La presse, ses petites mains et ses gros bras

La Rédaction

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Les difficultés de la presse ne datent pas d'hier, mais on s'en tient peut-être trop à l'évidence pour expliquer les maux dont elle souffre : crise économique, baisse du pouvoir d'achat obligeant les lecteurs à revoir leurs priorités, hausse du coût des matières premières, manque d'originalité dans les contenus, concurrence du web... Ce rapide inventaire oublie un maillon déterminant de la chaîne : la distribution. Aujourd'hui en grande difficulté, Presstalis (ex-NMPP et distributeur quasi-monopolistique en France) pourrait entraîner dans sa chute une bonne partie de la production écrite française. Car un journal non-distribué, a plus forte raison un quotidien, c'est une perte sèche que ne peuvent plus se permettre plusieurs fois par an les éditeurs de presse.

Créé dans l'immédiat après-guerre, le réseau de distribution des NMPP est une impressionnante machine grâce à laquelle les Français peuvent chaque matin lire Le Figaro, Libération ou Les Echos qu'ils habitent Dunkerque, Chamonix, Quimper, Menton, Hendaye ou Guéret. Une magnifique organisation en étoile, qui répartit chaque jour les journaux imprimés dans près de 150 dépôts qui maillent le territoire pour les expédier ensuite dans 28 579 points de vente ! Une organisation qui repose sur la solidarité entre presse magazine et presse quotidienne, et qui permet, grâce au covoiturage, que le prix de nos quotidiens ne s'envolent pas. Un bel outil, en somme, mais plombé par des dépenses de personnel aujourd'hui intenables, de l'aveu même des représentants syndicaux...

Presstalis sera fixé sur son sort aujourd'hui, le tribunal de commerce de Paris devant statuer sur la prolongation de la mission du mandataire ad hoc ou sur la mise en redressement judiciaire. L'Etat ayant mis la main à la pâte (et surtout au portefeuille) dans la négociation préalable, l'hypothèse du redressement semble s'éloigner au moins pour quelques temps, mais au prix d'un plan social douloureux. S'il fallait pourtant en arriver là, les conséquences pour l'ensemble de la presse écrite seraient dramatiques : sans réseau de distribution en capacité de prendre le relais immédiatement (le seul concurrent de Presstalis, les Messageries lyonnaises de presse, n'assure aujourd'hui que la distribution de 20 % des titres), c'est 80 % de la presse française, dont la totalité des quotidiens, qui plonge...

A lire sur le sujet :

- Excellent article de Grégory Lassus-Debat dans Causette d'octobre 2012 : "La fin de la presse papier, c'est maintenant ?" à lire dans le magazine papier, extrait sur le site du mensuel. L'article explique très clairement le fonctionnement de Presstalis. Pour illustrer l'intérêt du covoiturage pour les quotidiens, il s'appuie sur l'exemple du Monde qui coûterait au moins le double s'il ne bénéficiait pas de la solidarité de la presse magazin.

- "Presstalis : vers le bout du tunnel ?", Xavier Ternisien, sur le site du Monde.

- "Arrêt de travail chez Presstalis : les salariés « quittent le siège »", dépêche AFP sur le site de L'Express.

Photo : RG1033 (CC BY-NC-SA 2.0) http://www.flickr.com/photos/rg33/3596833738/

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