Joséphine Delpeyrat : « Il y a la parité quantitative et la parité qualitative »

Nicolas Braemer

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Joséphine Delpeyrat : « Il y a la parité quantitative et la parité qualitative »

ACTU_ITW_J.-Delpeyrat-(crédit-Margot-Lhermite)

Malgré les efforts faits depuis des décennies pour imposer la parité dans les collectivités locales, on est encore loin du compte. Des bastions résistent, dans les institutions comme dans les pratiques.

La parité est-elle aujourd’hui une réalité dans les collectivités ?

Aujourd’hui, il reste encore deux bastions à franchir pour permettre ce principe d’égalité dans la représentation locale : celui des communes de moins de 1 000 habitant.e.s, qui ne sont toujours pas concernées par cette obligation, et les intercommunalités qui ne sont soumises à aucune règle de parité.

Chez EluesLocales, nous regrettons d’ailleurs que la commission paritaire mixte qui examinait la loi Engagement et proximité ait fini par retoquer la proposition du Sénat qui visait à instaurer une représentation à la proportionnalité des femmes dans les exécutifs d’EPCI. Il y a également un point sur lequel il faut insister. C’est qu’il y a la parité quantitative et la parité qualitative.

La parité devrait amener plus de femmes à être en charge de délégations dites « masculines » comme le budget et la voirie

En 2019, si la plupart des collectivités sont concernées par cette obligation, les délégations genrées sont encore la norme. La parité devrait amener plus de femmes à être en charge de délégations dites « masculines » comme le budget et la voirie.

Comment expliquez-vous les réticences des parlementaires vis-à-vis de la parité obligatoire dans les toutes petites communes ? Vieux fond de machisme ou peur de la nouveauté ?

L’éternel argument « les femmes ne veulent pas y aller » reste malheureusement la norme dans les discours que nous entendons. Il peut y avoir une forme de sexisme latent chez certains, mais je pense surtout que la crainte vient du fait de ne pas parvenir à remplir les listes.

On a passé l’année à évoquer la crise de vocation des élus, il n’est pas étonnant que cela fasse craindre encore plus de difficultés si l’on impose une nouvelle règle paritaire.

Pourtant, il ne faut pas se conforter dans les vieux travers. De nombreux élus nous affirment qu’avec les bons arguments, on peut trouver des femmes pour s’engager sur les municipales. Quelle que soit la taille de la commune.

Lire aussi : 2026 : Pour une parité à toutes les strates !

Quel bilan faites-vous de la lutte contre les violences faites aux femmes chez les élus ?

Avec NousToutes, EluesLocales a mené une enquête #EntenduALaMairie. Nous avons récolté plus de 350 témoignages de femmes élues qui ont pour 70 % d’entre elles déjà été victimes ou témoins de violences sexistes et sexuelles dans le cadre de leur mandat.

70 % de femmes élues déjà été victimes ou témoins de violences sexistes et sexuelles dans le cadre de leur mandat

C’est la première fois en France qu’une telle étude est réalisée.

Si le sexisme en politique n’est un secret pour personne, il était pourtant nécessaire de pouvoir appuyer ce constat sur des chiffres et des témoignages concrets. Suite à cette enquête, un collectif d’associations et de représentants politiques a porté une tribune appelant les partis politiques à s’engager à ne plus investir de candidats s’étant rendu coupables de violences sexistes et sexuelles. Il faut désormais que cet engagement soit suivi d’actions lorsque cela est nécessaire.

Lire aussi : Vade-mecum des élections intercommunales : les délais de convocation

Pour les élues, comme pour les fonctionnaires, voire les usagères, la lutte contre les violences faites aux femmes est-elle prise au sérieux dans les collectivités ?

La question de la lutte contre les violences faites aux femmes est très présente dans les esprits de nos élues et elles sont souvent très concernées de par les délégations qui leur sont attribuées. Si elles déplorent parfois un manque de moyens, elles font tout ce qui est en leur pouvoir pour lutter contre ce fait de société.

Les élues ont un rôle à jouer pour faire valoir l’égalité dans la fonction publique territoriale

Y a-t-il un lien systémique entre la présence des femmes aux postes d’élues, notamment grâce à la parité, et la lutte, en interne aux collectivités, pour que les femmes fonctionnaires accèdent aux responsabilités ?

Le binôme agent-élu est un axe incontournable pour la parité. Lorsque j’étais directrice de communication d’une agglomération, j’ai toujours veillé à ce que les élues puissent être entendues et valorisées pour les projets qu’elles portaient. Je suis convaincue que cette solidarité est essentielle. D’ailleurs, à l’inverse, les élues ont un rôle à jouer pour faire valoir l’égalité dans la fonction publique territoriale. La présentation du rapport égalité femme-homme par exemple est un temps politique fort pour appuyer une volonté de rééquilibrer les ressources humaines de la collectivité en matière d’égalité. Les progrès des unes ne se feront pas sans ceux des autres. D’ailleurs, le constat de la répartition genrée des postes est le même : les hommes sont majoritairement missionnés sur les postes liés aux transports et au développement économique par exemple quand les femmes sont plutôt présentes à la petite enfance ou à la culture.

La crainte de finir « élue pot de fleurs » est bien présente

À l’inverse, si cette lutte est menée en interne, peut-elle favoriser l’engagement des femmes dans la vie publique ?

Oui ! La volonté politique affichée d’améliorer la place des femmes en politique, si elle est couplée à un fonctionnement interne qui va dans le même sens, ne peut qu’être rassurante et incitative pour les femmes qui hésitent à s’engager dans la vie publique. Si le principal frein à l’engagement chez les femmes pour les élections reste la conciliation du temps vie privée/vie professionnelle/mandat, la crainte de finir « élue pot de fleurs » est bien présente. Le fait que les femmes aient un véritable accès aux postes à responsabilité au sein des collectivités peut donc être un levier supplémentaire à l’engagement des femmes.

Joséphine Delpeyrat est animatrice nationale des réseaux locaux EluesLocales, premier réseau national des femmes élues.

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