Loiret : des médecins retraités à la rescousse

Karine Michel

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Loiret : des médecins retraités à la rescousse

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Le Loiret recrute des médecins à la retraite pour assurer des permanences de soins et des vacations dans ses propres antennes médicales. Une mesure dictée par l’urgence de l’avancée du désert médical français dans les zones rurales. Malgré les plans gouvernementaux, les jeunes médecins rechignent à s’installer en dehors des grands centres urbains.
Avait-il réellement le choix ? Dans le Loiret, le conseil général drague les médecins à la retraite pour faire face au problème récurrent de la désertification médicale. À 71 ans, le pédiatre Philippe Gardin n’a pas hésité à franchir le pas et l’institution départementale en a fait le porte-voix de sa campagne. Portraits dans les journaux, interviews dans les radios et autres télés, Philippe Gardin a décidé de jouer le jeu : « On m’a fait comprendre que mon profil correspondait, alors j’ai accepté ». Il est vrai qu’il garde encore la main ; quand il a été approché, il n’avait raccroché son stéthoscope que depuis… deux mois. Après une carrière essentiellement en libéral, il est à présent affecté au centre de protection maternelle et infantile (PMI) Romain-Rolland d’Orléans-la Source (un des quartiers populaires de la ville, en mal de cabinets médicaux).

Vacations mensuelles

À ce jour, la campagne de recrutement du Loiret a moyennement marché. Les différents services (PMI, médecine du travail, évaluation de l’autonomie) du conseil général nécessitent 25 médecins. Au dernier pointage, ils n’étaient qu’une douzaine. Sur le plan national, on compte 97 médecins pour 100 000 habitants. Ce ratio chute à 80 pour la région Centre, 69 pour le Loiret et 34 dans certains secteurs comme Courtenay, situé à l’est d’Orléans. Ce déficit a des conséquences directes sur le traitement des dossiers, notamment ceux liés au maintien des personnes âgées à domicile. Le point de rupture n’est jamais loin.
Pour ses différents services, le conseil général a besoin de 25 médecins. Au dernier pointage, ils n’étaient qu’une douzaine.
Le conseil général a donc pris langue avec le conseil de l’ordre des médecins du Loiret, détenteur du précieux listing des praticiens à la retraite. Il a ensuite lancé une offensive médiatique afin de décider les ex-toubibs à effectuer ne serait-ce que quelques vacations mensuelles. Philippe Gardin a signé pour treize vacations, l’équivalent d’un mi-temps. Il touche 2 000 euros par mois, auxquels s’ajoutent les frais de transport, sa retraite de libéral et, bientôt, celle du public. Ce confort financier est secondaire à ses yeux. « Ce qui me passionne, c’est de pouvoir prendre le temps de comprendre et d’expliquer aux mamans ce qu’ont leurs enfants », assure-t-il.

Moyenne d’âge des médecins ? 54 ans !

L’appel aux médecins retraités intervient après l’épuisement d’autres solutions. Depuis 2009, le conseil général a investi 1,3 million d’euros dans l’incitation matérielle à destination des médecins qui souhaiteraient rejoindre le Loiret. Dans l’escarcelle incitative, des aides à la création de maisons de santé pluridisciplinaires ou à la reprise de cabinets, voire de bourses attribuées à de jeunes médecins en échange d’une promesse d’installation de cinq années. Ces mesures ont certes permis de limiter le phénomène de la désertification sans pour autant répondre à l’intégralité des besoins.Éric Doligé, président UMP du conseil général, n’a pas eu de scrupules à recourir à cette solution : « Je ne suis pas choqué par cette incitation à reprendre du service. Nous verrons dans cinq ou dix ans où nous en sommes mais, pour l’heure, il n’y a pas d’autre solution ».Dans l’attente, le président chercher à passer des accords avec les formations médicales, dont la plupart sont situés à Tours (Indre-et-Loire), ville elle-même confrontée à la raréfaction des professions médicales. La moyenne d’âge des médecins dans le Loiret, 54 ans, impose de toute façon de réagir. Même si le problème de fond demeure : pourquoi les jeunes médecins rechignent-ils autant à s’installer dans les zones plus rurales ?
 La moyenne d’âge des médecins dans le Loiret, 54 ans, impose de toute façon de réagir.

Pourtant, le gouvernement s’active

Le gouvernement multiplie pourtant les mesures pour favoriser l’installation des praticiens dans les déserts médicaux. Ces mesures, émises par le ministère de la Santé et publiées au Journal officiel, visent à faciliter l’installation de jeunes médecins généralistes dans des zones qui se caractérisent « par une offre médicale insuffisante ou des difficultés dans l’accès aux soins ».Le dispositif offre à ces médecins un complément de revenus, de manière à leur garantir un revenu net mensuel de 3 640 euros pendant deux ans. Ils bénéficieront également d’avantages en matière de protection sociale (un complément de rémunération forfaitisé leur sera versé pendant trois mois en cas d’arrêt maladie ou pendant toute la durée d’un congé de maternité). En retour, les bénéficiaires devront respecter « les tarifs opposables et participer à la permanence de soins ambulatoires ». En 2013, 200 contrats de « praticiens territoriaux de médecine générale » (PTMG) sont proposés.Ce dispositif est l’une des mesures phares du plan de lutte contre les déserts médicaux annoncé en décembre 2012 par la ministre de la Santé, Marisol Touraine, qui se déploie progressivement sous la conduite des agences régionales de santé (ARS).

500 médecins sollicités Éric Doligé, président du conseil général du Loiret, et le docteur Jean-Pierre Crossonneau, président du conseil départemental de l’Ordre des médecins, ont paraphé un partenariat original afin de lutter contre la désertification médicale. « Nous ne pouvons recruter des généralistes en activité car il en manque déjà. Alors nous avons décidé de nous tourner vers les médecins retraités », explique-t-il. Ainsi, en partenariat avec l’ordre des médecins du Loiret, ce sont près de cinq cents praticiens libéraux qui seront sollicités par le conseil général, soit un quart de l’effectif du département. Cette campagne innovante leur permettra de poursuivre, quelques heures par mois, leur activité professionnelle. Il n’y aura donc pas d’impact sur les autres activités médicales, notamment dans le monde hospitalier qui manque aussi de personnel. Le conseil général souhaite, par ce recrutement, mieux prendre en compte les problématiques du vieillissement de la population ainsi que celles liées à la protection maternelle et infantile.

Les étudiants visés Des « contrats d’engagement de service public » sont proposés aux étudiants et aux internes en médecine. Un dispositif qui leur permettra de percevoir pendant leurs études une allocation mensuelle de 1 200 euros bruts. En contrepartie, ils s’engagent à exercer dans des territoires identifiés comme fragiles par les ARS pendant autant d’années qu’ils ont perçu l’allocation. Ces mesures incitatives ont été votées dans la loi de financement de la sécurité sociale pour 2013. Pour l’heure, le bilan reste mitigé : le contrat d’engagement de service public a séduit 591 étudiants en 2013, soit de 65 % de plus qu’en 2012. Une forte progression, certes, mais qui tient en partie à l’ouverture du mécanisme aux dentistes. L’autre dispositif, la rémunération minimale garantie pour les jeunes médecins concerne 200 jeunes praticiens. Mais les services du ministère ont reconnu avoir fait signer le contrat à des médecins déjà installés pour donner de l’épaisseur au bilan !

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