Inquiétudes sur l'avenir de l'Institut national de la jeunesse et de l'éducation populaire (INJEP)

La Rédaction

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Le gouvernement a lancé le 18 décembre dernier l'évaluation de 40 politiques publiques « pour améliorer leur efficacité »  mais aussi, voire surtout, permettre de tenir les objectifs de réduction des dépenses publiques.  La "modernisation de l'action publique" (MAP) succède ainsi à la RGPP,  pour « dépenser mieux et plus efficacement ». "Evaluer une politique, ce n'est pas vouloir la détruire", avait cependant  indiqué M. Ayrault à cette occasion.

Parmi les décisions prises lors deuxième comité interministériel pour la modernisation de l'action publique (CIMAP du 2 avril 2013), le gouvernement cherchant à rationaliser un certains nombre d'organisations, il a été décidé de supprimer une quinzaine d'agences et opérateurs de l'Etat..

Le projet de supprimer l'Institut national de la jeunesse et de l'éducation populaire (INJEP) en tant qu'établissement public autonome (après son départ forcé du site de Marly-le-Roi) s'inscrit dans ce cadre, et plus largement dans le projet de réorganisation de la Direction de la Jeunesse, de l'Education populaire et de la Vie associative (DJEPVA), de ses opérateurs et structures associées. D'ici le CIMAP du mois de juin, des propositions de déclinaison opérationnelle pour chacun des objectifs ainsi qu'une feuille de route, doivent permettre un fonctionnement opérationnel dès janvier 2014.

La Réforme touchera aussi l'Agence du Service Civique (ASC), le Fonds d'expérimentation pour la Jeunesse (FEJ) et le Fonds pour le développement de la Vie associative (FDVA), et, éventuellement, à terme, le Fonds de Coopération de la Jeunesse et de l'Éducation Populaire (FONJEP),  « afin d'adapter ces structures aux missions du champ couvert par le ministère ».

L'enjeu annoncé serait de passer d'une approche sectorielle et fragmentée des dispositifs de jeunesse à une politique globale et cohérente de l'action publique associant l'ensemble des acteurs, notamment et surtout les jeunes. Les objectifs affichés visent  à :
-développer et rénover les leviers interministériels d'impulsion et de coordination des politiques en faveur de la Jeunesse, de l'Éducation Populaire et de la Vie Associative (évaluation des politiques publiques, coordination et réflexion stratégique, inscription dans une perspective européenne et internationale,...) ;
- renforcer l'appui aux territoires (services déconcentrés, collectivités territoriales, associations) ;
- simplifier, décloisonner et sécuriser les dispositifs (et accompagner la montée en puissance du service civique) ;
-proposer et organiser un lieu de concertation permanente avec les réseaux d'acteurs, dont les associations et les collectivités locales ;
-plus largement, augmenter la capacité d'action des acteurs, dans un cadre budgétaire contraint.

Concernant l'INJEP, la fonction d'observation rejoindrait une nouvelle direction de la jeunesse de l'administration centrale, elle-même en cours de redéfinition, et deviendrait donc directement rattachée à l'Administration centrale. Quant à l'agence française du programme européen "Jeunesse en action" serait rapprochée d'un nouvel opérateur aux contours encore mal définis.

Pour les personnels de l'INJEP, la compétence et la légitimité reconnues de l'INJEP à éclairer l'action publique par ses activités d'évaluation, d'études, de recherche, de synthèse et de connaissance et par ses activités de soutien à la jeunesse nécessitent que l'établissement demeure une identité distincte de l'Administration centrale. Cette neutralité est aussi pour eux la condition pour qu'il continue de nouer des partenariats fructueux avec les réseaux d'éducation populaire et les collectivités locales, à la fois dans sa dimension d'observatoire et dans sa dimension d'aide à la mobilité et à l'engagement des jeunes en Europe. Ils estiment que faute d'une telle autonomie, les conditions même de l'impartialité et de la crédibilité seraient compromises.

Ils s'étonnent qu'à l'heure où la jeunesse et l'éducation populaire sont affichés comme priorités politiques (contrat d'avenir, contrat de génération, refondation de l'école, garantie jeunesse...), l'unique institut public qui leur est dédié depuis 60 ans se voit menacé dans sa vocation et son existence alors qu'il devrait être au coeur de cette politique ambitieuse pour la jeunesse.

Ce n'est bien sûr pas d'hier que l'on constate la disparition d'une réelle politique nationale de la jeunesse, le manque de moyens financiers dédiés, et la déliquescence des services historiques de l'Etat (ex DRJS et DDJS, intégrés dans les nouvelles DASCV). Nous sommes bien à la fin d'un cycle cinquantenaire durant lequel l'Etat était davantage  interventionniste et planificateur. Si l'Etat « modeste » ne pèse plus beaucoup dans ces différentes politiques,  il a bien vu que le relais avait été pris, et bien pris, par les collectivités.

C'est pourquoi il me semble que nous avons à la fois besoin  tout à la fois :
-d'une prise en compte de  l'investissement grandissant des collectivités sur ces sujets, ce qui suppose que les associations d'élus soient offensives sur la décentralisation dans ce domaine, par exemple par une possibilité de décentraliser les CREPS (Centre d'Education Populaire et de Sport) avec une évolution de leur structure juridique, par exemple en GIP ;
- de l'existence d' un pôle national de référence ;  et pourquoi pas d'un Institut commun dédié tout à la fois à la jeunesse, à l' éducation populaire  et à l'éducation artistique et culturelle, permettant de revenir sur cette coupure historique et néfaste des années Malraux qui a isolé la culture du champ de la jeunesse et de l'éducation populaire. Cette structure aurait pour mission de mobiliser les ressources, de susciter la réflexion, de consolider l'analyse des politiques locales et de les évaluer, de développer la formation de formateurs...

En observant l'évolution récente du rôle de l'Etat dans ce secteur de la jeunesse et de l'éducation populaire, on peut craindre le pire, à savoir qu'une évolution analogue touche un jour ou l'autre  le champ du ministère de la culture, des DRAC et de leurs structures associées (ou largement financées par lui). Mais le pire n'est jamais certain, n'est-ce pas ?

François Deschamps

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