Les grosses « absences » de l'Education

La Rédaction

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On accuse souvent l'administration française de ne pas se soucier de l'évaluation de ses dispositifs. On oublie de dire aussi que certains rapports restent sous le boisseau parce qu'ils révèlent trop crûment certains dysfonctionnements. En la matière, le rapport de l'inspection générale sur le remplacement des enseignants absents est une bombe. Dans un souci de transparence, Vincent Peillon, ministre de l'Education, a décidé de rendre public les 17 rapports que son prédécesseur avait préféré garder sous le coude.

Contrairement à une idée reçue, les professeurs ne sont pas plus absents que d'autres professions. Mais cette profession, fortement féminisée, « accouche », « adopte » ou est frappée comme les autres par la longue maladie. Dans ce cas, le système éducatif a du répondant puisqu'une solution de remplacement est trouvée dans 96 % des cas, d'après le rapport. Le problème se situe dans la gestion des absences courtes : seules 20 % d'entre elles, inférieures à 15 jours, bénéficient d'un remplacement. "Le taux de couverture varie selon les académies de 11 % à 27 %", précisent les rapporteurs: "Même dans le meilleur des cas, il reste faible." C'est "le problème majeur", insistent-ils.

Il existe un corps de remplaçants, dédié aux absences longues. Pour les absences courtes, les chefs d'établissement sont livrés à eux-mêmes. Ils peuvent faire appel à des étudiants mais ce recours est désormais limité, depuis la réforme dans la formation des enseignants de 2010. Les chefs d'établissement peuvent alors proposer des heures supplémentaires aux enseignants dans le secondaire et donc allonger le temps de service (18 h pour les certifiés, 15 h pour les agrégés). La suppression de 80 000 postes dans l'Education nationale avait poussé Luc Chatel, en 2010, à encourager le recrutement d'étudiants et de retraités. Sans grand effet. Pis encore, 3 000 enseignants « remplaçants » ont été rayés des effectifs en 2009. Les inspecteurs parlent donc d'un « système arrivé à un point de rupture ». A tel point que l'inspection générale avance des solutions étonnantes pour faire face à la situation, comme éviter de recourir aux stages de formation lors des pics hivernaux où les absences s'accumulent ou encore de mieux comptabiliser les absences, ce qui visiblement n'est pas le cas aujourd'hui. En effet, seules les absences liées à la maladie sont comptabilisées, les formations y échappant. En 2009-2010, période disséquée par les inspecteurs, les chiffres de 5,6 millions de journées d'absence dans le primaire et de 12 millions d'heures dans le secondaire seraient donc biaisées. Le calendrier fixé par Peillon prévoit une phase de concertation en juillet avant l'élaboration d'une loi d'orientation pour l'école. De cette grande séance de remue-méninges devrait sortir des décisions à mettre en oeuvre rapidement, comme l'élargissement du temps de service des enseignants, sujet hypersensible qui ne manquera pas de créer de vraies oppositions.

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