L'œil de la DGS : "Ma pire erreur de manager"

L'œil de la DGS :

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L'uniforme ne fait pas le chef, et les diplômes ne font pas le manager. Aurore Francius Smith, ex-DGS de Cayenne, a compris dès sa première expérience de cadre territoriale que le doute et l'humilité constituaient des qualités tout aussi utiles. Voire, plus !

Par Aurore Francius Smith, directrice régionale CNFPT Guyane

La trentaine pas encore atteinte, tu es lauréate d’un concours, tu connais parfaitement tes cours et formations de management, tu as écouté des conseils de personnes expérimentées (censées l’être), tu as lu des tonnes d’articles à ce sujet et même suivi des tutos ! Tu endosses donc fièrement et avec une conviction inébranlable ton costume (armure) de manageuse pour ta première expérience d’encadrement et attention pour LE poste auquel tu aspires depuis tes 17 ans : ce n’est pas rien !

Une manageuse c’est savoir-faire ci, savoir-faire cela, se comporter comme ceci, communiquer comme cela, avoir telle posture. Une manageuse suit des formations et lit la panoplie de livres sur le management (surtout l’incontournable "L’art de la guerre"). Ouf. Ce n’est pas si compliqué en fait. Il te suffit d’appliquer tout ce que tu as appris : managements participatif, directif, délégatif, persuasif, dissuasif, stratégique, opérationnel, etc.

Que pourrait-il t’arriver ? Que les 1.400 agents territoriaux de la collectivité étant pour les trois-quarts (beaucoup) plus âgés que toi, occupant pour une grande partie leurs missions au sein de cette même entité depuis plus de 15 ans, doutent de ta légitimité à ton premier poste de manageuse en qualité de directrice générale des services ? [rires] Bien sûr que non !!! Quelle idée absurde !!! Impossible de ne pas être dès le premier escarpin posé sur les sols de l’hôtel-de-ville manageuse !!!

Tu ne peux pas douter de toi alors que tu es diplômée, que tu as appris, lu, relu, écouté, visionné, etc.

"Non, jeune idéaliste, la fonction, le titre ne font pas de toi une manageuse"

Et là… [respiration prolongée frôlant l’hyper ventilation] tu te dis après cinq bonnes minutes de bonjours et de sourires aux personnes que tu croises qu’en fait tu t’es leurrée ou qu’on t’a leurrée (car c’est souvent plus agréable de blâmer autrui).

Et là… du haut de tes 10,5 cm de talons aiguilles tu prends conscience que tu viens de prendre tes fonctions et concomitamment de faire ta première (et pas des moindres) erreur managériale. Tu redescends rapidement au ras du sol.

Parce que non, jeune naïve, les diplômes, concours et examens professionnels ne font pas de toi une manageuse.

Parce que non, jeune inexpérimentée, les connaissances acquises ne font pas de toi une manageuse.

Parce que non, jeune idéaliste, la fonction, le titre ne font pas de toi une manageuse.

La pire erreur de tout manager est de croire qu’il l’est parce que son curriculum vitae et l’intitulé de son poste lui attribuent intrinsèquement cette qualité.

A ce stade, il pourrait (peut-être même devrait) m’être reprochée d’avoir tort car réglementairement la fiche de poste confère et impose cette responsabilité managériale.

"D'autres erreurs à éviter. Mais lesquelles ?"

Est-ce à dire qu’en réalité je ne suis pas en train de vous parler de ma pire erreur de manageuse, mais plutôt celle d’une agente territoriale qui voudrait tendre vers ce que l’on appelle désormais usuellement (et parfois de façon galvaudée) être une « bonne » manageuse et qui, pour ce faire, s’est leurrée en croyant qu’elle le deviendrait tout naturellement (légitimement) parce qu’elle a travaillé ardemment pour arriver jusque-là ?

Si cette conviction est la pire des erreurs, cela sous-tend qu’il en existe d’autres à éviter. Mais lesquelles ?

Et là…et là…. parce que honnêtement je me pose toujours cette question : «Qu’est-ce qu’être une bonne manageuse?». C’est certainement la raison pour laquelle je la pose régulièrement aux oraux de concours et à ce jour, la disparité des réponses me laisse toujours aussi perplexe. Le billet de Fabien Fabbri sur la « bienveillance » n’a pas arrangé les choses…

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