Habiter mieux  : l’urgence d’une approche frugale

Sébastien Marrec
Habiter mieux  : l’urgence d’une approche frugale

© Adobestock

Face à l’urgence climatique et énergétique, le secteur du bâtiment – très consommateur – doit changer ses pratiques, banaliser les outils low-tech et s’orienter vers des matériaux locaux, naturels et durables. Cette frugalité représente une opportunité collective.

Restructurations d’équipements à base de bois et de chanvre, extensions d’écoles en bois, en paille et en pisé, éco-lotissements… Les rénovations et constructions écologiques se multiplient en France. Le mythe des « Trois petits cochons » ne résiste pas à l’analyse des faits : le bois, la paille et la terre sont les matériaux de l’avenir pour habiter, travailler, nous abriter. Si les réalisations sont pour l’instant disséminées, elles questionnent les fondamentaux du secteur du bâtiment, qui continue de privilégier la construction neuve avec des matériaux polluants, au détriment de la rénovation et de la réhabilitation.

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Pour une architecture de la frugalité heureuse

De plus en plus de professionnels du secteur, de chercheurs, d’élus et d’agents de collectivités veulent réduire l’empreinte du secteur du bâtiment qui représente près de 45 % de la consommation énergétique nationale et plus de 25 % des émissions de gaz à effet de serre. Un « Manifeste pour la frugalité heureuse et créative », lancé en 2018 notamment par Philippe Madec, pionnier de l’architecture écologique, a recueilli 15 000 signatures et interpelle professionnels et grand public. Les enjeux et les alternatives à la production actuelle du bâti restent méconnus et trop souvent réduits aux réglementations thermiques, décisives mais malheureusement compatibles avec l’utilisation de matériaux très gourmands en ressources et fortement émetteurs de gaz à effet de serre.

La frugalité n’est en rien une austérité, mais l’opportunité d'un bien-être durable et sobre

En effet, le béton et le ciment – confrontés à la raréfaction du sable et des agrégats – comme le PVC restent quasi hégémoniques dans la construction conventionnelle. La construction en bois, longtemps limitée aux maisons individuelles, est mise en œuvre à présent pour des équipements publics d’envergure et des immeubles, parfois jusqu’à vingt étages. Issus de la matière organique renouvelable d’origine végétale ou animale, les isolants biosourcés, marginaux il y a peu encore, représentent déjà 10 % du marché de l’isolation. L’utilisation de la paille, de la terre crue et de la laine se démocratise, et réhabilite les savoir-faire dans chaque territoire.

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Vers un habitat « low-tech »

L’explosion des prix de l’énergie et les vagues de chaleur et canicules à répétition de l’été qui s’achève nous rappellent qu’il faut trouver des solutions à une double urgence : limiter les pertes de chaleur l’hiver et éviter la surchauffe des bâtiments. Pour y répondre, la frugalité en architecture induit le recours à des technologies « low-tech » les moins polluantes possibles, faciles à réparer, à recycler et à réemployer : panneaux solaires pour alimenter des chauffe-eau, récupération des eaux de pluie en double circuit pour alimenter les toilettes et les appareils ménagers, puits canadiens, brise-soleil orientables…

La conception bioclimatique permet ainsi de construire des bâtiments sains et peu ou pas consommateurs d’énergie, sans ventilation mécanique ni climatisation et même sans chauffage, le tout en assurant un confort accru. La frugalité n’est en rien une austérité, mais l’opportunité de troquer des bâtiments périmés contre un bien-être durable et sobre, à la hauteur des crises climatique et énergétique.

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