L'économie sociale et solidaire : une dynamiteuse de silos

Antoine Détourné

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L'économie sociale et solidaire : une dynamiteuse de silos

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© Ellerslie - adobestock

Imbriquant dimension entrepreneuriale (parfois ignorée de ses acteurs eux-mêmes) et utilité sociale, l’ESS oblige les collectivités à bousculer leurs habitudes et incite à la transversalité.

Comment peut-on être contre le développement de l’économie sociale et solidaire ? Il est vrai qu’elle paraît cocher toutes les cases du développement le plus vertueux : poursuivant l’intérêt général, quasiment indélocalisable, démocratique dans son fonctionnement, privilégiant souvent l’usage à la possession… Tous les ingrédients sont là. Son périmètre, encore il y a quelque temps objet de débats vifs, a même été défini en 2014 par l’adoption d’une loi portée par Benoît Hamon. Les conditions semblent donc réunies pour un voyage dans un pays enchanteur pour les décideurs. Et pourtant, les choses sont rarement aussi simples.

C’est que, même après des années de lobbying, l’ESS n’est pas forcément visible au niveau territorial. Il y a certes des territoires pionniers et engagés, mais il faut souvent s'adresser au niveau régional pour trouver des interlocuteurs légitimes et connaisseurs des entreprises et dispositifs dédiés à son fonctionnement.

Où trouver l’ESS ?

L’extraordinaire foisonnement des initiatives privées non lucratives et d’utilité sociale est une richesse de plus en plus reconnue, autant qu’une complexité difficile à appréhender.

Ce sont les formes juridiques (associations, SCOP, SCIC, fondations, mutuelles) qui sont les juges de paix de l’appartenance à l’économie sociale et solidaire

Il n’est pas rare qu’un secteur dissimule le tout dans les représentations que s’en font nombre de décideurs publics… Pour les uns, ce sera l’entreprise adaptée qui fait de la sous-traitance industrielle, pour d’autres, ce sera les associations d’aide à domicile ou la mutuelle du territoire, pour une minorité, l’entreprise sociale qui propose des formations au numérique ou, pourquoi pas aussi, la coopérative qui gère un restaurant d’insertion ! Et encore, nous écartons ici les confusions délibérément (ou non) entretenues avec la RSE, l’économie circulaire, les circuits courts qui ne présument pas d’une appartenance à l’ESS…

Retenons que, même si, comme l’affirme l’adage « statut n’est pas vertu », ce sont quand même les formes juridiques (associations, SCOP, SCIC, fondations, mutuelles) qui sont les juges de paix de l’appartenance à l’économie sociale et solidaire.

Lire aussi : Les pôles territoriaux de coopération économique : l'ultime chance pour l'emploi local

Quel service pour « gérer » l’ESS ?

Au fond, il n’est pas rare de tomber sur une entreprise de l’ESS par hasard… d’ailleurs souvent quand elle traverse des difficultés.

Un bon indice ? C’est typiquement le dossier qui circule de service en service de la collectivité, pour le pire ou le meilleur. À qui l’entreprise d’insertion qui intervient en sous-traitance sur des marchés publics doit-elle s’adresser pour développer un nouveau projet ? Au service en charge de la solidarité qui a un œil sur les demandeurs d’emploi ? Au service marché public avec qui elle entretient les relations financières les plus fréquentes ? À l’aménagement du territoire ou au développement économique qui a des lieux à proposer ? Le festival culturel phare du territoire qui a besoin d’un petit coup de pouce car il vient de perdre un mécène – est-on bien sûr que le service culture saura analyser ce que cela implique en termes de modèle économique… – n’aura-t-il pas besoin du contrôle de gestion ou de l’expertise du service vie associative sur son conseil d’administration vieillissant ?

En invitant à déplacer le regard sur des partenaires parfois longuement établis des collectivités, elle questionne la façon dont l’intérêt général peut être poursuivi à l’échelle d’un territoire

Ce ne sont que deux exemples parmi tant d’autres, mais s’il y a une leçon à en tirer, c’est que l’ESS peut être « un dynamiteur des silos ». En imbriquant dimension entrepreneuriale (parfois ignorée de ses acteurs eux-mêmes) et utilité sociale, elle oblige à bousculer certaines habitudes, incite à la transversalité. Cela ne se fait pas toujours dans la difficulté mais nécessite une force de conviction ou une organisation anticipatrice. Il n’est pas rare d’ailleurs que les « services ESS », quand ils existent, soient rattachés au DGS pour cette raison. En invitant à déplacer le regard sur des partenaires parfois longuement établis des collectivités (Ah, mais c’est vrai, j’aurais jamais pensé que l’association qui anime tel ou tel dispositif, c’est aussi une entreprise !), elle questionne la façon dont l’intérêt général peut être poursuivi à l’échelle d’un territoire, les convergences à mettre en œuvre en interne pour en tirer le meilleur parti ou répondre au mieux aux besoins sociaux. Appréhender l’ESS en tant que telle, cela peut aussi faire partie d’un projet managérial dont les effets peuvent être bénéfiques bien au-delà du service rendu aux habitants !

Lire aussi : Denis Hameau : l'ESS peut répondre à des besoins économiques non couverts

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