Fibre optique : une remise à plat en septembre

La Rédaction

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Le programme est chargé pour la ministre chargée de l'Economie numérique (Fleur Pellerin) ; après le mobile ou Hadopi, la ministre en charge de l'Economie numérique s'attèle aujourd'hui à l'épineux problème du très débit en France.

Après avoir constaté un retard dans le domaine du très haut débit, elle entame une concertation avec le ministre du Redressement productif et celui du ministre du logement afin d'établir une feuille de route pour la rentrée.

Apparemment, une remise en cause du cadre actuel pourrait intervenir : "Manque de concertation entre élus et opérateurs, manque de visibilité sur les objectifs à atteindre, manque de financements, nous considérons que le programme national très haut débit a créé beaucoup de frustration", tels sont les propos de la ministre.

Il convient de préciser que les données du problème sont en effet connues : Le FTTBFTTB (fibre jusqu'à l'immeuble) proposé principalement par Numericablepar Numericable est la technologie leader avec 495 000 abonnés au premier trimestre, selon les chiffres de l'Arcep.

Les données du problème sont en effet connues.
Mais c'est le FTTH (fibre jusqu'à l'abonné) qui est censé devenir la norme du très haut en France (c'est en tout cas toujours l'objectif du gouvernement).
Sur les trois premiers mois de l'année , seulement 22 000 foyers ont souscrit à une offre de fibre jusqu'à l'abonné (FTTH) par rapport au trimestre précédent. Une croissance assez similaire à celle observée depuis le début de l'année. Au total, le FTTH compte seulement 220 000 abonnés.
Pourtant, au 31 mars dernier, 1,58 million de logements étaient éligibles aux offres FTTH soit une hausse de 39% en un an. Le problème vient donc moins de la couverture mais plus des abonnements. Le ratio logements éligibles sur abonnement reste en effet toujours aussi faible.
Le faible nombre d'abonnement s'explique avant par le fait que la fibre optique a d'abord été déployée dans les grandes villes, là où l'ADSL est de bonne qualité. Les consommateurs ont du mal à identifier la valeur ajoutée de la technologie et les opérateurs n'ont pas encore trouvé la 'killer app' qui ferait passer le cap.
Dans les zones non denses, les déploiements sont très parcellaires et lents. Surtout, dans les zones les plus rurales, le financement est loin d'être bouclé. La perspective d'une couverture globale d'ici 2025 est incertaine. En tout cas en FTTH.
"Le président de la République alors candidat s'était engagé à couvrir l'intégralité du territoire en très haut débit en 10 ans". Mais pour "réaliser cet objectif et pour agir efficacement", la ministre estime qu'il faut dans un premier temps "clarifier l'objectif de couverture".
Une remise à plat source d'instabilité réglementaire
Il faut une fois pour toute se rendre à l'évidence : le FTTH ne pourra pas être déployé partout, même à travers les accords de co-financements mis en place par les opérateurs sous l'impulsion du régulateur. La montée en débit, le VDSL 2 ou encore la 4G pourraient très bien venir en complément dans les zones jugées les moins rentables.
"Compte tenu des disparités territoriales il faut réfléchir en parallèle du déploiement du THD à l'objectif d'un vrai haut débit pour tous dès la fin du quinquennat", ajoute la ministre qui souhaite une "clarification des rôles respectifs de l'Etat, des opérateurs et des collectivités locales", dans les zones rurales.
D'un autre côté, une remise à plat brutale du cadre actuel pourrait être contre-productive. Ce cadre a mis beaucoup de temps à être fixé, ce qui a provoqué d'importants retards. Aujourd'hui, les opérateurs réclament plus que tout une stabilité réglementaire, facteur essentiel pour justifier leurs lourds investissements.
Des changements trop profonds pourraient alors déstabiliser des opérateurs allergiques à l'instabilité réglementaire et dont les finances ne sont pas au mieux.
La question est de savoir si la régulation actuelle et pertinente ou pénalisante. Pour l'Arcep, le régulateur des télécoms, elle a eu le mérite de poser les fondations du THD (très haut débit) en France avec notamment le partage des fourreaux de France Télécom, l'organisation des déploiements verticaux, les points de mutualisation, les accords de co-investissements.
Pour d'autres, si elle a enfin permis de mettre en place un cadre stable réclamé par les opérateurs, cette régulation est à la source du fameux "retard français". Une position vivement contestéevivement contestée par le régulateur.
"La France est le seul de ces pays où, à des degrés certes variables, plusieurs acteurs déploient ou ont annoncé des déploiements de fibre optique sur des territoires autres que les zones très denses. A cet égard, il faut se féliciter de la coexistence d'initiatives privées et publiques, dans le cadre d'une stratégie territoriale", explique son président Jean-Ludovic Silicani.
Pas de retard selon l'Arcep, faux répond l'Avicca
Preuve que cette approche est la plus pertinente, Jean-Ludovic Silicani rappelle qu'en France, 6 millions de foyers sont éligibles au très haut débit, contre 2 millions en Italie, et moins d'un million en Allemagne et en Espagne. Mais encore une fois, éligibilité ne veut pas dire abonnements.
Par ailleurs, l'Arcep additionne FTTH et FTTB or la fibre optique jusqu'à l'abonné concerne pour le moment moins de 1,6 million de foyers éligibles.
Pour l'Avicca, l'Association des Villes et Collectivités pour les Communications électroniques et l'Audiovisuel, le retard est bel et bien en train de se creuser. Même du côté des logements éligibles.
"Le nombre de nouvelles prises éligibles a diminué pour le troisième trimestre consécutif depuis juillet 2011, passant de 140 000 à 105 000 prises. Nous n'avons pas d'indicateur partagé pour suivre les évolutions de la boucle locale. La tendance négative risque fort de se prolonger, au vu des indicateurs de commande des industriels. Nous sommes actuellement très loin de pouvoir atteindre les objectifs du Programme national THD", lance Yves Rome, président de l'association.
Bref, la remise à plat voulue par le gouvernement est certainement légitime au vu des derniers indicateurs. Elle devra néanmoins être équilibrée pour ne pas casser la dynamique qui a été engagée depuis plusieurs années.

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