Incompréhension et balle dans le pied

La Rédaction

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On savait l'immense majorité des éditeurs de presse papier défiants et frileux vis-à-vis du web, mais en arriver à ce point d'inconséquence montre à quel point il n'y ont rien compris et s'obstinent à n'y rien comprendre. Leur dernière lumineuse trouvaille, appuyée par Aurélie Filippetti elle-même, consiste à créer un droit voisin pour les éditeurs de presse et donc à faire payer Google pour les liens des journaux qu'il indexe. Ce qui revient à remettre en cause la base même du web : l'hypertexte... Evidemment, Google ne goûte pas cette nouvelle mesure et le fait savoir, brandissant la menace discutable de représailles radicales contre la presse française, foulant au pied le principe de neutralité du Net.

Ces éditeurs marchent-ils sur la tête ? Ils ont bien plus besoin de Google que Google n'a besoin d'eux pour exister. Souvenez-vous de l'affaire Google vs Copiepresse en Belgique... dans laquelle tout était finalement rentré dans l'ordre en moins d'une semaine, Google acceptant finalement de se plier à la décision de justice qu'il avait préalablement appliquée avec autant de zèle que de mauvaise foi.

Dans le cas qui nous occupe aujourd'hui, la presse française n'aura pas la justice avec elle. Surtout, on se demande si les patrons de la vieille presse - car c'est bien d'elle que vient cette brillante opération de lobbying - suivent ce qui se passe dans leurs rédactions. Comme le rappelle fort justement Christophe Carron sur Le Plus, si Google est si nuisible, pourquoi donc les services web de ces journaux déploient-ils autant de moyens pour optimiser leur référencement ? Comme l'expliquait Johan Hufnagel, rédacteur en chef de Slate.fr et membre du Syndicat de la presse indépendante d'information en ligne (Spiil), à Libération en septembre dernier : "On en arrive à une aberration totale : les sites dépensent des fortunes pour être mieux référencés que le voisin sur Google, et ils voudraient que Google leur reverse de l'argent ? C'est une rhétorique qui n'a aucun sens. Ou alors, c'est une simple opération de lobbying".

Le Spiil, justement, s'oppose à ce projet délirant et avance des propositions concrètes dans son Manifeste pour un nouvel écosystème de la presse numérique. En particulier, il invite l'Etat à repenser les aides à la presse en mettant un terme aux coûteuses aides directes pour favoriser les aides indirectes, en particulier d'étendre la TVA à 2,10 % à la presse en ligne et même d'envisager une TVA nulle, comme en Grande-Bretagne, pour la presse généraliste. Autre proposition détonante : la suppression pure et simple de l'abattement fiscal consenti aux journalistes et la renégociation de la convention collective. Les dix points de ce manifeste méritent au moins la même audience que la "taxe Google" et surtout une véritable traduction législative. Là, les choses avanceraient enfin...

A lire également :

- "Petite presse en ligne deviendra grande (ou pas)", Claire Berthélémy, Owni.

- "Editeurs de contenus, si vous cessiez de vous faire phagocyter par Google et Facebook ?", Cyrille Frank, Mediaculture.

- "Internet : les médias de Haute-Normandie passent à la vitesse supérieure et dévoilent leur stratégie", Richard Plumet, France 3 Haute-Normandie. Je vous conseille en particulier la deuxième vidéo de Sébastien Bailly, dans laquelle il explique que diversité et hypertexte sont un vraie chance pour l'information et les médias en ligne.

- "Google et Facebook sont des amis des journalistes", Sébastien Bailly, Grand-Rouen.com.

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