La gouvernance décortiquée

La Rédaction

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Et encore un livre sur la gouvernance ! Il s'agit cette fois-ci du « Que sais-je ? » sur ce thème, autour duquel varient désormais tant de constructions intellectuelles et de propositions opérationnelles. Philippe Moreau Defarges ne propose pas de définition stabilisée. Il s'intéresse à différents « terrains » (l'entreprise, l'État, les institutions internationales), pour évaluer les expériences de gouvernance, à l'aune des équivoques de la mondialisation.

Philippe Moreau Defarges, La gouvernance (PUF, 2012, 128 pages, 9 euros).

Et encore un livre sur la gouvernance ! Il s'agit cette fois-ci du « Que sais-je ? » sur ce thème, autour duquel varient désormais tant de constructions intellectuelles et de propositions opérationnelles. Philippe Moreau Defarges ne propose pas de définition stabilisée. Il s'intéresse à différents « terrains » (l'entreprise, l'État, les institutions internationales), pour évaluer les expériences de gouvernance, à l'aune des équivoques de la mondialisation. Car, pour l'auteur, la gouvernance est fondamentalement une production de la mondialisation des années 1990.
Philippe Moreau Defarges rappelle que le terme « gouvernance » serait apparu en France au xiie siècle. Plus original, il repère que c'est à la fin du xixe siècle, à une période donc de mondialisation et de « planétarisation », que de premières structures internationales de coopération, qui pourraient maintenant être dites de gouvernance, sont mises en place : l'Union télégraphique internationale en 1865, ou l'Union postale universelle en 1878.

Les laboratoires de la gouvernance

Mais qu'est-ce que la gouvernance ? Comme le remarque l'auteur, la gouvernance prolifère, sans théorie ni système. Elle s'étend et est mise à l'épreuve dans des « laboratoires » comme le système des Nations unies, les instances de l'Union européenne, ou encore au sein des multinationales. La « cristallisation » récente de la gouvernance est rendue possible par deux évolutions majeures : l'hybridation croissante des domaines privé et public ; la mise en concurrence des formulations possibles de l'intérêt général. Parallèlement, l'érosion du capitalisme familial pousse à mettre en oeuvre de nouveaux principes qui sont ceux d'un capitalisme d'actionnaires : la transparence, le contrôle, la responsabilité. Dans la sphère publique, c'est l'émergence de la concurrence et de la nécessité de progrès gestionnaires qui pousse à remplacer un État matérialisant seul l'intérêt public, par des modes de gouvernance aptes à mettre en cohérence les intérêts dont les sources et les pouvoirs se sont multipliés, concurrençant sur ce point entre autres le monopole étatique.

La gouvernance comme jeu

L'auteur souligne également opportunément que la gouvernance se comprend à partir du vocabulaire du jeu. Elle suppose des équipes et des clubs qui coopèrent et/ou s'opposent, avec des règles et des arbitres spécifiques à chaque type de rencontre. Les États, mais aussi les firmes multinationales et les ONG sont des rouages, des acteurs et des joueurs de la gouvernance.
Quelles différences entre gouvernance et gouvernement ? La gouvernance n'énonce pas, comme le gouvernement, les tables de la loi. Mais elle organise et convoque les tables de la négociation. La gouvernance dépasse en fait largement le gouvernement. Elle le dépasse historiquement car elle vise à « gouverner » des hommes qui ne souhaitent plus être commandés et dirigés. Elle le dépasse car le gouvernement gère la rareté alors que la gouvernance cherche à répartir l'abondance. Elle le dépasse fondamentalement car le gouvernement - organe institutionnel et autorité officielle - n'est qu'une dimension, qu'une entité de la gouvernance, qui est un système de comportements et de pratiques.
Philippe Moreau Defarges souligne, au cours de son propos, le caractère éminemment démocratique de la gouvernance, au sens où elle suppose un accord sur des règles, une égalité formelle des participants et, surtout, la participation élargie et approfondie des parties prenantes. On regrettera que l'auteur ne s'attarde pas sur les critiques généralement adressées à la notion étudiée (flou juridique, positionnement idéologique vidant l'État de sa substance, etc.). Il relève surtout le caractère contextuel et non (encore) universel de la gouvernance.

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