Les leçons d’une campagne présidentielle

Nicolas Braemer

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Les leçons d’une campagne présidentielle

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À la veille du premier tour des élections présidentielles, on peut tirer les leçons de cette campagne atypique. La crise majeure de nos institutions n’en finit pas de faire des dégâts. Comment répondre aux grands défis sociaux, européens et environnementaux avec cette Ve République déjà morte et une élection présidentielle si peu à même de répondre aux besoins des Français ?

À l’heure où nous « bouclons » ce numéro de La Lettre, nous sommes à la veille du premier tour des élections présidentielles. On n’en commentera donc pas les résultats, mais on pourra tirer quelques enseignements, provisoires mais réels, de ce que fut la campagne.

1 - La Ve République est mort-vivante

Comme disait San Antonio, « C’est mort et ça ne sait pas ». Les institutions à bout de souffle de la Ve République sont allées au bout du spectacle mortifère. Quatre candidats se sont tenus dans un mouchoir de poche (entre 18 et 20 %) dans les sondages. La quasi-certitude que l’extrême droite figurerait au second tour a poussé au maximum les mécanismes du vote utile.

Dans leur grande majorité, les Français ont choisi d’attribuer leur suffrage non pas en fonction d’un programme, mais à celui qui était le plus à même soit de faire barrage à Marine Le Pen, soit de figurer au second tour face à elle. On aura rarement vu une campagne à ce point sans débat sur le projet de société, alors que la présidentielle devrait être, si elle sert à quelque chose, LE moment des choix cruciaux.

On aura rarement vu une campagne à ce point sans débat sur le projet de société, alors que la présidentielle devrait être LE moment des choix cruciaux.

Benoît Hamon, le seul qui fit une campagne de fond résolument tournée vers l’avenir (quoi qu’on puisse en penser) semble impitoyablement laminé par le vote utile. Si on ajoute le poids des « affaires », au final, celui qui peut l’emporter ne représentera guère plus de 20 % des suffrages du premier tour. Même s’il fait un bon score au second tour (face à Marine le Pen, quel exploit !) et même s’il dispose d’une majorité législative, comment affronter les défis sociaux, européens et environnementaux si cruciaux sur cette base si biaisée ? Ceux qui n’y voient pas un problème majeur sont aveugles.

Lire aussi : Élections : la territoriale politiquement à l'abandon

2 - Les femmes sont encore absentes

Onze candidats, deux femmes. Tout est dit. Scrutin uninominal oblige, la machine à broyer les femmes a encore fonctionné à plein. On en aura, j’en fais le pari, la confirmation aux législatives : nous avons en France un grave problème avec la représentation des femmes en politique, qu’en dépit de règles contraignantes nous n’arrivons pas à résoudre. Cette incapacité contribue fortement à la crise politique dans laquelle nous sommes plongés.

3 - La décentralisation est à l’arrêt, tant mieux

C’est peut-être la seule bonne nouvelle de cette élection : tous les « grands » candidats (sauf Marine Le Pen, qui veut garder les communes et les départements au détriment des régions et des intercommunalités) considèrent qu’il n’est pas opportun de se lancer dans une nouvelle phase de bouleversement institutionnel du paysage local.

Tous les « grands » candidats considèrent qu’il n’est pas opportun de se lancer dans une nouvelle phase de bouleversement institutionnel du paysage local.

Certains ont théorisé le besoin d’une pause, d’autres juste envisagé de ne pas bouger, mais les collectivités ont de grandes chances de vivre des jours plus tranquilles dans les années à venir. Il est en revanche un domaine où les collectivités risquent de continuer à souffrir, c’est sur la baisse des dotations, que François Fillon et Emmanuel Macron ont promis de maintenir.

Lire aussi : Fichez-nous la paix avec la décentralisation !

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