Le management à travers les âges

Bruno Cohen-Bacrie

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Le management à travers les âges

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« Adapté » à chaque période de l’histoire dans laquelle il se meut, le management en est le reflet, se positionnant souvent dans la rupture avec les pratiques antérieures. Il porte cependant des constantes, comme sa référence constante à une conception rationnelle et quasi scientifique des organisations. Il faut connaître ces grandes tendances historiques du management pour mieux s’en libérer. Luc Boyer nous aide à le faire.

LUC BOYER 
Docteur d’État es Sciences de gestion (Paris Dauphine), il exerce actuellement, entre autres, les fonctions de directeur de recherche à l’université de Paris-Dauphine (DMSP) et à l’IAE de Caen (École doctorale de Normandie). Ancien dirigeant d’entreprise, dont la filiale française d’un groupe américain de conseil en management, Luc Boyer a développé une véritable expertise dans le domaine de la prospective des métiers.

Comment résumeriez-vous très sommairement les quelques moments clefs qui ont jalonné l’histoire du management ?

Le management, depuis que l’homme a commencé à s’organiser pour survivre, c’est-à dire pratiquement depuis son « apparition » sur terre, a évolué par sédimentation, par exemple avec des apports successifs sous des influences diverses (innovations, découvertes…), plus que par des révolutions méthodologiques, des rejets brutaux ou des effets de mode.

Toutefois, il est possible de distinguer cinq périodes, de façon un peu caricaturale, principales dans cette grande aventure :

- la préhistoire, durant laquelle l’homme ne dispose que de peu d’éléments pour survivre et ne pas subir totalement l’environnement hostile ;

- l’antiquité, où l’homme apprend à partir au loin sur une terre qu’il découvre progressivement, non pas sans limites, mais à son échelle d’alors (qui est immense) ;

- la période du Moyen-Âge – en Europe, la période féodale – où la société se structurait en classe (le puissant ou le riche étant censés protéger – contre prestations – le pauvre) ;

- la période moderne, au sens historique du terme, caractérisée par une explosion des inventions ou innovations ;

- enfin, la période contemporaine, qui se caractérise – entre autres – par une intégration/ récupération par la société civile des avancées technologiques. L’approche historique de l’organisation met en évidence quelques caractéristiques communes aux différentes époques, comme la spécialisation qui procure l’efficacité ; l’existence d’un chef, d’un leader organisant le groupe ; la nécessité d’avoir une vision ou une mission pour sceller le groupe. L’évolution de la science de l’organisation et du management montre combien les méthodes de gestion, pour élaborées qu’elles soient, deviennent peu satisfaisantes lorsqu’elles n’intègrent pas le nouveau contexte. Déjà, Sun Tzu insistait sur la nécessité, pour le guerrier, de s’adapter aux facteurs déterminants de l’environnement.

Y a-t-il une période de l’histoire qui ait joué un rôle plus particulièrement important ?

Toutes les périodes de l’histoire de l’humanité ont été créatrices de changements, souvent détruisant partie des pratiques antérieures. Cependant, la « période moderne »(XVe siècle…) – c’est ma conviction ! – constitue un vrai tournant dans cette évolution, tant se trouvent rassemblés des facteurs de différents ordres capables d’accélérer ce bouleversement. Je crois que cette période exceptionnelle est le résultat de la conjonction des découvertes scientifiques, géographiques, sociologiques… Le management sera très influencé par la pression d’une conception rationnelle et quasi scientifique de l’organisation. L’extraordinaire croissance des capacités de production apportera la preuve de la pertinence des méthodes utilisées : elle confortera l’opinion largement répandue que le management s’apparente à des techniques d’application des règles scientifiques régissant l’organisation.

Comment résumeriez-vous les grandes tendances du management ?

Deux « grands » mouvements émergent depuis quelques années (toujours pour faire simple) : l’un considère que la théorie capitaliste a, de fait, marginalisé toutes les autres approches et que la « seule » question est de savoir quelle est sa capacité à s’adapter en permanence aux évolutions (ou demandes… quitte à les influencer !). L’autre souhaite redonner à un ou des pouvoirs centraux un rôle de régulation beaucoup plus fort. Il me semble que notre société est partagée entre deux grandes tendances : la première, évidente, est la socialisation qui pourrait assurer sécurité, solidarité et développement ; la deuxième est entrepreneuriat, autrement dit le fait de mettre le maximum d’initiatives au niveau de l’individu. Bien sûr, en France, la proposition sera, me semble-t-il, un mélange des ouvertures évoquées.

Management et nouvelles technologies
« L’usage intensif des nouvelles technologies constitue un fait sans précédent dans l’histoire humaine. Ce phénomène devrait d’ailleurs s’accroître avec la génération suivante, dite parfois « génération Z », qui a non seulement grandi avec les nouvelles technologies mais est véritablement née avec elle. On met volontiers en évidence la juxtaposition de générations pour lesquelles les modalités de l’apprentissage et les rapports sociaux sont bouleversés. Les effets de ce phénomène se font de plus en plus sentir, obligeant les comportements en entreprise à évoluer. « Socialisés » et ayant déjà une expérience de vie en entreprise, ils savent en intégrer les attentes, comme la performance, l’investissement, l’engagement qu’il valorise fortement, la disponibilité […] Leur communication est sans tabou et leur rapport avec la hiérarchie est fondé sur l’autorité de compétence et non sur celle du statut. Ils ne suivent plus les ordres d’un chef, mais l’impulsion d’un leader dont le rôle est moins de surveiller, d’encadrer que de fédérer et de motiver. Leur rapport au travail repose sur une relation contractuelle claire, même s’ils expriment un fort besoin d’émotions, de fun et de projets qui les « éclatent ». Leur besoin de sens et de transparence est manifeste : le manager doit être exemplaire et légitime à leurs yeux. »

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