L214, le plaidoyer local

Marjolaine Koch

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L214, le plaidoyer local

L’association est connue pour ses vidéos choc sur les réseaux sociaux, qui font parler bien au-delà du cercle des défenseurs des animaux. Mais en coulisses, de manière méthodique et pédagogique, l’ONG accompagne les collectivités pour une meilleure prise en compte du bien-être animal.

L’association L214 existe seulement depuis 2008, mais son essor a été fulgurant. D’un budget de 48 000 euros à sa création, il a atteint 4,8 millions d’euros en 2019. D’images chocs en actions coup de poing, L214 s’est fait une place dans le paysage médiatique, mais aussi dans le calendrier législatif. Ces dernières années, deux dossiers sont arrivés jusque dans l’hémicycle : la vidéosurveillance dans les abattoirs et l’interdiction d’élever des poules en cage. Mais, trois ans plus tard, force est de constater que la mise en application de ces lois reste erratique.

Dans son attirail : des chartes, directement signées par la grande distribution, les engageant par exemple à ne plus vendre d’œufs de poules élevées en batterie

Une task force proche du terrain

Entre-temps, L214 a vu ses effectifs grimper : de quinze salariés en 2015, ils sont passés à soixante-quinze en 2020. En interne, il est désormais possible de s’organiser autrement pour avoir un impact concret. Car si l’échelon national s’avère parfois décevant sur le plan de la concrétisation, il existe des moyens de les contourner… et l’association s’en est fait une spécialité. Dans son attirail : des chartes, directement signées par la grande distribution, les engageant par exemple à ne plus vendre d’œufs de poules élevées en batterie.

« Nous proposons des conseils pour utiliser le code de la commande publique, comme l’article R.2152-7 qui évoque le bien-être animal, pour repenser les appels d’offreS et exclure certaines pratiques »

De grands groupes, parmi lesquels Super U, Monoprix ou Sodexo, ont signé la charte. En parallèle, l’ONG a développé une « task force » tournée vers les collectivités, autres grandes consommatrices de produits alimentaires pour les cantines. Son objectif, puisque la loi peine à y parvenir, est de tarir naturellement la demande grâce aux engagements des principaux acheteurs. D’ailleurs, la production en cage est passée de 69 % en 2016 à 47 % en 2020.

Accompagner pour améliorer la commande publique

Lors des municipales de 2020, L214 a proposé aux candidats de signer une charte intitulée « Une ville pour les animaux », par laquelle les futurs édiles s’engageaient à intégrer la notion de bien-être animal à plusieurs niveaux (cirque, commande publique, expérimentation, chasse, corrida…). L’opération s’est avérée fructueuse : aujourd’hui, cinquante-sept maires ont signé la charte, dont vingt-trois sont à la tête de villes de plus de 50 000 habitants.

« Une vingtaine d’acteurs impliqués se sont réunis pour coconstruire un plan d’action, qui a abouti au vote à l’unanimité, en janvier, d’un plan d’action sur le bien-être animal »

Mais, toujours dans sa volonté de toucher le plus de communes possible, l’association vient de lancer une opération pour rencontrer les 172 villes de plus de 50 000 habitants et leur proposer un accompagnement sur la question du bien-être animal. Le but principal, explique Erwin Goeller, organisateur de cette action, est de discuter des mesures concernant les animaux d’élevage. « Nous proposons des conseils pour utiliser le code de la commande publique, comme l’article R.2152-7 qui évoque le bien-être animal, pour repenser les appels d’offres et exclure certaines pratiques.

Même si l’élevage intensif est, malheureusement, encore légal, il est possible d’affiner les critères dans le cahier des charges pour essayer d’avoir une commande publique plus vertueuse. » L’association propose aussi des mises en relation avec des communes déjà avancées sur ces questions, pour un partage d’expérience.

Pessac, ville précurseure

Et parmi ces communes, l’association cite volontiers la ville de Pessac en Gironde, dont un élu est en charge du bien-être animal depuis 2014. La commune, qui a déjà instauré un arrêté anti-cirque (actuellement devant la justice), un partenariat avec la SPA (société de protection des animaux) et avec la LPO (ligue de protection des oiseaux), vient de créer une « mission zone animale ». Jérémie Landreau, élu en charge du bien-être animal, a dédié une chargée de mission à la cause animale : « dès août 2020, nous avons mis en place une démarche partenariale avec L214, le parti animaliste, la LPO et la SPA. Une vingtaine d’acteurs impliqués se sont réunis pour coconstruire un plan d’action, qui a abouti au vote à l’unanimité, en janvier, d’un plan d’action sur le bien-être animal. » Ce plan aborde les questions de sensibilisation des différents publics et la stérilisation des chats errants, mais surtout, la ville va profiter du renouvellement de ses marchés pour inclure une clause sur le bien-être animal dans le cahier des charges de la restauration collective.

« On peut aussi imaginer la généralisation des menus végétariens et végétaliens dans les repas officiels de la région »

La ville de Clermont-Ferrand, elle, n’a pas eu besoin de retoucher son cahier des charges pour inclure deux repas végétariens par semaine dans les cantines. La ville s’y est prise autrement : le budget alloué à la viande est resté le même pour respecter le contrat dont l’échéance est encore lointaine, mais dorénavant, la quasi-totalité des produits servis sont labellisés, pour viser des animaux élevés en plein air. Mis en place le 4 janvier dernier, ces deux repas végétariens ont nécessité un travail de préparation. « Les cuisiniers ont été formés à la création de recettes végétales compatibles avec la liaison chaude il y a un an », précise Pascal Charbonnel, responsable du service de production des repas. « Les repas végétariens sont essentiellement composés de légumineuses, hormis des nuggets végétaux nous évitons les produits industriels de remplacement. Nous avons élaboré des fiches techniques qui évoluent au fil des retours que nous avons. »

Prochaine campagne : les régionales

L214, qui se tient à la disposition des communes dans ces démarches, vient d’amorcer sa prochaine campagne tournée vers les régionales. Cette fois-ci, la charte proposée aux candidats est élaborée différemment : ils peuvent cocher les mesures sur lesquelles ils s’engagent, et obtiendront un « pourcentage d’engagement ».

"On peut aussi imaginer la généralisation des menus végétariens et végétaliens dans les repas officiels de la région"

Parmi ces vingt-cinq mesures, l’association a déjà réfléchi à la manière concrète de les appliquer : « la région n’ayant pas la main sur la restauration collective, nous proposons des mesures incitatives par le jeu des subventions », détaille Erwin Goeller. « Il est possible de développer une offre de formation professionnelle en cuisine végétale puisque la région en a la compétence, d’orienter significativement les aides en évitant les élevages classés ICPE, reconnus à risque… On peut aussi imaginer la généralisation des menus végétariens et végétaliens dans les repas officiels de la région. Enfin, nous souhaitons proposer qu’un membre du conseil régional soit désigné pour procéder à un état des lieux, dans un but informatif, de la situation des élevages et des abattoirs. Ces données sont encore difficiles à trouver. »

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