L'action culturelle n'est pas l'ennemie de l'art !

La Rédaction

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Interlocuteur des tutelles publiques, le SYNDEAC qui représente les directeurs des équipements du secteur public et subventionné dans le domaine du spectacle vivant (et dorénavant des arts plastiques) est une force de proposition et de pression en matière de définition des politiques culturelles. Dans un communiqué dont il a financé  la publication le 25 avril dans des quotidiens nationaux, ce syndicat d'employeurs atypique demande à l'Etat davantage de moyens, ou du moins que les budgets 2014 et 2015 soient a minima indexés sur l'inflation. Il exige aussi le refus de la baisse de financements qui a eu lieu ici ou là, ainsi que le dégel de la mise en réserve de 6% des subventions de l'Etat aux structures conventionnées.

On ne peut que souhaiter que le Gouvernement, malgré le contexte de quasi -récession, arrive à sanctuariser le budget du spectacle vivant (bien qu'il faille hélas ne pas trop rêver peut-être). Mais une phrase de ce communiqué a retenu mon attention : « Accordons à notre Président qu'il ait vraiment besoin de nous, les artistes  et ceux qui les accompagnent (...), que pour lui et les siens la fonction de l'Art dans notre société ne se résume pas à être une béquille pour tel ou tel domaine éducatif ou socioculturel ».

Certes la consultation sur l'éducation artistique et culturelle ne doit pas masquer l'ensemble des  enjeux de la politique culturelle de la France. Mais tout le monde aura compris qu'il est fait là allusion au Plan national pour l'éducation artistique et culturelle, au moment où doit sortir une circulaire interministérielle sur le parcours artistique et culturel « dans » et « hors » du temps scolaire, plan qui sera sans doute accompagné en 2014 d'une légère augmentation de moyens du ministère de la culture, qui au mieux représenterait quelque chose comme 0,6 % du budget actuel consacré aux interventions en faveur du spectacle vivant et des arts plastiques... En quoi ce petit effort supplémentaire marginaliserait-il l'Art et l'aide à la création ?

On est bien d'accord que sans artistes et sans compagnies ou groupes de musique professionnels, il ne saurait y avoir de place pour une réelle éducation artistique et culturelle. Il s'agit d'une chaine où la création, la diffusion, l'action culturelle et la transmission vont de pair et doivent pouvoir se nourrir mutuellement, ce qui exige un soutien de l'ensemble de la chaine. Alors pourquoi s'enflammer de façon à peine voilée contre un plan pour l'EAC, tout aussi légitime que le soutien à la création ?

L'actuelle réaction défensive du SYNDEAC n'est pas sans rappeler les fortes réticences qu'il avait exprimé voici une quinzaine d'années quand la ministre Catherine Trautmann a voulu relancer le processus de démocratisation artistique avec la « Charte des missions de service public du spectacle vivant »(circulaire du 22 octobre 1998), le syndicat (avec d'autres) n'étant pas pour rien, à force de pressions, dans son  éviction quelque temps plus tard.

Outre la responsabilité artistique, territoriale et professionnelle, cette Charte définissait la responsabilité sociale des réseaux nationaux soutenus par l'Etat : « La sensibilisation, dans le cadre de l'éducation, de nouvelles classes d'âge aux réalités de la pratique et de l'offre artistique doit être une priorité stratégique. Cette action peut être directe, par l'organisation de rencontres, de stages, de classes culturelles et plus généralement par l'utilisation de toutes les possibilités qu'offrent les procédures partenariales entre l'éducation nationale et la culture ; ou indirecte par une large diffusion de documents pédagogiques, un esprit de dialogue et de service identifié en tant que tel par le corps enseignant. Elle doit être une composante régulière et prioritaire de l'activité des institutions, au plus près de leur projet artistique ».

Finalement beaucoup de scènes conventionnées adhérentes au Syndeac ont depuis développé leur action dans ce domaine. D'ailleurs, lors de son audition devant l'Assemblée nationale le 31 janvier dernier, le Syndeac revendiquait le droit à l'action culturelle et à la transmission (appelées encore « activités connexes » dans la convention collective de 1984...), pour que soient reconsidérées davantage d'heures au titre des annexes 8 et 10 du régime des intermittents, faute de quoi « les salariés se heurteraient  à la négation de leur mission qui se partage entre création et transmission ».

Dans un récent article paru à l'automne dans la Scène : « Artiste intervenant, une question qui dérange... », le SYNAVI explique comment le métier d'artiste a évolué, comment le spectacle est sorti des théâtres pour aller dans tous de types de lieux (y compris des établissements scolaires), et comment se développent de nouvelles pratiques chez les artistes. Il  pointe cependant « les incompréhensions et désaccords profonds entre les différentes organisations professionnelles sur la question de ce qu'on appellera, pour simplifier, « I'artiste intervenant ».  Les rédacteurs de cet article posent toute une série de questions sur l'impact du développement de l'action culturelle sur le métier d'artiste, questions  qui méritent d'être discutées dans l'espace public, « sans peur, sans oukases ni anathèmes, sans braquage idéologique et sans stratégies d'évitement ».

Le rôle du SYNDEAC est indéniable et a toute sa place dans le paysage artistique et culturel français, aux côtés des autres syndicats tels que le SYNAVI (créé en novembre 2003) ou  le Syndicat du cirque de création (créé en 2004).  C'est pourquoi, plutôt  que de développer défiance ou même division, il semblerait plus productif de se situer dans la co-construction  avec l'ensemble des acteurs du champ artistique, culturel, éducatif et socioculturel, pour le développement d'une politique qui prenne en compte le vivre-ensemble dans toutes ses dimensions (et dont l'apport artistique est, faut-il le répéter, essentiel).

François Deschamps

Photo © polis poliviou - Fotolia.com

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