La "French Tech" : coup de com’ ou virage numérique ?

Séverine Cattiaux

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L’État a labellisé 18 territoires « French Tech ». Objectifs  : engendrer des « Google français » et créer beaucoup d’emplois dans le numérique. Les collectivités qui ont investi dans le label sont globalement satisfaites, même si certaines difficultés sont apparues. Le bilan à mi-parcours, à peine.

Il n’y a pas d’argent à la clé, pour les collectivités, et pourtant elles n’ont pas hésité à déposer leurs candidatures au label French Tech courant 2013. Matignon versera toutefois 15 millions pour le marketing de la marque French Tech à l’international…

« Le label, c’est aujourd’hui un raccourci pour que les gens se disent : « Et bien, tiens, là il se passe des choses ! » » explique Akim Oural, conseiller délégué de la Métropole européenne de Lille, spécialisé dans le numérique. Il se passe en effet quelque chose dans treize « métropoles French Tech » ((Les 9 premiers labellisés en novembre 2014 : Lille, Lyon, Grenoble, Aix-Marseille, Montpellier, Toulouse, Bordeaux, Nantes et Rennes. La deuxième série labellisée en juin 2015 : Brest, Caen, Rouen, le Havre et Nice.)), quatorze avec Paris. En outre, quatre territoires sont détenteurs de labels thématiques ((Alsace (MedTech), Avignon (CultureTech), Saint-Etienne (DesignTech), Angers (IoT-Tech).)).

Et encore, toutes les candidatures n’ont pas été reçues. Citons les recalés (pour le moment) : Poitou-Charentes, Limoges, Loire Valley, Annecy… Mais que se passe-t-il au juste dans ce réseau French Tech ?

Premiers effets…

« Le label est beaucoup plus orienté business que les pôles de compétitivité, considère Norbert Friant, chief digital officer à Rennes Métropole. C’est dès maintenant que ça se passe. » Les premiers effets du label n’ont ainsi pas tardé à se faire ressentir.

Le groupe québécois CGI, un poids lourd du numérique, hésitait entre le Canada, New York et Lille… Il a choisi Lille. Et d’après l’élu lillois, Akim Oural, « Le label French Tech a beaucoup aidé ! ». Depuis la labellisation, beaucoup d’écoles seraient à présent désireuses de venir s’implanter sur le territoire de Lille French Tech. Beaucoup plus de porteurs de projets qu’auparavant viendraient aussi désormais toquer à la porte d’EuraTechnologies, le désormais QG de Lille French Tech.

Des start-up rennaises présentes sous la bannière « French Tech » ont été récompensées au dernier Consumer electronics show de Las Vegas.

Jean-Paul Leroy, directeur de l’innovation numérique à la Métropole européenne de Lille constate « de nombreuses retombées localement, suite à l’événement French Tech organisé au mois de juin à New York ». Norbert Friant affirme, lui, que « les levées de fonds décollent en France ».

Quant aux start-up rennaises, certaines, présentes sous la bannière « French Tech » au dernier CES (Consumer electronics show) de Las Vegas, ont été récompensées… Enfin, une délégation chinoise a débarqué récemment à Rennes. « Ce sont des signaux. Ce n’est peut-être que du ponctuel. On jugera sur les trois à cinq ans » avance, avec prudence, le chief digital officer.

Cap sur le numérique

« Cela fait trois ans que l’on se bat à Grenoble, pour faire reconnaître le numérique comme axe de croissance ! » déclare Mathieu Genty, entrepreneur dans le coworking. Et de pousser quasiment un « ouf » de soulagement, avec l’arrivée de la vague French Tech… « L’initiative permet de mettre les gens en action, pour les entrepreneurs de croiser des têtes de réseaux, quasi inaccessibles, et de discuter de sujets de fond… » poursuit-il.

Le label a en fait permis de provoquer la reconfiguration de l’écosystème numérique des territoires, qui avait sans doute besoin soit d’un nouveau cap, soit d’un nouveau souffle ou les deux… « Le label, c’est la reconfiguration du système en local sur le numérique. Il rebrasse l’existant… » formule autrement Norbert Friant.

Le label French Tech a en fait permis de provoquer la reconfiguration de l’écosystème numérique des territoires.

Seulement, cette reconfiguration de l’écosystème n’est pas sans occasionner des coûts. Sur chaque territoire, l’État a demandé aux collectivités de trouver un bâtiment « totem », sorte de lieu emblématique de la French Tech.

Les collectivités ont mis à disposition de grands locaux qu’elles ont aussi aménagés. Il faut à présent faire vivre la dynamique French Tech… Parfois, les collectivités subventionnent des postes. « L’investissement des collectivités, dans la French Tech, est très variable, allant de plusieurs millions d’euros à quelques centaines de milliers d’euros… » a pu constater Mathieu Genty. Idéalement, les entrepreneurs devraient prendre le relais de la gouvernance et trouver le modèle économique pour rémunérer les équipes French Tech qui vont s’installer dans les totems…

Naissance d’« accélérateurs » de start-up

Les territoires labellisés French Tech se dotent enfin, les uns après les autres, d’« accelérateurs de start-up », réunissant uniquement des fonds privés et qui vont pouvoir assurer l’hypercroissance des « start-up »… C’est à cette condition, qu’un « Google ou un Facebook français » pourront naître… Axelle Lemaire, secrétaire d’État chargée du numérique, qui pilote la démarche French Tech, déplorait encore récemment sur France Inter que « seules trois start-up françaises aient bénéficié en 2014 d’une levée de fonds de plus de 100 millions d’euros ».

Pour encourager la dynamique de ces « accélérateurs de start-up » dans chaque métropole French Tech, ces derniers pourront bénéficier du fonds de la BPI.

Sur ce terrain, les collectivités ne peuvent évidemment pas s’aligner… Elles consacrent déjà d’importants crédits dans la filière TIC. Pour encourager la dynamique de ces « accélérateurs de start-up » dans chaque métropole French Tech, ces derniers pourront bénéficier du fonds des 200 M€ de la BPI, sur cinq ans. Les fonds seront délivrés au fil de l’eau. En avril dernier, le fonds French Tech Accélération de la BPI a réalisé son premier investissement, à l’occasion de la levée de fonds d’Axeleo, l’accélérateur lyonnais.

Les « métropoles French Tech » et « le désert numérique » ?
Dans la commune rurale de Bras-sur-Meuse, on compte bien monter dans le train de French Tech, même si de prime abord, on n’y est pas invités ! « Il y a plein de talents dans le secteur numérique, dans le monde rural. Le problème, c’est qu’il n’y a pas de mise en réseau ! » s’exclame Julien Didry, maire de Bras-sur-Meuse et président du Pays de Verdun. Le président est donc à l’initiative de « Meuse Tech », un label autoproclamé, clin d’œil à la French Tech. « Ce qui nous intéresse, c’est de faire des connexions, des irrigations avec la puissance de LorNtech (le label, officiel lui, décroché par les acteurs du Sillon lorrain). Cela étant, le territoire rural n’a pas attendu la French Tech pour amorcer son virage numérique. Le Pays de Verdun vient de finaliser sa charte 2015-2020, véritable feuille de route « tout orientée numérique, au travers de plusieurs axes : formation (public, jeunes, artisans…), services à la personne (open data, e-santé, télémedecine), etc. ». Grâce aux fonds européens, le pays entend mettre en œuvre son projet.

Émulation et collaboration

Tandis que Lille s’affiche « Cœur de la French Tech », Lyon Métropole French Tech assure qu’elle « est le lieu idéal pour réussir sa start-up ». Si chaque métropole French Tech tente de tirer la couverture à elle, il ne faut pas se bercer d’illusions, c’est au final Paris qui attirera le plus d’investisseurs et de talents (entre 50 % et 60 % de l’écosystème de start-up français). Et la capitale entend garder son avance. Elle a dégainé, en mai dernier, ses « Paris French Tech Tickets », qui s’adressent aux start-up étrangères. « Votre ticket pour Paris et lancez votre start-up dans un écosystème unique ! ».

C’est au final Paris qui attirera le plus d’investisseurs et de talents (entre 50 % et 60 % de l’écosystème de start-up français).

Bref, au jeu de la compétition numérique territoriale, les dés sont pipés. « On sait très bien que nos start-up ont besoin d’aller à Paris, à Lille ou Lyon pour trouver des marchés. N’empêche qu’elles créeront aussi de l’emploi à Rennes… » considère Norbert Friant.

La collaboration entre labellisés existe par ailleurs. Tous les mois, se tient une réunion des métropoles labellisées. « On partage nos chantiers, nos plans d’actions, on s’organise pour nos déplacements internationaux… » explique Jean-Paul Leroy. « On a une culture très forte de l’interconnexion entre chargés de mission numérique. Nous sommes plutôt dans la logique de montrer notre copie que de la cacher… » assure Norbert Friant.

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