L'intercommunalité culturelle

La Rédaction

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L'Association des Directrices et Directeurs des affaires culturelles de rhône-alpes (ADDACRA), l'une des associations de la FNADAC, organisait le 15 février dernier, avec le soutien de la DRAC, une Rencontre sur le thème de l'intercommunalité culturelle.

Nous voulions réfléchir aux raisons pour lesquelles  ce mouvement  d'intercommunalité culturelle n'avançait pas bien vite, notamment en Rhône-Alpes. Les résistances peuvent être multiples, venant des « communes centre » qui veulent garder leur image ou craignent la dilution des responsabilités, ou bien au contraire venant des communes périphériques, soit pour des raisons identitaires (chaque commune a son histoire et ses traditions et peut avoir peur d'être dessaisi d'éléments culturels de proximité ), soit par crainte de devoir partager la charge des grands équipements centraux.

Pourtant estime le DRAC Alain Lombard, on pourrait penser que l'intercommunalité culturelle présente de multiples atouts : valorisation d'un territoire plus large, lien possible entre rénovation urbaine et politique culturelle, solidarité avec les petites communes, rationalisation budgétaire et répartition des charges financières, optimisation du rayonnement des grands équipements, possibilités de travail en réseau (bibliothèques, écoles de musique...). La culture peut contribuer à la construction du « projet de territoire », et ce peut  être l'occasion d'une politique culturelle renouvelée grâce au changement d'échelle, un ferment d'innovations possible par rapport aux modèles plus traditionnels de l'action publique tel que le modèle communal (la culture étant transversale à d'autres politiques, tel que l'urbanisme).

La création d'une intercommunalité culturelle dépend d'abord de négociations politiques sur ce que les élus veulent ou ne veulent pas mettre en commun. Il y a deux types d'enjeu politique :  la construction d'une identité  et d'un sentiment d'appartenance ; le souhait d'une légitimité politique que l'on souhaite donner à l'EPCI  pour lui donner davantage d'importance par rapport à d'autres types de collectivités (le Département par exemple). Les stratégies peuvent varier : transfert d'équipements importants, évolution par palier (on commence par un secteur culturel puis un autre), ou le « faire semblant » avec de petits budgets intercommunaux.

Le sujet est récurrent car il pose de multiples questions comme l'a rappelé le politologue Philippe Teillet : il y a des intercommunalités qui ne prennent pas la compétence culturelle, optionnelle. Mais là où il y a eu transfert de compétences culturelles (équipements, subventions),  il n'y a pas forcément de vraie coopération culturelle. En raison des identités multiples, il n'y a pas « un » territoire pertinent ni un modèle-type à privilégier. Il faut tenter d'articuler le territoire de vie et le territoire vécu (symbolique).

« Tant qu'on ne sera pas sur des intercommunalités de projets (et non plus sur des intercos de moyens), on aura du mal à faire exister l'intercommunalité culturelle », estime Pascal Payen, président de la com'com des Vallons de la Tour (Isère).  Une chose est sure, il faut être conscient qu'il s'agit de processus longs (le temps d'un consensus partagé) et de démarches nécessairement  progressives (ne pas commencer par ce qui fâche comme l'unification des tarifications !). Le stade ultime peut être la mutualisation d'un service culturel commun (l'ambition étant de faire beaucoup plus en ne dépensant pas énormément plus).

Xavier Sautour (Région Rhône-Alpes) a mis l'accent sur les dispositifs contractuels (Contrats de développement, Parcs, Grands projets régionaux, labels Pays d'art et d'histoire etc) qui peuvent  favoriser l'intercommunalité culturelle, toujours sur la base d'un outil important, le diagnostic de territoire. Quelle coopération, quels dispositifs coordonnés  entre l'Etat (qui n'a plus de politique incitative en la matière), la Région et le Département peut-on imaginer demain pour favoriser cette intercommunalité culturelle ?

Philippe Teillet a posé cinq questions :
- Quelles sont les limites d'un certain type de politique marqué par le « tropisme équipementier » (la loi y a contribué en plaçant « la construction, l'entretien et le fonctionnement d'équipements culturels et sportifs » comme l'un des blocs de compétences optionnelles) ?
- Quel sera demain  l'impact des contraintes budgétaires sur l'intercommunalité culturelle ?
- Quel sera l'impact de la Réforme territoriale (qui va réduire le nombre d'élus communautaires, ce qui devrait faciliter les prises de position majoritaires, mais avec le risque d'éclatement de certaines communes) ?
- Quel sera l'attitude des partenaires (soutenir et/ou contrôler ?) ;
- Quel sera la place de la société civile, des associations, de la participation (alors que l'intercommunalité actuelle tend à éloigner le citoyen des décisions) ?

Le rôle du DAC
Si les élus monopolisent souvent le débat intercommunal, le rôle des DAC ne doit pas être  sous-estimé. Le DAC, qui connait bien ce que ressentent les acteurs du territoire, peut préparer le terrain en usant de son savoir-faire pour apporter de la matière aux élus (sans aller trop loin), faire en sorte qu'ils placent en amont de toute politique la question de la culture et définissent les  compétences culturelles qu'ils souhaitent voir transférer. Ensuite vient le temps des transferts, indique Sylvain Fidenti, le DAC de la Ville de Valence engagé dans cette démarche, un temps qui est souvent le temps des querelles, il passe par une juste appréciation des charges.

Puis vient le temps du projet culturel, trop souvent négligé. C'est l'occasion, souligne Véronique Balbo Bonneval, DAC de l'Agglo de St Quentin en Yvelines, de réinterroger les équilibres entre le spectacle vivant (qui obnubile parfois le reste) et la lecture publique, le cinéma, les arts plastiques, le patrimoine...

Le DAC « communautaire » doit s'habituer à l'élu communautaire (et non plus l'élu communal) et à avoir un rôle d'animateur et  de coordonateur (il ne peut imposer des choses aux DAC des autres communes). Son temps de travail s'accroit par rapport à la situation précédente, notamment en raison du travail de conseil auprès des élus. Il doit pourtant chercher à récupérer du temps pour la réflexion et pour participer à l'intelligence collective aux côtés de la direction générale, pour autant que celle-ci soit consciente de ce que la culture peut faire à l'intercommunalité, et de ce que l'intercommunalité peut faire à la culture !

François Deschamps

Photo : Xavier Sautour, Philippe Teillet, Pierre-Henri Chapt, Alain Lombard

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