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Le pouvoir : un permis de faire souffrir ?

Nicolas Braemer

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Les maires sont des politiques tout-puissants dans leur commune. Est-ce à dire que les élus sont des harceleurs en puissance ?

Pourquoi les collectivités territoriales présentent-elles un taux de cas de harcèlement important ? La réponse à cette question est difficile : n’importe quelle investigation sérieuse sur le sujet rencontre des résistances évidentes. En revanche, comprendre la nature de la relation à la perversité apporte des éléments de réponses, notamment sur le fait que les personnalités perverses peuvent trouver dans la fonction d’élu un lieu d’expression idéal.

Narcissisme et attrait du pouvoir
Disons-le tout de go, afficher sa figure sur des affiches électorales relève d’un certain narcissisme. L’exercice peut paraître délicat pour celui qui n’a pas ce trait de caractère. Il faut à la fois témoigner d’une profondeur sincère et d’une bienveillance invitante. En revanche, le manipulateur est à son aise quand il doit mettre en exergue ce qui est essentiel pour lui : son image. D’autre part, on peut avancer que vouloir être maire ou élu est sous-tendu par l’attrait du pouvoir. La mission d’intérêt général dans laquelle ils s’inscrivent est, certes, un levier d’implication. Mais il faut également un goût prononcé du pouvoir pour accepter le mépris des opposants, les jalousies et autres coups bas. Les personnalités perverses, de leur côté, présentent également un goût avéré pour le pouvoir. La perspective de créer une emprise sur une entité est tentante, au point qu’il est aisé d’imaginer que certains veulent à cette fin occuper des responsabilités d’élu. Notons d’ailleurs que cette ambivalence entre la fonction d’élu et la perversion narcissique, s’exprime lors des campagnes électorales. Ces dernières se déroulent souvent en dehors du respect d’autrui. Chaque camp alterne séduction et dénigrement. Ce jeu est propre au comportement du pervers narcissique qui crée une emprise en alternant phases de comportements violents et phases de reconquête par la séduction. D’une certaine manière, les campagnes électorales sont le théâtre d’expression idéal.

« On peut tuer quelqu’un sans même le toucher du doigt, en attaquant son âme avec des armes morales : chagrin, soucis lancinants, douleurs. Et beaucoup plus de personnes sont assassinées par cette méthode que par la violence. » Jérémias Gotthelf (1797 – 1854)

Évidemment, les maires et autres élus ne sont pas des pervers narcissiques de fait. Les hommes et les femmes qui s’investissent dans des responsabilités sociétales, mènent pour la plupart leur mission avec conscience et professionnalisme. En revanche, leur statut présente des aspects qui laissent à penser que les pervers narcissiques peuvent être attirés par cette fonction. Mais cette hypothèse n’explique pas à elle seule le taux important de cas de harcèlement professionnel.

Le modèle bureaucratique, un terreau favorable au harcèlement
Des aspects structurels du système bureaucratique facilitent le harcèlement moral. La diversité des statuts est un exemple, notamment par l’émergence de statuts précaires. De nombreux fonctionnaires relèvent, en effet, de contrats précaires ou de statuts autonomes et se trouvent privés de la possibilité d’invoquer leur protection. Autre cause pour d’autres effets : un fonctionnaire ne peut contester une décision que si elle est irrégulière dans la forme, si elle émane d’une autorité incompétente, si elle relève d’une erreur de droit ou d’une erreur manifeste d’appréciation, ou si elle consiste en un détournement de pouvoir. Le harcèlement moral n’est pas identifié comme tel et, dans ce contexte, les fonctionnaires n’ont que peu de recours. Enfin, la règle du recours administratif préalable contraint l’agent qui souhaite contester une décision à s’adresser à l’auteur de cette décision. Dans certains cas, cette règle l’obligera à s’adresser en premier à son harceleur…

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