Le travail est une seconde chance

Frédérique Debout

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Le travail est une seconde chance

Gruppe Würfel wird über weiße Oberfläche geworfen

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Le travail use parfois, mais il est aussi, pour certains, l’occasion de conquérir définitivement la reconnaissance et l’identité nécessaires à chaque individu. De ce point de vue, l’activité professionnelle offre une chance essentielle et une occasion de se surpasser.
Être « normal » ou rester en bonne santé n’est pas une chose aisée. La « bonne » santé n’est jamais acquise. Elle reste pour toute la vie l’objet d’une quête permanente. À tout moment, on peut tomber malade. Toutefois, la vie offre aussi sans cesse des occasions de revoir les cartes qui ont été distribuées au départ. Le travail, de ce point de vue-là, est à la fois une épreuve subjective mais aussi une chance de pouvoir s’épanouir, ou encore de faire de nos failles personnelles, des atouts.

Une rétribution symbolique majeure

L’histoire de chacun est différente et pour certains, l’enfance a été douloureuse. « Le travail est pour eux une deuxième chance : obtenir, en retour de la contribution qu’ils apportent à la société, une rétribution symbolique majeure. La reconnaissance, grâce à laquelle la souffrance peut être transformée en plaisir accroît l’identité. » (C. Dejours). Quand la vie amoureuse ou familiale est insatisfaisante ou douloureuse, le travail est souvent un moyen puissant de la lutte contre la dépression. N’est-ce pas d’ailleurs grâce au travail que les femmes s’émancipent de la domination masculine ?Le travail est central en termes d’étayage de l’identité car travailler, c’est mobiliser toute sa personnalité, sa tête et son corps pour résoudre les difficultés occasionnées par toutes les situations que nous rencontrons. Il amène à se confronter à ses forces et ses faiblesses et, parce qu’il peut nous amener à nous surpasser, il participe à la construction de notre identité d’adulte, en dépit, mais aussi à partir des failles que nous conservons de l’enfance.Il n’y a pas de travail sans un engagement personnel et a fortiori, pour bien faire son travail on s’engage beaucoup ! Chacun arrive au travail avec des attentes différentes selon son histoire singulière ; il en résulte que chacun réagit différemment aux mêmes contraintes. On travaille avec ce qu’on est. Le travail est donc l’occasion de remettre au travail tout ce qui a fait de nous ce que nous sommes ; tout ce qui a fait qu’on a développé certaines aptitudes, certains goûts mais aussi certaines vulnérabilités, certaines difficultés, certaines peurs etc.
Le travail participe à la construction de notre identité d’adulte, en dépit, mais aussi à partir des failles que nous conservons de l’enfance.
L’expérience réussie du travail (c’est-à-dire celle de la rencontre d’un autre aidant, secourable quand on est en difficulté) peut permettre de surmonter ces difficultés identitaires, psychologiques, relationnelles construites depuis l’enfance.

Être reconnu

L’intelligence au travail passe donc par une relation prolongée et opiniâtre du corps avec la tâche. L’intelligence se développe donc en situation de travail. Par le travail, on cherche à acquérir de la reconnaissance. Être reconnu pour son travail, c’est d’une part recevoir la légitimité d’une appartenance à un groupe social (on fait partie de l’équipe, on est « du métier »), mais c’est aussi recevoir une gratification personnelle pour le « plus » apporté au travail collectif (en termes de qualité et d’originalité du travail).Toutefois, cette reconnaissance, aussi essentielle soit-elle, est parfois difficile à obtenir. Elle ne se résume pas à des félicitations ou des encouragements. Elle se définit surtout en termes de moyens accordés aux individus pour pouvoir bien faire leur travail, pour les laisser déployer toute leur intelligence et leur engagement au travail. Quand les conditions sociales et organisationnelles permettent aux individus de faire de leur mieux, cette reconnaissance au travail vient confirmer, rétablir ou solidifier la confiance en soi.

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