L’État, seul à croire à la vente des HLM

Stéphane Menu

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L’État, seul à croire à la vente des HLM

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Des maires sceptiques. Des bilans à ce jour maigrelets. Pourtant, le gouvernement s’entête à vouloir vendre des logements aux locataires du parc social. Sans pour autant y parvenir, le chiffre plafonnant à 10.000 logements vendus.

Vendre les HLM directement aux locataires est-il une bonne idée ?

Le débat avait été lancé par Nicolas Sarkozy lorsqu’il était président et qu’il rêvait d’une « France de propriétaires ». Parmi les solutions envisagées, cette vente visait un double objectif : permettre à des ménages modestes d’accéder à la propriété ; renflouer les caisses des bailleurs sociaux à l’heure où l’État est sur le reculoir sur le plan financier. François Hollande et Emmanuel Macron lui ont emboîté le pas, sans davantage réussir à atteindre les objectifs escomptés. Si le sujet est sensible, ce n’est pas seulement pour des raisons idéologiques.

Certains trouvent indécent qu’on s’autorise à déplumer un patrimoine public financé par l’impôt

Certains considèrent comme indécent qu’à l’heure où deux millions de ménages sont en attente d’un logement social en France (chiffre de l’Union sociale pour l’habitat, USH), on s’autorise à déplumer un patrimoine public financé par l’impôt. D’autres avancent des arguments plus pragmatiques : ces ventes ne seraient envisageables que dans certains marchés immobiliers détendus, Paris ou certaines villes frontalières à la Suisse étant naturellement hors compétition au regard du prix stratosphérique au mètre carré immobilier (au-delà de 10 000 euros par mètre carré dans la quasi-totalité des arrondissements parisiens).

Une vente inenvisageable à Paris

Il va de soi que la cession d’une partie même infime de ce patrimoine public serait très mal vécue par les 130 000 ménages en attente d’un HLM à Paris. L’idée n’a même pas traversé l’esprit d’Anne Hidalgo. « De plus, l’argent récupéré de ces ventes ne pourrait pas servir à construire d’autres logements sociaux, le foncier étant très rare et très coûteux dans la capitale », explique Roger Madec, président de Paris Habitat.

Si en plus, la concurrence vient du secteur social, autant mettre la clé sous la porte

Or, même dans les secteurs détendus, une telle possibilité rendrait plus difficile encore la vente des logements sur le marché privé qui, dans certaines villes, se heurte à des difficultés récurrentes. « J’ai beaucoup de mal à trouver preneur sur des appartements à 100 000 euros à Bourg-en-Bresse. Si en plus, la concurrence vient du secteur social, autant mettre la clé sous la porte », ironise Bernard Louvet, agent immobilier.

« Un véritable intérêt des bailleurs sociaux »

Pour autant, le gouvernement veut croire que certains bailleurs veulent saisir la balle au bond. En 2019, il a confié à Action Logement le soin de créer un Opérateur national de vente HLM (ONV). Ce dernier a bouclé son premier appel à projets et a annoncé la sélection de 187 biens immobiliers et 5 224 logements éligibles à la vente. Parmi eux, 20 % se trouvent en Ile-de-France et plus de la moitié en « zones tendues ». Un second appel à projets a été lancé dans la foulée. À terme, le gouvernement envisage la vente annuelle de 1 % de l’ensemble du parc social français, soit 40 000 logements, contre 9 800 en 2018 (chiffres USH).

Lire aussi : Immobilier : danger d'explosion

À qui profite la vente ?

Le gouvernement se défend : les ventes de HLM « ne doivent être ni une obligation, ni l’occasion de profiter au privé », assure Julien Denormandie, le ministre du Logement.

« Chaque logement vendu permettra d’en construire ou d’en réhabiliter deux et demi »

« Elles répondent à une demande des locataires souhaitant accéder à la propriété, comme à un véritable intérêt des bailleurs sociaux. Cette dynamique n’a d’autre finalité que de construire plus de logements sociaux », assure-t-il. « Personne n’a l’intention de démanteler le parc social ni de le réduire à peau de chagrin aux dépens des plus modestes », a martelé Bruno Arcadipane, le président d’Action Logement, en février 2019, lors de l’officialisation de la création de l’ONV. « Chaque logement vendu permettra d’en construire ou d’en réhabiliter deux et demi », assurait-il. Pour l’heure, le compte n’est pas bon.

Quant à l’objectif de 40 000, il est totalement « illusoire », pour reprendre l’expression de Jean-Claude Driant, professeur à l’École d’urbanisme de Paris (lire page 28). « Il en faudrait au moins dix fois plus à la vente », confirme Marianne Louis, directrice de l’USH. Les prochains bilans seront analysés de près…

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