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À lire : les grandes multinationales : mythes et réalités

Julien Damon

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La Lettre du Cadre - édition Abonnés

Un ouvrage original, nourri de mythologie grecque et surtout de théorie économique, revient sur les risques d’essoufflement de la concurrence et de la démocratie amenés par la croissance des entreprises gigantesques. Si les risques existent, la puissance de ces organisations serait en réalité en rétractation, avec le retour des États.

Voici un excellent ouvrage. Il revient sur la nature des firmes multinationales et sur les risques historiques de « Coca-colonisation », comme on le disait hier au sujet des grandes entreprises américaines, et de colonisation numérique comme on le dit aujourd’hui au sujet des Titans du digital. François Lévêque, qui est professeur d’économie à l’école des Mines, fait œuvre très utile.

Actualité des très grandes entreprises globales

Il fait œuvre pédagogique, avec une écriture très didactique, appuyée sur la recherche académique, pour décrypter la situation du millier d’entreprises qui, dans le monde, se recensent parmi les géants et les titans. François Lévêque, spécialiste du droit de la concurrence, a recours à la mythologie grecque pour évoquer le gigantisme et le caractère titanesque de ces institutions. Les titans (nés, selon l’étymologie, du ciel) sont les plus grands des géants (nés de la terre). Ces divinités préexistent et s’opposent aux dieux de l’Olympe.

L’auteur veut savoir si ces très grands ne deviennent pas trop grands.

Ces entreprises géantes ou titanesques inquiètent, souvent à juste titre


Concrètement, ces entreprises géantes ou titanesques (le qualificatif titanesque est rarement attribué pour la Chine où les entreprises géantes se développent essentiellement sur le marché intérieur) inquiètent, souvent à juste titre. Notamment quand elles font du lobbying intensif, quand elles développent leur propre diplomatie, ou quand elles veulent battre monnaie, empiétant, de fait, sur des prérogatives étatiques. Ou bien encore quand leur existence renforce les inégalités, avec, entre autres, leurs propriétaires milliardaires.

L’auteur signale que la période n’est pas à une ouverture tous azimuts, mais à la démondialisation et à la fin de l’expansion continue de ces entreprises hyperpuissantes.

Les États, le retour d’un rempart

Reste tout de même des États souverains. François Lévêque les appelle les dieux de l’Olympe. Leur souveraineté n’est affectée qu’à la marge par tout ce que déploient ces mastodontes économiques. Les petits États peuvent rencontrer des difficultés, mais ceux qui sont intégrés et puissants, notamment au sein de l’Union européenne, développent des règles de régulation qui encadrent toujours plus efficacement ces activités. Certains font de la politique-fiction en imaginant des États totalement subordonnés. Ce n’est absolument pas le cas. Aujourd’hui le patron de Facebook se déplace devant le Sénat américain. Ce ne sont pas les Sénateurs qui vont au siège de l’entreprise.

Par ailleurs, le retour des protectionnismes montre les barrières possibles que peuvent dresser les États, pour le meilleur ou pour le pire. En tout cas, ils contraignent les grandes entreprises.

Si les États conservent leur souveraineté, il n’en va pas forcément de même sur le plan démocratique

Vers la démondialisation

François Lévêque s’inquiète tout de même. Si les États conservent leur souveraineté, il n’en va pas forcément de même sur le plan démocratique, dans chacun des pays, et, sur le plan géopolitique, avec la compétition des nationalismes industriels chinois et américains. Plus globalement, l’auteur signale que la période n’est pas à une ouverture tous azimuts, favorable aux géants et titans, mais à la démondialisation et à la fin de l’expansion continue de ces entreprises hyperpuissantes.

Pour l’avenir, l’auteur espère que les géants européens seront mieux soutenus. Il espère même que des titans européens puissent naître dans un contexte post-Brexit qui pourrait permettre à l’Union de se renforcer, à l’intégration économique de s’approfondir.

Extraits

« Moins d’un millier en nombre, milliardaires en chiffre d’affaires et multimilliardaires en valeurs, ces entreprises hyperpuissantes font la course en tête par leurs performances financières et technologiques. »


« Au lieu de l’inscription Made in USA qui s’explique par la marque et la localisation du siège social en Californie, la mention Made in World devrait être gravée sur les iPhone. »

« Il appartient à l’Europe de devenir une puissance globale nouvelle. »

[…]

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