L'entre deux... aller de l'avant avec un oeil vigilant sur le côté extrême

La Rédaction

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L'entre deux tours, c'est un peu la position du fil-de-fériste une fois arrivé au milieu de son parcours... il lui faut se concentrer et regarder loin devant. Mais ne faudrait-il pas que nous regardions aussi sur le côté ? Car sur le côté extrême on trouve quand même, excusez du peu, 6,4 millions de français qui, sur un fond de crise économique durable,  se pensent "hors du système" et ne se retrouvent plus pour nombre d'entre eux, ni dans les valeurs républicaines (notamment "l'égalité des chances sans distinction d'origine ou de religion"), ni dans l'espoir d'une Europe qui pourrait être confraternelle mais qui est devenue la mère de tous les maux, ni encore dans un mondialisme devenu synonyme de purs échanges financiers.

Comment faire pour éviter que tant de gens ne se laissent entrainer par les sirènes de ceux qui embouchent les trompettes du populisme ? « L'opinion dominante, dit Jean-Claude Guillebaud, c'est comme une vapeur qu'on respire, c'est une intoxication indolore... ».

Le seul remède durable me semble-t-il, ce n'est pas de crier au loup (je l'ai cru, longtemps...),  c'est plutôt de lutter, chacun de sa place, contre l'idée  mortifère du « repli sur soi » et contre la dépolitisation de la société. Le courage quotidien, c'est d'une part de ne pas céder à l'aveuglement ou à la bienveillance quand on entend ces gens perdus, parfois nos voisins ou nos collègues, nous dire  leur « racisme ordinaire », mais au contraire d'oser affirmer nos convictions, y compris au sein de notre immeuble, de notre bureau ou dans le train. Et puis  « c'est inviter les hommes publics de tous bords à se présenter, à se penser et peut-être même à agir comme des serviteurs dévoués du public et du bien public » (Gérard Mauger).

C'est aussi  le rôle de la création artistique de nommer les choses, de provoquer de l'émotion et des débats, d'affirmer des singularités (jusqu'à celle des résistants ou des  immigrés) et, se faisant, de nourrir éventuellement  les projets politiques susceptibles de fonder une conception globale de la société.

C'est la force d'un certain nombre d'artistes (et je pense notamment à des compagnies d'art de la rue dont les spectateurs sont souvent des spectateurs de hasard), que de s'appuyer sur la parole des habitants d'un territoire pour nourrir leur création, ou pour porter leur regard critique, à leur manière qui n'est jamais la même, sur tel ou tel aspect de la vie sociale. Mais les artistes n'ont pas vocation seuls (ni tous, certains estimant avoir d'autres priorités) à faire progresser la société. Il en va de la responsabilité de tout un chacun !

François Deschamps

Photo © EasyBalance - Fotolia.com

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