Le milieu du jazz a le blues et recherche une visibilité

La Rédaction

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Dans le cadre du festival A VAULX JAZZ (un festival de jazz en banlieue), l'association JAZZ(S)RA organisait la semaine dernière une rencontre professionnelle « Jazz et politiques culturelles territoriales ».

Dans sa présentation, Jacques Bonnardel, le président de cette association, a rappelé la place majeure prise par le jazz et les musiques improvisées au 20ème siècle, tant en matière de création (diversité des programmes), de diffusion (plus de 500 festivals en France), que d'enseignement (écoles spécialisées, classes de jazz dans les conservatoires). A partir des années 80, le secteur s'organise (CNAJMI), le Ministère crée une Commission consultative nationale sur le jazz puis l'Orchestre national de jazz (ONJ),  les DRAC relaient les  collectivités et les sociétés civiles prennent leur part, bref le secteur se professionnalise et se développe. Résultat, il y a dix fois plus de musiciens de jazz aujourd'hui qu'il y a 20 ans (aux alentours de  5 000, dont la moitié en Ile-de-France) et  il n'y a jamais eu autant de groupes, de labels, de festivals et d'écoles.

Pour autant, le souhait d'un rééquilibrage de ce secteur par rapport aux musiques dites « savantes » ne s'est pas réalisé. Puis le jazz et les musiques improvisées ont été associés en 1998 à la grande famille des musiques actuelles.

L'arrivée des musiques actuelles,  de formes plus populaires,  s'est accompagnée d'une dynamique fédératrice. Mais l'espoir est en partie déçu dans le milieu du jazz, si l'on en juge par sa place dans les programmations des salles de musiques actuelles (seulement 4 SMAC labellisées jazz sur 70). La majorité des musiciens  ont du mal à faire vivre leurs créations, et il en va de même pour les lieux spécialisés, les producteurs et certains festivals. Si l'aide des collectivités ne s'est pas démentie, l'aide du ministère reste minime (1% du budget du spectacle vivant), alors que le secteur du disque s'est effondré, que des labels et des structures de diffusion ont disparu et que la presse musicale se fragilise. Sans parler de l'uniformisation des offres culturelles et de l'absence quasi générale du jazz dans les grands médias.

D'où nombre de questions : le jazz doit-il se rapprocher des musiques savantes ? Doit-il inventer sa voie ? Doit-il  imposer ses conditions dans le réseau des musiques actuelles, par exemple en investissant le Syndicat des musiques actuelles (SMA) comme le fait  par exemple Didier Sallé (directeur de Jazz à Tours), ou en participant aux SOLIMA, les schémas d'orientation et de développement des lieux de musique actuelle ? Jean-François Burgos (FNCC) prône cette voie, du fait que les élus locaux sont obligés d'embrasser tous les champs de la culture et ne pourraient comprendre qu'il en soit autrement. Jacques Bonnardel, président de JAZZ(s)RA, s'interroge : « On a raté le train des musiques savantes, on est peut-être en train de rater le train des musiques actuelles ».

Pourtant  Jacques Panisset, co-directeur artistique des Détours de Babel, fait part de son malaise par rapport à cette catégorie « fourre-tout » des musiques actuelles,  qui « ressemble à un catalogue de la Redoute » et englobe même les musiques traditionnelles. Pour lui les musiques actuelles représentent un univers et non une catégorie esthétique. Alors que « l'esprit du jazz reste essentiel, il est discriminant ». Pour un autre participant, ce sont les collectivités, les lieux de diffusion qui collent des étiquettes, qui catégorisent, pas les artistes qui essaient juste de se vendre...

Cela irrite Jean-François Braun (La Source,  à Fontaine en Isère) qui estime que ce débat est dépassé, en raison de la transformation des musiciens, du paysage institutionnel et des industries musicales. Il préfère que l'on avance sur ce qu'est une filière,  ou que l'on ait une réflexion sur le parcours d'artiste.

Suite à une tribune « Pour des états généraux du jazz »publiée par Libération le 27 juillet dernier, un groupe de travail national constitué à l'initiative du Ministère (DGCA) a fait un certain nombre de constats et de préconisations sur l'insertion professionnelle, la diffusion, l'export, la structuration professionnelle, le disque et les médias. Un « rapport d'étape sur la filière jazz en France » d'une quinzaine de pages en est issu en décembre, et le Ministre de la culture, le 14 février,  a souhaité que 10 propositions du rapport soient rapidement mises en oeuvre. Une journée de restitution de ce rapport a réuni 130 personnes à la Maison de la poésie le 19 mars.

« Tout reste à faire bien sûr, mais j'ai quand même la sensation qu'une dynamique s'est enclenchée et qu'elle peut être porteuse de changements », écrit sur le blog la Révolution de jazzminle musicien Laurent Coq, à l'initiative de ce mouvement en marche...

François Deschamps

A signaler un excellent dossier sur la question sur le site de l'IRMA ( Centre d'Information et de Ressources pour les Musiques Actuelles)  réalisé par Pascal Anquetil, avec notamment des contributions de Laurent Coq et d'Alex Dutilh, ainsi que des interview de 21 personnalités du monde du jazz et des musiques improvisées qui réagissent à partir du rapport précité.

Photo © FD : Nassreddine Hassani, Adjoint à la culture de Vaulx-en-Velin ; Jacques Bonnardel, Président de JAZZ(s)RA et Thierry Serrano, Directeur du festival A Vaulx Jazz

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