Habitants des zones rurales : coincés en voiture ?

Marjolaine Koch

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Habitants des zones rurales : coincés en voiture ?

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Les habitants des zones rurales seront les premiers à être impactés par la hausse du prix du pétrole. Ils devront trouver d’autres solutions que les véhicules à moteur thermique dans quelques années, puisque ceux-ci sont voués à disparaître. Alors, on propose quoi aux habitants des zones peu denses ?

Depuis la loi d’orientation des mobilités entrée en vigueur en 2019, les communautés de communes rurales peuvent se saisir de la « compétence mobilité » et organiser les déplacements internes à leur périmètre. Une possibilité bienvenue pour déployer des plans « mobilités douces » cohérents même si, parfois, les découpages territoriaux très politiques ne collent pas avec la logique géographique.

Le premier objectif devrait être d’augmenter le taux moyen de passagers à l’intérieur d’une voiture

Jusqu’à présent, la problématique de la mobilité en territoire rural s’est souvent retrouvée dans les mains des acteurs locaux de l’insertion, pour aider les précaires, les personnes âgées et les jeunes à se déplacer. Ils sont essentiels pour aider une collectivité à cerner les besoins d’un territoire. Reste, ensuite, à déployer des programmes qui inciteront les habitants à penser hors du tout voiture, quand celle-ci est le moyen de transport le plus efficace en zone peu dense.

Lire aussi : En ville, le désamour de la voiture

Sortir le covoiturage de la marge

Le premier objectif devrait être d’augmenter le taux moyen de passagers à l’intérieur d’une voiture. Autrement dit, développer des solutions de covoiturage suffisamment attractives pour que la proposition ne reste pas à la marge. Des start-up proposent des solutions adaptées aux zones rurales, comme l’auto-stop sécurisé de Rezopouce ou des organisations locales d’écomobilité proposées par exemple par Ecov ou Ecosyst’m.

L’essor du vélo à assistance électrique devrait donner envie aux collectivités de mettre l’accent sur ce mode de déplacement, au moyen d’infrastructures sécurisées

Ecov fonctionne comme une ligne de bus : un itinéraire fixe est proposé, sur lequel les passagers rejoignent des « stations » où ils peuvent afficher leur destination. Des covoitureurs circulant sur cette ligne et identifiés peuvent alors s’arrêter et les déposer à destination. Ecosyst’m a choisi pour sa part une autre cible : les personnes éloignées du numérique. Un système de tickets permet de régler en « monnaie locale » les covoitureurs, et le trajet est réservé auprès de la mairie, du CCAS, des associations partenaires ou bien des espaces France Services. Les conducteurs, payés en monnaie locale, peuvent dépenser ces tickets dans les commerces de leur territoire.

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Opter pour des modèles plus légers

Mais pour Aurélien Bigo, chercheur dans les transports, il ne faut pas compter uniquement sur le covoiturage. « Les mini-voitures, comme la Renault Twizy ou l’Ami de Citroën ont un potentiel non négligeable. Ces véhicules de 500 kg sont proches de la voiture classique, avec un impact environnemental moins fort car les consommations de matière et d’énergie sont bien plus faibles. » Enfin, l’essor du vélo à assistance électrique devrait donner envie aux collectivités de mettre l’accent sur ce mode de déplacement, au moyen d’infrastructures sécurisées. La communauté d’agglomération Riom Limagne Volcans l’a bien compris : créée en 2017, cette nouvelle collectivité prend tout juste ses marques. Les équipes viennent d’être constituées, mais le schéma cyclable est en place depuis plus d’un an déjà.

Il est tout à fait possible d’opter pour un plan de circulation adapté au contexte en fonction de l’année ou du jour de la semaine.

Frédérique Gomez, directrice du pôle aménagement et développement durable du territoire, vient de s’adjoindre les services de Guillaume Clair, chargé de mission écomobilité. Un nouveau poste qui traduit le besoin manifesté par les élus et les habitants de repenser les modes de déplacement. Des offres de location de vélo moyenne durée sont proposées, ainsi que l’aide à l’achat de vélos électriques ou mécaniques.

Et pourquoi pas fermer des rues à la circulation sur des créneaux spécifiques ?

À l’heure des marchés, en été dans les centres touristiques, il est tout à fait possible d’opter pour un plan de circulation adapté au contexte en fonction de l’année ou du jour de la semaine. De plus en plus de communes optent pour ce système : à Tullins-Fures en Isère, la nouvelle municipalité a choisi de fermer son centre à la circulation le samedi matin pour le marché. Depuis plusieurs années, Villard-de-Lans, dans le Vercors, ferme son centre-ville aux voitures après 16 heures, pour laisser les vacanciers profiter de la place, de spectacles et des terrasses en toute quiétude.

Repenser la vitesse

Outre le vélo, une convention de partenariat vient d’être signée avec l’association Covoiturage Auvergne pour promouvoir ce mode de déplacement sur le territoire. Enfin, les centres-villes des communes principales, Riom et Volvic, ont entamé leur transition : désormais, les automobilistes sont invités à se garer à l’extérieur et à rejoindre le centre à pied, par des cheminements doux ou des pistes cyclables, voire des navettes pour les personnes qui en auraient besoin.

Ces alternatives nécessitent encore une fois de repenser la place de la voiture

Enfin, pour Aurélien Bigo, il ne faut pas négliger des pistes encore totalement délaissées ou à massifier : proposer à la location des vélos électriques et des vélos-cargo pour que les habitants testent ces solutions ou encore, les vélomobiles, ces vélos carénés comme une voiture qui offrent à la fois une meilleure efficacité et une protection contre la pluie. Ces alternatives nécessitent encore une fois de repenser la place de la voiture et surtout sa vitesse, même en zone rurale. Les élus sont-ils prêts à franchir le pas ?

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