique aux personnes âgées… Il est frappant de constater l’efficacité des collectivités et de leurs agents, qui sont parvenus, en un temps record, avec moins de personnel, en dépit de toutes les contraintes liées à la contagion du virus, à maintenir voire accroître l’aide envers les publics les plus fragiles. Et ce, bien sûr, en coordination avec l’État ainsi qu’avec le concours des bénévoles et l’engagement des citoyens.

Soutien renforcé à l’aide alimentaire

Pour cause de coronavirus, nombre de cuisines associatives, comme celle des Resto du cœur offrant des repas aux plus démunis et sans abris ont dû fermer leurs portes. « Des paniers repas sont organisés à la place, explique Marie-Christine Staniec-Wavrant, 7e adjointe déléguée aux personnes âgées, à l'hébergement d'urgence à Lille, compte tenu qu’il n’y a pas de problèmes de stock, ni de bénévoles en tous les cas pas dans l’immédiat » se réjouit-elle.

À Lille, on observe, au contraire, une recrudescence d’inscriptions sur la plateforme d’appel aux bénévoles. Et cette générosité se constate bien évidemment sur tout le territoire… Reste tout de même à remettre à plat l’organisation de la distribution des colis alimentaires, en l’éclatant notamment sur plusieurs sites « afin de gérer des files d’attente raisonnable dans le but de maintenir les distances entre les personnes et réduire les risques de la propagation du Covid-19 » justifie Marie-Christine Staniec-Wavrant.

Lille a décidé de baisser ses critères financiers pour fournir une aide alimentaire

Disposant d’une cuisine centrale, Grenoble et Paris vont pour leur part prendre le relais des associations et fabriquer des repas, avec le renfort de l’État pour la logistique, et la participation des agents du CCAS et des bénévoles pour la distribution. Lille a aussi décidé de baisser ses critères financiers pour fournir une aide alimentaire. « En temps normal, la ville offre des repas dès 50 centimes aux scolaires, souligne Christine Staniec-Wavrant. Ces enfants sont aujourd’hui à la maison, il faut donc aider les familles ».

Prestations maintenues, hébergement et hygiène

 Allocation personnalisée d'autonomie (APA), Revenu de solidarité active (RSA), Prestation de compensation du handicap (PCH), protection de l'enfance… les départements mettent un point d’honneur à poursuivre leurs services en lien à la solidarité sociale. À titre d’exemple, les mères isolées avec enfants de moins de trois ans sont toujours prises en charge. Les hébergements et les accueils de jour continuent à fonctionner à Lille, à Nantes, notamment.

Grenoble et Nantes ont pour le moment réussi à maintenir les douches municipales, en démultipliant les précautions

À l’heure du confinement, la question de la mise à l’abri des sans-domicile doit aussi s’organiser de manière urgente. Les communes tentent de trouver des solutions avec l’État, à qui incombe cette mission au premier chef. Autre service de base recherché par les personnes à la rue : les douches municipales… Grenoble et Nantes ont pour le moment réussi à maintenir ce service, en démultipliant les précautions. Ces douches ne sont plus que partiellement ouvertes à Paris, et totalement fermées à Strasbourg.

NUMÉROS D'URGENCE

Vigilance accrue autour des personnes handicapées et âgées

Afin de surveiller les séniors, des numéros d’urgences ont fleuri un peu partout. Des agents, en télétravail, confinés chez eux, ou dont le service ne fonctionne pas, ont parfois été « réquisitionnés » pour appeler les personnes âgées. « Si on a besoin d’un surcroît de personnels pour appeler les personnes âgées, nous ferons appel aux agents du service Élections aujourd’hui à l’arrêt » indique ainsi Christine Staniec-Wavrant. À Grenoble, si elles n’obtiennent pas de réponses, des agents ou des bénévoles se rendront sur place. Concernant le portage de repas à domicile, là aussi, les communes relèvent les manches.

Solidarité de proximité

Ces dernières heures, les collectivités ont pris l’initiative d’animer et de faciliter l’entraide, et le bénévolat de voisinage. Confinement oblige, un certain nombre de personnes se retrouvent chez elles, dans la panade, pour différentes raisons. « On a ainsi des parents isolés ayant besoin d’aides ponctuelles pour garder leur(s) enfant(s) et faire leurs courses » relève Thomas Miazek, chargé de mission à la Maison des Associations à Lille. Les petites communes comme Plougoumelen (56) ont recensé les besoins et établi la liste des bénévoles prêts à apporter leur coup de pouce. Les plus grandes villes ont mis en ligne des plateformes web municipales, en un temps record. Sur http://jeparticipe.bordeaux.fr ont déjà été déposées des centaines d’offres de services (garde d'enfants, courses...). Dès mardi dans la journée, Lille ouvrait sa plateforme de géolocalisation. En complément de ce service dématérialisé, une équipe d’agents lillois veillent à ce que toutes les personnes formulant une requête, aient bien reçu une réponse.

Les départements se sont démenés pour fournir des masques aux personnels pour assurer la continuité de l’aide à domicile chez les personnes dépendantes

À Albi, Castres, la cuisine municipale fabrique plus de repas et livre donc davantage. À Nantes, le service de portage est élargi aux personnes qui venaient déjeuner dans des Ehpad. Pour assurer la continuité de l’aide à domicile chez les personnes dépendantes, les départements se sont démenés pour fournir des masques aux personnels concernés. Dispositif original, la région Auvergne Rhône-Alpes va redéployer une soixantaine de robots de téléprésence dans les Ehpad afin de maintenir du lien social. Ces robots de téléprésence devraient venir en aide à 4 000 familles dans cette période.

Femmes et enfants, victimes de violence

Quid des femmes victimes de violence ? En période de confinement, les bourreaux ne leur laissent aucun répit. Les lieux d’accueil pour les femmes victimes de violence sont toujours actifs. Ils ne suffiront sans doute pas. Les associations restent aux aguets ainsi que les collectivités. Là aussi, le concours de l’État et des collectivités sont indispensables pour mettre à la disposition des appartements en urgence pour ces femmes.

Les visites des travailleurs sociaux des conseils départementaux sont limitées mais toujours possibles

« L’expérience de nos pays voisins nous conduit à penser que les violences interfamiliales vont se développer, redoute Mondane Jactat, adjointe à la santé de Grenoble. Il est de notre responsabilité de mettre à l’abri certaines femmes et certains enfants ». Quel secours possible pour les enfants en danger ? Les départements maintiennent ses structures d’accueil pour accueillir des enfants en danger. Les visites des travailleurs sociaux des conseils départementaux sont limitées mais toujours possibles.

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