Hervé Poher : « Face aux déserts médicaux, il faut toucher à la liberté d’installation des médecins »

Stéphane Menu

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Hervé Poher : « Face aux déserts médicaux, il faut toucher à la liberté d’installation des médecins »

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© Monkey Business

Hervé Poher part d’un comparatif simple et éloquent : la France n’a jamais compté autant de médecins mais 83 % des départements manquent de praticiens ! Le sénateur, rattaché au groupe écologiste et médecin généraliste, jette un pavé dans la mare : « nous devrons toucher, un jour, à la liberté d’installation » des médecins.

Vous proposez de remettre en cause la liberté d’installation. C’est explosif ?

Oui, surtout pour le corps médical qui ne veut absolument pas en entendre parler. Mais tout le monde sait en revanche que les incitations financières des conseils départementaux pour attirer les médecins sur leur territoire ne marchent pas. Il faudra donc bien un jour privilégier d’autres façons de faire.

Que proposez-vous ?

Je suis médecin, comme mon père l’était et comme mon fils l’est. Je propose tout simplement de dire aux futurs médecins qui sont en première année de fac que les règles du jeu ont changé, qu’à certains endroits en France, il ne sera plus possible de s’installer. Il ne s’agit pas d’imposer tel ou tel endroit, mais d’indiquer ceux où l’installation ne sera pas possible.

Il ne s’agit pas d’imposer tel ou tel endroit, mais d’indiquer ceux où l’installation ne sera pas possible.

Ce sera difficile à faire admettre au corps médical…

Sans doute, mais moi, je reçois tous les jours, dans mon cabinet, des coups de fil de personnes malades qui n’arrivent plus à trouver de médecins à proximité ! Ça, c’est très concret. J’en profite aussi pour dire que, dans cette réforme du métier à laquelle on ne pourra se soustraire, il faudra mettre l’accent sur la formation et l’augmentation du nombre de généralistes. À ce jour, trop de spécialistes sortent des études et le nombre de généralistes capables de suivre, sur la durée et de façon globale, les patients a eu tendance à se réduire. Beaucoup de médecins assurent qu’après des années d’études, ils ont du mal à joindre financièrement les deux bouts, ce qui est en effet plutôt inadmissible sur un plan moral. À eux de ne pas s’installer dans des zones à forte densité médicale ! Dans certains départements ruraux, croyez-moi, ils gagneront mieux leur vie !

Pourquoi ne pas poursuivre la construction de maisons médicales ?

Mais parce qu’il faut pouvoir y installer des médecins ! C’est vraiment mettre la charrue avant les bœufs ! De jolies maisons de médecins sans… médecins à l’intérieur ! Lors de la prochaine discussion parlementaire autour de la loi santé, certains amendements viendront des élus ruraux, de gauche comme de droite, parce que leurs communes sont de plus en plus vulnérables face au fléau de la désertification médicale.

Dans cette réforme du métier à laquelle on ne pourra se soustraire, il faudra mettre l’accent sur la formation et l’augmentation du nombre de généralistes.

Pourquoi alors une telle mesure n’existe-t-elle pas déjà ?

Parce que tous les gouvernements savent qu’il ne faut pas agacer un médecin, qui rencontre des dizaines de personnes par jour, dont l’autorité morale est évidente et qui ne manquerait pas de dire tout le bien qu’il pense d’une telle mesure, pourtant inévitable. C’est un puissant lobby.

Lire aussi : Loiret : des médecins retraités à la rescousse

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