L’œil de la DGS : le génie était dans le parapheur

L’œil de la DGS : le génie était dans le parapheur

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On ne devient pas un bon DGS par magie. Il n’existe pas de recettes, pas de sortilège pour accomplir sa mission, comme nous le rappelle dans ce petit conte Marie-Claude Sivagnanam, DSG de Cergy-Pontoise (Val-d'Oise).

 

Julie venait d’être recrutée comme directrice générale des services, et c’était son premier jour. Lorsqu’elle arriva dans son bureau, elle trouva un parapheur avec un mot de son prédécesseur : « Chère Julie, avant tout, je te souhaite le meilleur pour ta prise de poste. Je t’ai laissé ce parapheur qui se transmet de DGS en DGS. Je n’ai jamais compris ce qu’il a de particulier, peut-être que tu lèveras le mystère ? Encore tous mes vœux de réussite, et à bientôt dans notre petit monde territorial ! »

La première pensée qui vint à Julie était de se dire que ce parapheur deviendrait bien vite inutile lorsque leur dématérialisation serait enfin effective… Mais les traditions ont du bon, et ce parapheur était pour elle comme ce bâton que l’on se passe de main en main à une course de relais, symbole de solidarité professionnelle et d’effort collectif.

A ce moment-là, une fumée sortit du parapheur et un génie apparut.

Deux semaines passèrent et Julie commençait à avoir la tête pleine avec toutes les nouvelles informations à intégrer. Elle fit une petite pause et saisit le parapheur entre ses mains, en frottant une petite trace sur sa couverture, intriguée.

A ce moment-là, une fumée sortit du parapheur et un génie apparut. Elle fut stupéfaite ! Le génie lui dit : « Bonjour Julie ! Je pense que tu connais la chanson, trois vœux, blablabla, alors comme tu as une vie bien remplie et pas de temps à perdre, je t’écoute pour ton premier vœu. »

Passée la sidération, Julie ne mit pas longtemps à trouver. Elle lui dit : « J’aimerais avoir une maîtrise totale de tous les dossiers de la collectivité ». « Accordé ! » lui dit le génie.

Julie passa pour une personne arrogante

Dans la semaine qui suivit, toutes les réunions se passèrent de la même façon : Julie avait tellement envie de montrer qu’elle maîtrisait ses dossiers, qu’elle prenait toute la place en réunion et allait vite aux conclusions... L’effet fut désastreux. Elle passa pour une personne arrogante et imbue d’elle-même. En fin de semaine, son assistant lui dit : « Je suis très embêté de vous dire cela, mais j’estime que c’est mon devoir : j’ai beaucoup de retours négatifs de vos réunions, les gens disent se sentir inutiles et ne pas oser vous donner leurs avis… » Julie le remercia très chaleureusement pour sa franchise et son courage, et lui dit qu’elle verrait comment redresser le tir.

Dès qu’il sortit de son bureau, elle ferma à clé et appela le génie. « Cela n’a pas marché… Voici donc mon 2ème vœu : je voudrais avoir de bonnes relations avec tous mes collaborateurs. » « Accordé ! », dit le génie.

« Très facile, dit le génie. Tu as cru qu’être chef, c’est tout savoir et bien s’entendre avec tout le monde ? »

La semaine suivante, les réunions furent plus conviviales, Julie fit des efforts pour mettre les gens à l’aise, pour mieux les connaître, mais elle sentait que ce n’était pas satisfaisant. Alors elle appela à nouveau le génie : « Je pensais qu’être un bon DGS, c’est bien connaître ses dossiers et avoir de bonnes relations avec ses collaborateurs, mais je vois bien que cela ne suffit pas. Alors génie, ce que je voudrais, c’est que tu m’aides à avoir la qualité qui est la plus importante pour un DGS ».

« Ecouter son coeur...»

« Très facile, dit le génie. Tu as cru qu’être chef, c’est tout savoir et bien s’entendre avec tout le monde ? Oui c’est important. Et je te l’accorde, tu aurais pu me demander encore d’autres qualités, puisqu’on en attend beaucoup d’un ou d’une DGS : être visionnaire, impulser, savoir décider, bien organiser la gouvernance et le fonctionnement de la collectivité etc. etc. Mais pour moi, la qualité la plus grande, c’est avant tout d’écouter, avec toute son intelligence, tout son cœur et toute sa volonté de bien faire. Voici donc la qualité que je t’offre pour ton dernier vœu. » A partir de ce moment-là, Julie excella comme DGS.

La morale de cette histoire, c’est Antoine de Saint-Exupéry qui nous la donne : « Si tu veux construire un bateau, ne rassemble pas les hommes et femmes pour leur donner des ordres, pour expliquer chaque détail, pour leur dire où trouver chaque chose… Si tu veux construire un bateau, fais naître dans le cœur de tes hommes et femmes le désir de la mer… »

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