Les collectivités locales à recherche d’une continuité éducative

Laure Martin

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Comment améliorer l’implication des collectivités dans les politiques éducatives ? Un travail partenarial avec les acteurs de l’Éducation nationale semble prioritaire afin de mener une réflexion commune et assurer une continuité entre les temps scolaires et périscolaires.

Comment améliorer l’implication des collectivités dans les politiques éducatives ? Un travail partenarial avec les acteurs de l’Éducation nationale semble prioritaire afin de mener une réflexion commune et assurer une continuité entre les temps scolaires et périscolaires.

Plus gros point d’échauffement : la relation au niveau local entre les collectivités et l’Éducation nationale, que ce soit pour les politiques éducatives au sens large, ou plus spécifiquement pour la réforme des rythmes scolaires. D’ailleurs, « il y a eu un énorme loupé dans la mise en place de la réforme, puisqu’aucune contrainte n’a été imposée pour qu’il y ait une collaboration des enseignants », souligne Emmanuel Cattiau, directeur général des services de Magny-les-Hameaux (Yvelines).

Plus généralement, « la réflexion sur les temps d’activités périscolaires implique une représentation du corps enseignant, témoigne Armelle Billaudelle, directrice générale adjointe des services à Magny-les-Hameaux. Je me suis déplacée dans toutes les écoles pour expliquer notre projet, mais la majorité des enseignants n’a pas souhaité y prendre part. »

Réflexion partagée

La collectivité n’ayant de moyen d’action que sur le temps qu’elle maîtrise et se trouvant dans l’incapacité de faire collaborer le corps enseignant, « cela limite la liberté d’initiative pédagogique et n’est pas fédérateur, regrette Emmanuel Cattiau. Si on ne se concentre que sur les locaux et les plannings, et non sur les enfants et les projets, cela ne peut pas être moteur pour une réforme. » Et d’ajouter : « On peut « embarquer » des enseignants dans des projets culturels — ce que nous faisons déjà, mais pas forcément dans le cadre du PEDT.

La collectivité n’ayant de moyen d’action que sur le temps qu’elle maîtrise et se trouvant dans l’incapacité à faire collaborer le corps enseignant, cela limite la liberté d’initiative pédagogique et n’est pas fédérateur.

Il faut s’en détacher car il a été montré comme la solution unique alors qu’il faut avant tout fédérer les acteurs en fonction de chaque projet ». À l’heure actuelle, la réforme et le PEDT concentrent une grande partie des efforts des collectivités, mais ce dernier peut également constituer le cadre de la politique publique de la collectivité, à condition d’être plus large afin d’englober l’ensemble des temps et des âges de l’enfant. Une réflexion autour des parcours éducatifs semble alors indispensable.

« Si nous voulons une continuité éducative – qui fait défaut aujourd’hui – il faut que nous travaillions ensemble sur des contenus communs, avec des enseignements et des apprentissages formalisés autour du savoir d’un côté, et une déclinaison de ses apprentissages sous la forme d’activités ludiques, de l’autre », propose Ornella Del Giudice, vice-présidente de l’Andev et directrice de la jeunesse à la mairie de Reims. Cela implique du temps partagé et fléché, en dehors du temps scolaire pour les enseignants, qui pourrait être source de motivation.

Agir sur la formation

Il faudrait par ailleurs envisager « une mise à niveau de la filière professionnelle de l’animation, notamment parce que le métier d’animateur n’est pas toujours reconnu, ni professionnalisé », rapporte Ornella Del Giudice.

Mais Alain Thirel-Dailly, ancien directeur du projet éducatif global à la mairie de Lille, se demande si les collectivités doivent continuer à multiplier les emplois dans le milieu socio-éducatif, ou au contraire, valoriser les partenaires associatifs locaux, pour se concentrer sur les emplois d’ingénierie.

Il faudrait envisager une mise à niveau de la filière professionnelle de l’animation notamment parce que le métier d’animateur n’est pas toujours reconnu, ni professionnalisé.

La mise en place d’une formation commune pour les métiers de l’action sociale et de l’éducation semble également faire consensus, pourquoi pas au sein des écoles supérieures de professorat et de l’éducation (ESPE), entre enseignants, acteurs du monde périscolaire, personnels des collectivités, directeurs de l’éducation des villes et inspecteurs. « Le temps d’échange permettrait de mieux se connaître, d’apprendre à travailler ensemble et de comprendre les contraintes des uns et des autres pour dépasser les difficultés », conclut Ornella Del Giudice.

Témoignages

Emmanuel Cattiau, directeur général des services de Magny-les-Hameaux (Yvelines)
« Construire une cohérence entre les adultes »
« Je ne suis pas certain que les enseignants d’aujourd’hui reconnaissent aux mairies et à leurs professionnels un rôle pédagogique, ou du moins je le constate peu sur le terrain, notamment dans le cadre de cette réforme des rythmes scolaires. D’ailleurs, nombreux sont ceux qui disent encore que nous faisons de la garderie, ce qui correspond bien sûr à la demande de garde d’enfants des parents salariés. Mais pour traiter le cas d’un enfant, il faut se centrer autour de lui et avoir une attitude cohérente entre tous les adultes. »

Anne-Sophie Benoît, présidente de l’Andev et directrice de l’enfance et de la jeunesse à la ville de Dunkerque
« L’école a besoin des collectivités »
« La mission éducative est une responsabilité partagée entre l’État, les enseignants, les collectivités locales, les associations et la famille, sur des temps différents. Si on le comprend, on a tout compris. Mais c’est compliqué à mettre en œuvre car il y a toujours une hégémonie de l’État, alors qu’aujourd’hui, l’école ne peut pas agir seule, elle a besoin des collectivités territoriales pour faire en sorte que cela fonctionne. »

Alain Thirel-Dailly, ancien directeur du projet éducatif global à la mairie de Lille
« Une autonomie est indispensable au niveau local »
« Je reste un défenseur du service public national de l’éducation. Mais à l’inverse, il faut le compléter par une autonomie la plus grande possible au niveau local. Il y a des espaces d’autonomie énormes. Aujourd’hui, les communes ont été légitimées dans leur rôle de partenaires du service public d’éducation. Mais les méthodes sont dramatiques. Les enseignants sont épuisés. Il faut sortir des schémas où l’on rejette la faute sur chacun ! »

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