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"La France est le dernier grand État occidental rural"

Stéphane Menu

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© Budimir Jevtic-fotolia

La France est un pays centralisé « rural », un des rares exemples occidentaux, où l’État doit jouer un rôle régulateur. Telle est, en substance, la conception défendue par l’économiste Gilles Rabin, qui ne comprend plus la stratégie d’un pays qui vend l’aéroport de Toulouse aux Chinois et qui veut renationaliser les autoroutes. Décapant !
Gilles Rabin, Économiste au laboratoire Pacte à Grenoble, suit de près les évolutions de la réforme territoriale, notamment sur ses impacts socioéconomiques. Il a animé le débat sur l’avenir du rail français, dont le contenu est synthétisé dans l’ouvrage « Quel rail après 2012 ? Le temps du politique est venu » (Aube, 2012).Il est également l’un des auteurs du livre « Urbi et Orbi : Paris appartient à la ville et au monde » (Aube, 2010).

La réforme territoriale en cours semble, pour vous, s’appuyer sur les mêmes ressorts que l’insécurité économique et sociale ambiante. Pourquoi ce gouvernement s’ingénierait-il à rajouter de l’anxiogène à de l’inquiétude ?

La France s’est construite sur un État fort, sur des valeurs républicaines. La méritocratie, bon an mal an, fonctionnait. Aujourd’hui, on sent bien que les élites se reproduisent entre elles et que le socle méritocratique se délite. Il y a peu, en Savoie, on disait que l’arrière-grand-père avait été berger, que le père était instituteur et que le fils serait polytechnicien.
Les territoires ruraux s’éloignent. Ils sont sociologiquement de plus en plus absents, comme s’ils avaient disparu des radars républicains.
Mais l’État a reculé, on ne sait quel rôle il joue dans notre vie quotidienne, il ne sert plus de pare-feu aux crises économiques, il n’est plus au combat pour construire un projet collectif. Cette réforme est une régression de plus de l’État, une manière de solder des siècles d’organisation des territoires au nom d’un modèle libéral qui, de fait, n’a que faire des valeurs républicaines de proximité. Les territoires ruraux s’éloignent. Ils sont sociologiquement de plus en plus absents, comme s’ils avaient disparu des radars républicains.

Pourquoi la métropolisation est-elle si menaçante pour les territoires ruraux ?

Parce que la France n’est devenue urbaine qu’en 1936 et que les Pays-Bas le sont depuis le xixe siècle. La France est le dernier grand État occidental rural, c’est dans notre ADN, celui d’un État à forte densité démographique. La métropolisation est une course à la taille territoriale. Elle est le lieu de la concentration, au nom de la facilitation économique. Mais l’esthétique rurale et le fait que nos territoires soient si appréciés pour ce qu’ils sont peuvent être des arguments pour des entreprises souhaitant se développer différemment. Si vous généralisez le haut débit dans la ruralité, une entreprise n’a aucune raison particulière de refuser de s’y installer. L’esthétique rurale peut même être une source d’attractivité.

Quelle réforme territoriale proposeriez-vous ?

Il faut sortir de nos vieux modèles, de notre certitude que nous détenons la vérité. On ne veut plus d’hôpitaux dans les territoires ruraux ? Pourquoi pas, si plus personne n’y va ! En Afrique, dans certains pays, une caravane se déplace pour faire des échographies dans les villages en évitant aux personnes de longs déplacements. En France, on préfère payer des déplacements sanitaires très onéreux. Ne pourrait-on pas, avec les techniques de transmission modernes, imiter cette Afrique imaginative ?Quant aux conseils généraux, je les invite instamment à cesser de financer la construction de routes. Je crois que c’est bon, nos dessertes sont à peu près bonnes, on peut passer à autre chose, il faut aider les maires ruraux à sauver l’unité territoriale du pays. Si l’État s’en détourne, les collectivités doivent changer de priorité, c’est une question de courage politique.Je ne suis pas contre la décentralisation, mais il est indispensable que dans cette relation aux territoires les plus diversifiés, l’État repense son rôle. Où est l’État régulateur ? On vend l’aéroport de Toulouse à des Chinois. On veut renationaliser les autoroutes. On ne sait plus où l’on va !

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