Isabelle et Frédéric Rey-Millet : "De nouvelles règles du jeu à l’usage des managers"

Bruno Cohen-Bacrie

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Isabelle et Frédéric Rey-Millet :

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Auteurs, conférenciers et consultants en management 3.0, Isabelle et Frédéric Rey-Millet dirigent Ethikonsulting, cabinet conseil en innovation managériale, dont la mission est de faciliter la transformation des organisations, dans les secteurs publics et privés. Leur ouvrage présente les nouvelles règles du jeu pour "redonner le sourire aux managers".

Pouvez-vous résumer le concept de management game ?

Le management tel que nous le connaissons doit changer. Alors que nous sommes au 21e siècle, le système managérial de très nombreuses organisations reste encore celui modélisé par Frederick Taylor en 1911. Le décalage est trop grand. Les organisations doivent s’adapter et amener leurs managers à changer aussi. La bonne nouvelle est que la révolution est en marche ! L’environnement professionnel se déride et s’assouplit, pour tendre vers plus de performance collective. Les entreprises se « libèrent » en donnant de la liberté à leurs collaborateurs.

Or, on sait que le management et la gouvernance impactent 75 % de la motivation des salariés. Il est donc essentiel que le manager devienne de plus en plus acteur de son rôle, qu’il s’engage dans l’expérimentation, dans l’innovation, dans la considération et la confiance envers ses collaborateurs, tout en prenant du plaisir à manager.

La révolution est en marche ! L’environnement professionnel se déride et s’assouplit, pour tendre vers plus de performance collective.

Le management est complexe. C’est pourquoi nous proposons de nombreuses expériences dans « Management Game » : découvrir de nouvelles techniques, mais aussi ce qui motive vraiment, savoir dépasser certaines limites et savoir rester humble, garantir ses objectifs tout en laissant ses collaborateurs se responsabiliser… et vivre son job comme un plaisir, avec le sourire !

Pouvez-vous nous rappeler les « basiques » du management ?

Il faut avant tout intégrer le fait que manager relève de l’acquis et non de l’inné. Si certains développent de bons comportements de manière intuitive, ces bons comportements peuvent aussi s’acquérir et s’améliorer au fil de l’eau.

Pour autant, manager ne se résume pas à la mise en place de méthodes et d’outils ! Bien appliquer, exercer et peaufiner ces bonnes pratiques reste essentiel pour développer de bons réflexes et devenir un manager performant.

Il faut avant tout intégrer le fait que manager relève de l’acquis et non de l’inné.

Il faut aussi savoir que le management n’est pas uniquement rationnel, mais qu’il fait, au contraire, appel à la capacité du manager à ressentir et à percevoir les choses. Nous fonctionnons avec notre tête, mais également avec notre cœur (émotions et sensations) et nos tripes (instinct et reflexes) : ne les négligeons pas !

Enfin le manager d’aujourd’hui doit aussi être un leader. Il doit être capable d’accompagner son équipe au quotidien, mais il doit également lui montrer le chemin, lui donner une vision. Une vision qui rattache le collaborateur à une vraie finalité. C’est d’autant plus important que grand nombre de collaborateurs ne comprennent pas toujours la vision qui leur est proposée par leurs gouvernants.

Qu’apporte cette référence au « jeu » dans la pratique managériale ?

Le jeu est notre premier et notre meilleur mode d’apprentissage. Jouer permet d’expérimenter, de s’améliorer, tout en levant la pression du résultat.

Bien sûr, dans l’absolu, manager n’est pas un jeu, c’est une pratique, très sérieuse même, qui peut avoir des impacts importants sur la vie de nos collaborateurs. C’est pour cette raison que nous pensons qu’un manager heureux, qui s’amuse en faisant du bon boulot, va rendre ses collaborateurs heureux.

Le jeu est notre premier et notre meilleur mode d’apprentissage.

En effet, aucune étude n’a jamais prouvé qu’être triste, sinistre et cynique permettait de mieux travailler ou d’être plus efficace. A contrario, de nombreuses études prouvent la corrélation entre le bien-être, le plaisir au travail, et la performance collective.

Manager est difficile, cela doit devenir un plaisir. Nous pensons que le manager doit ressentir de la satisfaction à exercer son métier : s’autoriser la légèreté, le fun, l’imagination. Pour appuyer cette idée, nous avons conçu un « jeu de société » (La Management Box), qui permet aux managers de partager les bonnes pratiques managériales avec leurs équipes. C’est un concept innovant qui rend le management plus ludique, mais surtout plus efficace, tout en améliorant le fonctionnement de l’équipe dans la durée.

Vivre son job comme un plaisir, avec le sourire !
« Le management n’est plus seulement une fonction, un statut, une position hiérarchique dans l’organigramme. Il devient une posture, un nouvel état d’esprit qui doit inspirer les managers, les positionner dans un rôle d’accompagnement et de motivation de leurs équipes. Ce nouveau modèle managérial, plus souple, plus horizontal, est certes impacté par l’organisation, mais c’est le manager qui le porte.
De plus en plus d’entreprises redéfinissent le rôle des managers, et vont même parfois jusqu’à le supprimer. Nous pensons que le rôle du manager de demain sera différent. Mais il doit, dès aujourd’hui apprendre à être bienveillant, assertif et agile : trois défis qu’il devra relever pour permettre à ce nouveau modèle managérial, stimulant et performant, de se propager.

Vous développez un certain nombre de recommandations aux managers.

Nous avons déjà sélectionné les plus importantes dans le livre ! Voici pour résumer : la première est de s’ouvrir aux nouvelles donnes du management et d’accepter de s’adapter ; cela implique d’accepter que le changement commence par soi-même, apprendre à désapprendre, à revenir sur ses mauvaises habitudes, à rester humble pour apprendre des autres, déléguer, lâcher-prise… Cela implique aussi d’oser, oser saisir les opportunités : opportunités de s’épanouir et de faire s’épanouir ses collaborateurs.

Aucune étude n’a jamais prouvé qu’être triste, sinistre et cynique permettait de mieux travailler ou d’être plus efficace.

La seconde est de développer le plaisir du jeu, qui permet de lever la pression de l’enjeu pesant sur tous les collaborateurs. C’est d’abord accompagner ses collaborateurs sur le « comment », les aider à progresser, à développer la maîtrise de leur job plutôt que de se focaliser sur le résultat. C’est aussi féliciter, fêter les victoires (même les petites), avoir des temps de pause et surtout travailler en s’amusant ! « Les gens qui ne rient jamais ne sont pas des gens sérieux » disait Alphonse Allais. Pouvoir mettre un peu de fun dans son activité n’obère pas la productivité, donne la pêche à ses collaborateurs et permet d’envisager les contraintes avec plus de plaisir.

Enfin, le manager doit accepter d’être faillible, de se tromper et doit également donner le droit à l’erreur à ses collaborateurs. La prise de décision est un exercice difficile, soumis à la solitude et à l’incertitude. On peut essayer de limiter ces facteurs, mais surtout pas en limitant l’initiative. Quand on tente des choses, soit on réussit, soit on apprend…

Lire : Management game, Frédéric et Isabelle Rey-Millet, Alisio, 2015.
À noter qu’une boîte de jeu existe également.

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