"Le statut des attachés est inégalitaire et injuste"

Stéphane Menu

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On compte 70 000 attachés dans les collectivités territoriales françaises. Née il y a 4 ans à Nantes, l’association 2ACT (Association des attachés des collectivités territoriales) entend démontrer que les attachés font beaucoup et sont peu reconnus au sein de leur collectivité. Sa présidente, Emmanuelle Dussart, veut changer la donne.

Pourquoi avoir créé l’association 2ACT ? Quelles en sont les visées ?

Les 70 000 attachés des collectivités territoriales remplissent des missions de plus en plus expertes, d’un niveau de technicité de plus en plus élevé. Les niveaux d’étude requis dans les profils de poste atteignent parfois bac+5 alors que le concours est ouvert à bac+3. Ce que j’avance est le fruit d’une analyse très poussée que nous avons menée sur le profil des attachés recherchés par les collectivités. Le tout dans un contexte de méconnaissance totale des compétences réclamées pour les postes occupés alors que les attachés assurent la sécurité financière et juridique des collectivités locales et regroupent la plus grande diversité des métiers de toutes les filières de la fonction publique.

Lire aussi : Représentation des attachés territoriaux : qui parle pour eux ?

Face à ce constat, le statut est trop injuste, le déroulement de carrière est semé d’embûches, beaucoup plus que pour la filière technique alors que nombre de postes sont ouverts et occupés indifféremment par des ingénieurs ou des attachés. Il me semble que la défense des attachés relève du bon sens.

« Le déroulement de carrière des attachés est semé d’embûches, beaucoup plus que pour la filière technique »

Ne pensez-vous pas que la diversité de profil des attachés complique leur défense ?

Cette diversité est une richesse. Et conforte naturellement la nécessité de constituer ce réseau. Face au fonctionnaire bashing très en vogue en ce moment, cette diversité des métiers doit être valorisée. On veut montrer qui l’on est, à notre hiérarchie, mais aussi aux Français. Sans compter que dans les petites collectivités, l’attaché, qui est très souvent DGS, apparaît expert dans plusieurs domaines. Si la commune est plus petite et son budget moindre, ce n’est pas pour autant qu’elle encourt moins de risques sur le plan juridique. Dans cette diversité, des bases communes doivent être préservées : le déroulement de carrière et la rémunération en font partie.

Lire aussi : Attachés des villes et attachés des champs : 50 nuances d'attachement au territoire

La mise en place du Rifseep vise à l’atténuation des écarts de primes entre filières et, ainsi, des écarts de rémunération entre hommes et femmes. Quel est votre regard sur cette réforme ?

Le Rifseep n’a eu que très rarement un effet de diminution des écarts entre filières. Il a également été utilisé comme un prétexte pour réduire les primes sous le prétexte d’une remise à plat. Mais, dans la plupart des cas, ses effets sur les écarts de rémunération restent infimes, certaines délibérations envoyées par nos adhérents en apportant l’éclatante démonstration. De plus, dans la plupart des grandes collectivités, ce régime a été mis en place dans la plus grande confidentialité ; au final, beaucoup d’attachés en ont découvert la face concrète en ouvrant leur bulletin de paie. De nombreuses interrogations restent en suspens : comment les collectivités territoriales peuvent-elles mettre en place cet objectif alors que l’État lui-même conditionne les dotations à l’évolution de leur masse salariale et décide des plafonds de primes à accorder, de manière inégalitaire, et toujours en faveur des filières masculines ?

Concernant le PPCR (NDLR : parcours professionnels, carrières et rémunérations) et le Rifseep, nous avons lancé une pétition sur change.org pour alerter les attachés et tenter de prendre enfin la main sur le déroulement de nos carrières.

« Dans la plupart des cas, les effets du Rifseep sur les écarts de rémunération restent infimes »

La revalorisation des catégories A préconisée par le Conseil sup’ sera-t-elle suivie d’effet ?

Ça va servir, dans le sens où le Conseil sup’ aide à la prise de conscience de la réalité de la situation, mais je ne pense pas que le gouvernement va s’en emparer car sa mise en œuvre sera trop chère… Ce que nous souhaitons ? La suppression des filières, un concours catégorie A ouvert à tous, avec un tronc commun d’épreuves et d’autres plus spécialisées, un peu comme ce qui est en train de se produire concernant le baccalauréat. Enfin, il faut en finir avec la différence de traitement dans les déroulements de carrière.

A savoir

De Colombes à Nantes
La diversité du profil « attaché », Emmanuelle Dussart en est une parfaite illustration : « J’ai commencé ma carrière dans la fonction publique territoriale en 1992, à la mairie de Colombes, en tant qu’adjointe à la chef du bureau foncier, c’était ainsi qu’on appelait le service habitat avant. Puis, j’ai poursuivi au conseil général des Yvelines, toujours dans le foncier mais en bifurquant vers la voirie (expropriation pour les routes et les ponts). Après un bref mais extrêmement positif passage à la mairie d’Igny, j’ai orienté ma carrière vers Nantes Métropole, toujours dans le foncier. Je suis aujourd’hui responsable d’une unité qui gère, sur une partie du territoire nantais, les avis techniques sur autorisations du droit des sols, à savoir les impacts des permis de construire sur la voirie, l’assainissement, les déchets, l’éclairage public, bref les compétences de Nantes métropole. Je gère le foncier lié à la voirie, et la concertation sur les projets d’aménagement de voirie menés sur ce secteur ».

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