Le processus de recrutement des directeurs d'institutions culturelles

La Rédaction

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Le groupe socialiste de l'Assemblée nationale a déposé cette semaine, à l'initiative du président PS de la commission des affaires culturelles Patrick Bloche (cf. photo),  une proposition de résolution qui vise à améliorer le processus de recrutement à la tête des grandes institutions culturelles. Ce texte pourrait être adopté début 2013.

Au niveau de l'Etat, les nominations sont faites par l'Exécutif, en général sur proposition du ministère de la culture pour qui cela représente une préoccupation incessante tant elles sont l'objet de pressions en tous genres (y compris de l'Elysée) !  Quand l'institution est cofinancée par les collectivités territoriales, le ministère doit en outre trouver un accord avec la collectivité qui pèse le plus, en général le Maire ou le Président de l'Agglo. Quand la structure est gérée par une association, c'est en théorie le Conseil d'administration (par la voix de son président) qui officiellement procède à la désignation... mais c'est tout à fait théorique puisque  ce sont les tutelles qui font in fine le choix, selon le célèbre adage « qui paye commande ».

Le plus souvent, les personnes présélectionnées (dans la fameuse short list) sont amenées à écrire un projet puis à le défendre devant un jury. Mais hélas les gouvernements, notamment le précédent, ont souvent procédé autrement, de façon dérogatoire : qu'on se rappelle par exemple la nomination anticipée d'Olivier Py à la direction du festival d'Avignon à partir de 2014 pour compenser le fait de l'avoir débarqué de l'Odéon, ce qui avait créé quelques turbulences et réactions diverses. Il en avait été de même pour la nomination d'Isabelle Lemesle en 2008 à la présidence du Centre des monuments nationaux, bien qu'elle avouait alors à la presse ne pas connaitre grand 'chose au patrimoine ; il s'en était suivi de nombreux problèmes, au point qu'un rapport d'inspection de la Culture « avait dressé un constat accablant de sa gestion des personnels et de la souffrance de ses employés »  (Libération du 6 juin 2012). On pourrait encore citer la nomination de Macha Makéief au Théâtre de la Criée au détriment de Catherine Marnas qui avait la faveur des tutelles, ou avant les nominations des directeurs des CDN de Montpellier et de Poitiers.  « Quand on ne respecte pas les procédures, ça fragilise tout le monde » avait déclaré cet été Aurélie Fillippetti à Avignon.

Le texte proposé par le Groupe socialiste de l'Assemblée nationale regrette donc cette absence de transparence mais aussi  la priorité donnée à la personne sur le projet, qui aboutit à "une assez faible diversité sur le plan de la formation et des parcours professionnels antérieurs, comme sur celui des origines sociales ou de la représentation des femmes" (c'est peu de le dire).

La résolution propose en conséquence des commissions de sélection pluralistes appelées à émettre un avis préalable à la désignation des responsables, chargées d'auditionner les postulants, d'étudier leur projet pour l'institution concernée et de sélectionner, au vu de ces projets, les meilleurs candidats.

On ne peut qu'approuver une telle démarche, qui vise à plus d'égalité et de pluralisme. Pour autant ce texte n'indique pas comment seraient constituées ces commissions. Et l'on peut se demander si cela sera  suffisant pour limiter « le fait du prince », du fait que l'avis de ces commissions  "ne lierait pas" l'exécutif  mais serait seulement "susceptible de l'éclairer".

Les collectivités pourraient aussi s'en inspirer. Trop souvent encore les élus ou directeurs généraux refusent d'intégrer même à titre consultatif, pour des recrutements de directeurs de service ou d'équipement culturel en régie, une personnalité compétente (un professionnel de même nature, un conseiller DRAC, etc.).

Au-delà des processus de nomination, il est dommage enfin qu'un tel texte ne se penche pas également sur la question de la mobilité de ces directeurs. Est-il normal que le directeur de la plus grosse Scène nationale de France soit resté 23 ans à la tête de cet établissement ?  (celui qui dirige la scène nationale de mon département n'est là que depuis 15 ans !...). Car au-delà de la pluralité des directeurs (-trices) en France se pose aussi la question de la pluralité des lignes artistiques. Je le redis ici, le pendant de la totale liberté artistique que l'on doit garantir à ces directeurs devrait être l'application d'une mobilité régulière. Or sur cette question, on assiste à un manque de courage flagrant, tant de l'Etat que des exécutifs locaux. Pourquoi ce sujet reste-t-il aussi tabou dans le milieu culturel ?

François Deschamps

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