Les enseignements du Petit Prince appliqués au monde du travail

Bruno Cohen-Bacrie

Sujets relatifs :

, ,
Les enseignements du Petit Prince appliqués au monde du travail

dessin-manager

© Makkuro_GL

Journaliste espagnol et universitaire, Borja Vilaseca a publié « Le Petit Prince au bureau », un ouvrage atypique - ni véritable roman, ni vrai récit, ni parodie totale -, une excellente façon d'envisager autrement les enjeux managériaux. L'esprit d'un grand classique pour prendre conscience de l'essentiel.

«Le monde s'ouvre quand l'homme sait où il va » : cette citation d'Antoine de Saint-Exupéry figure en exergue dans ce « court » ouvrage très original, qui s'inspire dans sa construction du chef-d'œuvre de l'aviateur français. Le héros - Paul Leprince - n'est pas un responsable des ressources humaines tout à fait comme les autres. Avec finesse, il propose à ses troupes meurtries un éveil au bonheur pour transcender cette crise qui écrase les individus et les rend malheureux. En quelques semaines, la sérénité est de nouveau à portée de main pour toute l'équipe. Paul Leprince réussira-t-il à remettre chacun sur la voie de l'épanouissement et de l'optimisme ? La réponse est bien entendu dans la question.

Le Petit Prince, ce héros...

Voilà comment on pourrait présenter le « scénario », mais ne vous y trompez pas : c'est tout sauf un roman... en dépit des apparences. Borja Vilaseca en résume ainsi la portée dans une note préliminaire : « ce livre essaie d'expliquer comment ce héros anonyme est parvenu à cet état de choses. À mettre en place des changements qui peuvent affecter les êtres humains, et finalement les organisations dont ils font partie, quand ils prennent conscience de leur véritable potentiel mais au service d'une fonction nécessaire, créative, durable et pleine de sens ».

Ce héros anonyme dont il est tant question, on devine qu'il n'existe pas dans la vraie vie... mais dans le célèbre roman de Saint-Ex ! Le Petit Prince est un livre pour enfants écrit à l'intention des grandes personnes. Ses niveaux de lecture offrent du plaisir et des sujets de réflexion aux lecteurs de tous les âges.

Sur la Terre, le Petit Prince a pu parler avec un renard qui lui a appris que, pour connaître, il faut « apprivoiser », et que cela rend les choses et les hommes uniques. « L'essentiel est invisible pour les yeux », dit-il. Ici, les personnages se nomment Paul Leprince - personnage clef et nouvel arrivant au siège du cabinet de consultants SAT -, Georges Amoux, dit le président ou encore Jacques Dirant, consultant senior redouté et un rien caricatural. Chaque chapitre de l'ouvrage porte un message : « dis-moi comment tu diriges et je te dirai qui tu es », « certains patrons nuisent gravement à la santé », « le vrai sceptique est celui qui explore l'inconnu » ou encore « prendre le chemin et déterminer l'objectif ». La quête du héros, c'est de proposer une approche différente du travail, et l'auteur de faire passer un certain nombre de préceptes.

« Nos yeux ne voient jamais l'essentiel »

Lors de sa première rencontre avec les consultants, Paul Leprince résume quelques-unes de ses orientations : « Je crois honnêtement que le bonheur au travail est non seulement possible, mais que c'est un droit fondamental. La première étape, c'est de mener une vie équilibrée » ou « notre idée, c'est que si nous parvenons à supprimer les obstacles qui vous empêchent d'être heureux au travail, vous serez plus motivés, plus créatifs, plus efficaces, et donc cela devrait se traduire, à moyen terme, par de meilleurs résultats pour l'entreprise », ou encore « cela peut paraître incroyable aujourd'hui, mais nous sommes beaucoup plus nombreux que vous ne le pensez ».

Je crois honnêtement que le bonheur au travail est non seulement possible, mais que c'est un droit fondamental.

Et de citer, pour illustrer, Saint-Exupéry : « Nos yeux ne voient jamais l'essentiel ». À travers des dialogues souvent justes, le livre balaye des thèmes d'une grande acuité : la souffrance au travail, le pouvoir de l'acceptation ou la tyrannie de l'égocentrisme. « À vrai dire, la grande majorité d'entre nous est égocentrique : nous voulons que la réalité se conforme constamment à nos souhaits, générant ainsi malaise et souffrance si ce n'est pas le cas, explique le personnage principal... à ses collaborateurs. Et au lieu de nous rendre compte que nous sommes les seuls responsables de ce que nous expérimentons, nous nous posons en victimes, et rendons coupables les autres ou la vie, de ce qui nous arrive ».

Synthèse et Saint-Ex !

Dans le dernier chapitre, un des consultants obtus, sûr de lui, toujours présent, livre une sorte de confession écrite à la suite d'un voyage à Madagascar dont il revient changé : « L'homme que vous verrez aujourd'hui n'est plus celui que vous avez connu. J'ai changé. Et si vous le voulez bien, je serais enchanté de retravailler avec vous ». Le changement, c'est une très longue marche, seul, en terre inconnue, l'apprentissage d'autres civilisations, l'accueil reçu de gens très pauvres, le contact établi sans l'aide du langage...

Le changement, c'est une très longue marche, seul, en terre inconnue.

Cela ne vous rappelle pas Le Petit Prince ? Dans le conte philosophique, l'auteur, aviateur, tombe avec son avion en plein désert du Sahara. Pendant qu'il s'efforce de réparer son appareil, apparaît un petit garçon qui lui demande de lui dessiner un mouton. L'auteur apprend aussi que ce « Petit Prince » vient de l'astéroïde B 612 où il a laissé trois volcans et une rose. Avant d'arriver sur la Terre, il a visité d'autres planètes et rencontré des gens bizarres : un roi, un vaniteux, un buveur, un allumeur de réverbères, un géographe... Sur la Terre, il a pu parler avec un renard qui lui a appris que pour connaître il faut « apprivoiser », et que cela rend les choses et les hommes uniques.

La conclusion de l'ouvrage ouvre sur un épilogue très inspiré de la philosophie de ce conte. Le président, un des personnages centraux, y raconte son cheminement : « Je n'ai plus le moindre doute : lorsque vous faites confiance à ce que vous ne pouvez pas voir, vous commencez à le sentir dans votre cœur ».

En s'engageant dans ce que l'on ressent réellement, tôt ou tard, cela devient réalité. Une nouvelle philosophie en découle pour le narrateur, convaincu que les seules organisations qui vont survivre seront celles directement utiles à l'humanité. Souvenez-vous, dans Le Petit Prince, l'esprit rend les choses uniques. Il est l'aboutissement des choix, des efforts, de l'amitié, de l'amour. Mille roses dans un jardin ressemblent à celle que le Petit Prince a laissée sur sa planète, mais celle-ci s'avère unique car il l'a arrosée, l'a protégée, l'a « apprivoisée », pour citer les mots du renard qui ajoute : « Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé ». Piégés par le côté matériel, vulgaire, de l'existence, victimes de leur vanité, de leur cupidité ou de leur paresse intellectuelle, les « grandes personnes » ont tendance à juger le propos de quelqu'un d'après son costume et croient connaître un jeune ami d'après les revenus de son père. Pourtant l'enfant d'autrefois n'est pas mort : il est seulement enseveli et une expérience telle que la rencontre de l'aviateur avec le Petit Prince lui permet de ressusciter.

Autant d'enseignements - parmi nombre d'autres - dont Le Petit Prince au bureau restitue (et adapte) toute la force. Recommandé à tous les managers en fonction ou en devenir.

[caption id="attachment_10876" align="alignleft" width="140"]petit_prince_bureau Borja Vilaseca, 2011, éditions de l'opportun[/caption]

Recevez votre newsletter hebdo gratuitement

Nous vous recommandons

Accès à la culture  : une idée belge

Accès à la culture  : une idée belge

La où nous peinons à offrir des "Pass culture" permettant un accès complet et bon marché à nos musées, les Belges, Suisses et Allemand on une longueur d'avance. Peut-être pourrions-nous nous en inspirer ?Peut-être le haut...

19/10/2021 | Culture
Philippe Teiller : « Les acteurs culturels revendiquent de plus en plus un ancrage territorial »

Interview

Philippe Teiller : « Les acteurs culturels revendiquent de plus en plus un ancrage territorial »

Éducation Artistique et Culturelle : une éducation à l’art et par l’art

Éducation Artistique et Culturelle : une éducation à l’art et par l’art

Pour ou contre l’annulation de tous les festivals ?

Sondage

Pour ou contre l’annulation de tous les festivals ?

Plus d'articles